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En-première

Dans le Nord de la France, lorsqu’on veut parler des «prémices», les premiers fruits d’une récolte, on parle des «en-premières». En ce brûlant début d’été, au jardin et dans les champs, nous cueillons les premiers fruits, les «en-premières», ces prémices dont les religions juive et romaine faisaient une offrande aux dieux.

Avec l’exclusion d’Agnès Thill de LREM, l’actualité vient de nous offrir des prémices : ce député au parler vrai est en quelque sorte une «en-première» : la première à être offerte au dieu du parti, sacrifiée sur l’autel de la pensée unique, frappée par la foudre jupitérienne.


Chez LREM, preuve est faite que la liberté d’opinion n’existe que si on ne l’exerce pas.


En adhérant à LREM, parti «démocratique» dont le fondateur faisait le 9 avril 2018, au collège des Bernardins, l’éloge de «cette liberté de parole qui interpelle les consciences et laisse libre», Agnès Thill avait pris parti. Et cru pouvoir y exercer sa liberté de parole en interpellant les consciences sur les dangers de la PMA pour toutes : la future révision des lois de bioéthique «restera dans l’histoire comme celle qui aura évincé les pères de la naissance et de l’éducation des enfants» a-t-elle déclaré1.

Agnès Thill aurait dû comprendre que la liberté de parole et la liberté de conscience avaient une limite : la ligne officielle du parti. En contestant l’extension de la PMA à toutes les femmes, elle a «porté atteinte à la sérénité du débat» et franchi la ligne rouge. Pour son parti, un débat serein est un débat non contradictoire. En fait, un non-débat.

En prenant ce parti, librement, courageusement, Agnès Thill ne s’est pas départie de sa propre opinion. Mais, dans son parti, preuve est faite que la liberté d’opinion n’existe que si on ne l’exerce pas. Des prémisses qu’elle posait, il a tiré sa propre conclusion : l’exclusion. C’est un parti pris.

Agnès Thill a été exclue pour atteinte à la «cohésion du mouvement», une cohésion qui ressemble fort à ce qu’était la discipline du parti à l’époque stalinienne.

«Le premier qui dit la vérité sera exécuté» dit la chanson. Égalité oblige, la première aussi.

Tout comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une en-première ne fait pas une récolte. Quant aux «prémices», le dictionnaire nous précise qu’elles sont, par extension, des événements ou des signes qui annoncent des événements plus importants. Face à l’extension de la PMA, verrons-nous l’extension de la libre parole ?

Élisabeth Voinier

 


1 – Interview du 5 juin 2019 dans l’Incorrect.

 

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