Livre de Bernadette Chovelon
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Parcourant, ébahi, les feuilles des magazines voguant en mer royale, accostant, çà et là, les continents princiers, l’on souhaite toujours un peu retrouver, en secret, ce goût presque oublié, ce côté suranné et pourtant délicieux des histoires que l’enfance savoure et redemande quand le prince charmant prend le cœur de sa belle, quand la belle se donne à l’amour découvert.

Un récit délicat nous présente l’histoire : la fille d’un marquis y rencontre un roi ! Les ingrédients sont là pour le conte de fées !

Pourtant, point de cela ! Et pourtant, tout cela et tellement davantage… Car l’histoire s’arrête quand l’Histoire commence… Nous sommes dans la vraie vie !

C’est en 1930 que Baudouin voit le jour. Son enfance est emplie de ce bonheur si simple que permet l’affection de ceux qui nous sont chers : son grand-père, le roi, Astrid, sa tendre mère, Léopold, son papa… Ce bonheur est fêlé au décès du héros qui dévisse en montagne ; lorsque le roi Albert meurt dans un accident, son filleul, son Baudouin n’a pas encore quatre ans. Ce bonheur est brisé lorsque l’année suivante un terrible accident survenu sur la route prive cet enfant de sa maman chérie. Exilé du bonheur et exilé en Suisse, quand l’Europe et le monde vivent des heures sombres, il souffre alors du regard de son peuple sur son père, le roi. C’est désormais le temps de cette rencontre essentielle qui guidera sa vie : «Encore adolescent, j’ai découvert l’amour de Dieu pour moi, pour l’humanité. Je vois que chaque fois que des personnes tâchent de vivre l’Évangile tel que Jésus nous l’enseigne, c’est-à-dire de nous aimer comme Lui nous a aimés, les choses commencent à changer : l’agressivité, l’angoisse, la tristesse font place à la paix et à la joie. À partir de ce jour, ma vie a changé. Je veux dire par là ma manière de voir les choses, car je crains que je reste le même bonhomme avec les mêmes défauts que j’avais déjà. Mais mes faiblesses ne me découragent plus, au contraire, elles sont une raison de m’appuyer entièrement sur l’Amour tout-puissant et la force de mon Père.1»

À peine a-t-il franchi le cap des vingt printemps qu’il se voit propulsé au rang de nouveau roi quand son père Léopold abdique en sa faveur. La dure solitude s’empare alors de lui dans sa tâche de roi, ses responsabilités. Il aspire au mariage, le désire, le voit comme un chemin, rêve à cette épouse que Dieu lui confiera pour être auprès de lui sur une route de sainteté. Confiant, il s’en ouvre au cardinal Suenens qui sera, parmi d’autres, un instrument de la Providence conduisant le monarque jusque vers Fabiola.

Fabiola naît à Madrid, d’une famille fine et cultivée, en 1928. Elle a souci des pauvres, elle s’occupe des faibles, ne compte pas son temps puisqu’elle est infirmière. Ses parents se lamentent de la voir sans mari ; elle demeure aimable, souriante et gaie, laissant entendre qu’elle a remis sa vie dans les mains de Dieu et que «rien ne saurait manquer où Il la conduit».

Les pages qu’ils vont écrire, alors qu’ils se rencontrent, sont emplies de finesse, de tendre délicatesse, de l’abandon serein au rêve que, pour eux, Dieu a échafaudé. Ces deux cœurs-là se trouvent, et ces deux cœurs s’entrouvrent, et ils se reconnaissent… tout entiers abîmés dans la confiance en Dieu.

Le 15 décembre 1960, le peuple belge reçoit, par le consentement des deux jeunes époux, sa toute nouvelle reine. Dès lors, Baudouin et Fabiola n’auront de cesse de se tenir au plus près de leur peuple, cherchant en chaque action le bien de la nation et celui de chacun.

Ce bien, ils le recherchent. Ils trouvent sa source dans une vie de prière nourrie, dans laquelle ils remettent les intentions de tout un peuple qu’ils confient à Dieu. Ils tirent la force nécessaire pour le faire jaillir en se ressourçant quotidiennement au mystère eucharistique, pain de la route longue et lourde. Ils ne dérogeront pas à ce quotidien, même lors des voyages officiels, même lors de séjours dans des pays où la célébration de la messe est aussi improbable ou périlleuse qu’en URSS…

Face aux difficultés et malgré les malheurs, devant bien des douleurs, qu’elles leur soient personnelles ou qu’elles soient de leur charge, ils choisiront toujours d’œuvrer sous le regard de Dieu.

Touchant au soir de sa vie, Baudouin écrit : «Même si je ne sens rien, je sais que ton Amour me transforme, me purifie, me rend plus sage, plus patient, plus compatissant, plus aimant. Très Saint-Esprit, fais que rien en moi ne soit obstacle à tout ce que le Père veut déverser dans mon cœur. Père Tout-Puissant et miséricordieux, je Te confie et T’offre le monde qui souffre parce que ses dirigeants ne Te connaissent pas et ignorent Ton Amour.2»

Le 31 juillet 1993, le roi Baudouin s’éteint. Le 7 août, lors de ses obsèques, Fabiola, lumineuse, apparaît toute de blanc vêtue, témoignant au monde de l’espérance chrétienne, de leur foi, de leur amour plus fort que la mort. Le cardinal Danneels dit dans son homélie : «Il y a des rois qui sont plus que des rois : des bergers de leur peuple. Ils ne font pas que régner, ils aiment jusqu’à donner leur propre vie. Tel fut le roi Baudouin. Il aimait. Son intelligence politique plongeait ses racines profondes dans le cœur, son savoir-faire lui venait de sa force d’aimer. Le secret de son règne, c’était son cœur… Pendant que le roi servait les hommes, il ne cessait de penser à Dieu. Dans chaque visage humain qui se présentait à lui, il discernait le visage du Christ. Nous avons perdu un roi. Dieu nous a donné à sa place un intercesseur.3»

Avançant en âge, la «Reine blanche» connut une vieillesse douloureuse avant de rejoindre son époux pour l’éternité le 5 décembre 2014. Désormais, tous deux, ensemble, sont réunis face à Dieu dans la louange4.

Cette histoire n’est donc pas un doux conte de fées, mais celle d’une vie, à vrai dire de deux : d’un roi qu’on croyait triste, d’une reine éclatante.

Aussi, si l’on ne peut parler d’un livre pour enfants, il s’agit pourtant bien d’un très précieux récit qui viendra abreuver le moindre enfant de Dieu.

Bernadette Chovelon, Baudouin et Fabiola. L’itinéraire spirituel d’un couple, Artège, 2018, 216 pages, 14,90 €.

Jérémie Goulardet

 


1 – Bernadette Chovelon, Baudouin et Fabiola. L’itinéraire spirituel d’un couple, Artège, 2018, p. 31.

2Ibid., p. 181.

3Ibid., pp. 197-198.

4Ibid., p. 202.

 

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