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Le moustique et le manchot

On peut autant qu’on veut relire La Fontaine,
Jamais parmi ses vers ne se trouve autre chose
Que la nature humaine – et partant ses fredaines –
Qu’il dépeint, qu’il décrit, ou qu’il remet en cause.

Tandis que nos bambins commencent à compter les dodos qu’il leur reste avant de retrouver le chemin de l’école, avant que n’ait sonné l’heure de la rentrée, on aura vu fleurir tout au long de l’été de très touchantes fables dont je rapporte ici deux gentils spécimens picorés au hasard de ce temps estival.

Nous devons le premier à Aymeric Caron, chantre hexagonal de l’antispécisme, cette cause visant à ranger chaque être vivant au même rang que son voisin sans établir d’échelle de valeur entre les différentes espèces. Sa courte intervention au sujet des moustiques a été relayée et bien vite brocardée. Il présentait l’insecte comme «une mère qui essaie de remplir son rôle de future mère, […] une dame qui risque sa vie pour ses enfants en devenir»… Rattrapé par le tollé, il s’est alors exprimé pour replacer l’extrait raillé dans l’intégralité de son intervention. Il a défendu sa thèse en disant que l’ «on est en train de caricaturer une question extrêmement sérieuse».

Le second épisode nous fut proposé par BFMTV lors de son édition du 16 août 2019. Norbert Zahmel, l’un des responsables du zoo de Berlin, nous raconta la tendre histoire de deux manchots homosexuels couvant une pierre, à qui l’on allait confier un œuf soustrait à la négligence de ses géniteurs, lesquels, se disputant abondamment, risquaient de fracasser leur possible progéniture.


Si l’anthropomorphisme permet quelques joyeusetés littéraires, l’exercice a pourtant ses limites


Par ces deux exemples il s’agit, en observant l’animal, de nous aider à prendre conscience de la beauté de la nature. Perspective louable s’il en est. Perspective louable ? Perspective sans doute, mais d’un regard bien torve !

Dans l’un et l’autre cas, incidemment, un glissement confus nous est imposé. A été opérée une transposition anthropomorphique qui tend à donner des sentiments humains à nos amis moustiques. A été contorsionnée cette transposition en un retournement qui nous fait mesurer la grandeur d’âme d’une société manchote…

Sous la transposition transpire la mascarade…

Si l’anthropomorphisme permet quelques joyeusetés littéraires, l’exercice a pourtant ses limites, que nos deux récits illustrent en leur morale : tandis qu’Aymeric Caron écrase les moustiques, le manchot homo ne sait faire mieux que couver l’œuf confié.
Révérence gardée, La Fontaine aurait peut-être écrit en l’espèce : «Le plus manchot des trois n’est pas celui qu’on pense !»

Jérôme de Lartigue

 

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