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Le synode sur l’Amazonie

L’Instrumentum laboris du synode sur l’Amazonie vient de sortir en espagnol et en italien. Des passages ont déjà été traduits, et de nombreux articles commentent le document.

Dans Libération, Bernadette Sauvaget, qui espère que l’ordination d’hommes mariés (les viri probati, des hommes choisis pour leur rectitude de vie) s’étendra à toute la chrétienté, met en valeur les passages la concernant :

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«Si le synode sur l’Amazonie avalisait, en octobre, la mesure, elle pourrait s’étendre à certains pays d’Europe. Les épiscopats allemand et belge ont déjà fait savoir qu’ils seraient favorables à l’ordination d’hommes mariés. En revanche, les évêques français plus conservateurs devraient, eux, avoir des positions plus traditionnelles. Quoi qu’il en soit, le débat s’annonce très agité au sein du catholicisme même si une majorité de plus en plus importante de fidèles est favorable à l’abolition du célibat. Au début de l’année, le pape a pris garde de rappeler son attachement à la discipline de l’Église catholique. “Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Église”, avait-il déclaré, dans l’avion qui le ramenait des Journées mondiales de la jeunesse du Panama, ajoutant qu’il ne voulait pas se présenter devant Dieu comme celui qui avait aboli cette règle. À cette occasion, il avait aussi précisé qu’il pouvait faire des exceptions dans certaines régions du monde. Dans le catholicisme, il existe déjà des prêtres mariés, notamment dans les Églises des chrétiens d’Orient. Dans le protestantisme, la règle du célibat a été abolie dès ses débuts au XVIe siècle.»

Ne confondons pas : la mesure proposée dans l’Instrumentum laboris n’est pas l’abolition du célibat dans l’Église, mais l’ordination, pour certaines fonctions du ministère sacerdotal, d’hommes mariés dont la vie est un signe d’une solide vie chrétienne.

Edward Pentin, dans le National Catholic Register, dévoile qu’une réunion d’étude préparant le synode pour l’Amazonie a eu lieu à Rome. Elle a réuni de nombreuses hautes figures des épiscopats (principalement germanophones), des laïcs et des experts :

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«La forte contribution [à la réunion d’étude] des prélats et théologiens germanophones a amené des observateurs inquiets à croire que le synode leur permettra d’imposer et de mettre en œuvre leur propre programme idéologique – ce qui est particulièrement déroutant pour certains, compte tenu de l’état peu convaincant de l’Église catholique dans les pays germanophones et dans les autres églises en Europe. […] Le cardinal allemand Gerhard Müller, préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi, interrogé le 21 juin, a déclaré au Register : “Nous voyons que ce n’est pas une bonne influence parce que l’Église s’effondre Allemagne. […] Ils [les chefs d’église allemands] ne sont pas au courant des vrais problèmes [dans l’Église aujourd’hui] car ils parlent de moralité sexuelle, de célibat et de femmes prêtres”, a-t-il déclaré, “mais ils ne parlent pas de Dieu, de Jésus Christ, de la grâce, des sacrements et de la foi, de l’espoir et de l’amour, des vertus théologales. »»

Comme pour confirmer les propos du cardinal Müller, le National Catholic Reporter encourage les prêtres à ne plus parler de sexualité pendant une année entière :

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«[…] Les dirigeants de l’Église devraient s’abstenir pendant un an de prêcher à propos du sexe et du genre. […] Pendant leur silence sur le sexe et le genre, le Vatican et les dirigeants catholiques locaux devraient sortir de leur zone de confort et mener des séances d’écoute avec des personnes mariées, divorcées, gays, hétérosexuelles et transgenres. Ils devraient s’éloigner du microphone et prendre des notes. Il y aurait désaccord, mais le simple fait de retourner le scénario – prêtres et évêques tranquillement à l’arrière au lieu de rester devant – pourrait aider le clergé à reconnaître qu’il existe une sagesse dans la réalité vécue et la vérité qui ne se trouve pas uniquement dans des documents d’Église poussiéreux.»

Pour le père De Souza, toujours pour le National Catholic Register, la question de fond du synode concerne le statut que le pape lui donnera :

«Le document synodal servira de base à la discussion et les propositions qu’il contient ne sont pas encore approuvées, mais il y a une indication claire de ce que les pères synodaux discuteront. Et les modifications apportées en 2018 aux règles du synode permettent au pape François, s’il le souhaite, de déterminer que le document final du synode aura un statut magistériel. […] La question de l’exploitation forestière, de l’exploitation minière, du développement urbain, de la migration – tous ces thèmes environnementaux – fourniront aux pères synodaux l’occasion d’appuyer des mesures politiques spécifiques que les gouvernements de la région amazonienne pourront observer. Le document de travail s’appuie beaucoup sur Laudato Si […]. Le synode amazonien abordera des questions de nature spécifiquement théologique, touchant à la Révélation, à la liturgie et aux sacrements. Mais il se peut que les questions de politique environnementale soient traitées comme des questions de magistère.»

L’Instrumentum Laboris du synode pour l’Amazonie inquiète plusieurs personnes qui voient se dessiner, dans sa suite, une ouverture de la discipline du célibat ecclésiastique, comme le souhaitent certaines conférences épiscopales (allemande ou belge par exemple…).

France : la PMA dans l’année

Le gouvernement français souhaite que les discussions parlementaires débutent dès la rentrée à propos de la procréation médicalement assistée et, plus largement, de la révision des lois de bioéthique. Avoir un enfant, un nouveau droit pour les femmes ? Ce sera bientôt le cas en France.

Aymeric Pourbaix, dans France Catholique, concernant le projet de loi d’ouverture de la procréation médicalement assisté, rappelle que la paternité s’inscrit dans la généalogie et l’histoire du monde :

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«Sur la filiation, le projet consiste à passer d’une filiation biologique à une filiation d’intention. […] Projet prométhéen qui bouleverserait la succession des générations, évacuerait le rôle du père et redonnerait à la mère sa toute-puissance des sociétés archaïques. […] L’ouverture de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes, célibataires ou en union de même sexe, aurait ainsi pour conséquence de “délaisser le lien de transmission entre générations ”, affirment Michèle Fontanon-Missenard et Christian Flavigny, pédopsychiatres et psychanalystes, dans une note de l’Institut Thomas More publiée dans La Croix. “Que les lois valident ce contournement ” du processus biologique de transmission reviendrait ainsi à “disqualifier le socle de toute vie familiale ”, et donc de la société tout entière. Car c’est sur ce socle naturel que vient se greffer la transmission de la culture et de valeurs morales.»

Sylviane Agacinski, philosophe plutôt libérale, a déclaré sur France TV Info :

«Si j’ai pris position, c’est parce que je ne pensais pas qu’on irait si loin. J’ai travaillé longtemps sur la GPA et là, dans L’homme désincarné, j’ai constaté en voyant l’évolution des discours et des propositions, que progressivement, nous adoptons le vocabulaire et la logique des Instituts de technologie de reproduction humaine américains qui font que l’enfant n’est plus conçu comme un être engendré par deux personnes, par un homme et une femme, mais comme un être fabriqué et où la parenté n’est plus déterminée par des relations interpersonnelles mais se trouve déterminée par la volonté. […] La famille, comme la sexualité, c’est une totale liberté, mais ce n’est pas un droit. On ne peut pas avoir droit à un enfant. L’enfant est une personne ! On a des droits à quelque chose, pas à quelqu’un. Ça ne me gêne pas [de passer pour conservatrice ou réactionnaire]. Il faut savoir conserver quand on dérape, quand on frôle quelque chose de moins humain. Il faut que les femmes réfléchissent aussi à ce qui se passera pour ces enfants. À l’adolescence, ils vont demander des comptes. Il y a une inégalité là-dedans.»

L’enfant, dès sa conception, est un sujet de droit. En tant que personne, il fait entrer l’autre, sa mère, son père, dans une relation de droit et de devoir vis-à-vis de lui. Les parents sont les premiers obligés en droit de le faire vivre, de l’éduquer et de faire de lui un être social. C’est leur devoir à l’égard des droits de l’enfant. Mais ils n’ont pas le même «devoir» à l’égard de leur chien !

Les vaches à hublot

Nous avons évoqué le cas des vaches à hublot, qui avait provoqué une grande émotion dans toute la presse, dans notre éditorial de la semaine dernière. Ces expérimentations ont une vocation scientifique pour améliorer la recherche, remise en cause par l’idéologie anti-spéciste.

Paul Sugy, dans Le Figaro, traite cette question en rappelant la responsabilité de l’homme :

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«Entre “l’animal-machine” de Descartes et l’animal sujet de droit des anti-spécistes, il convient de trouver un juste milieu qui, sans remettre en cause la dignité supérieure de l’homme, ne réduise pas l’animal à un simple bien de consommation. Il y a dans la vie de l’animal, dans sa sensibilité et son autonomie, une présence qui l’élève au-dessus des choses inanimées. Quand l’homme en vient à nier les besoins élémentaires de l’animal et le réduit à un usage, au mépris de son bien-être, il l’enferme alors dans une quête effrénée de performance : il gomme ainsi la frontière entre l’animal… et le robot. La bête n’est plus qu’une éprouvette sur pattes, une “machine”, cette fois-ci plus au sens où l’entendait Descartes qui considérait la vie animale comme mécanique et non pas consciente, mais au sens de Bernanos, qui décrivait dans La France contre les robots le triomphe de la “Machinerie”, c’est-à-dire d’une vie “tout entière orientée par la notion de rendement, d’efficience et finalement de profit”. […] Si nous ne voulons pas abandonner l’éthique animale aux idéologues qui prétendent abolir la notion même d’espèce, il est urgent de rappeler que le respect de l’homme pour l’animal est d’abord un respect de l’homme envers lui-même. Exploiter n’est pas mépriser. Au nom justement de la dignité supérieure de l’homme, on ne peut pas tout faire subir aux animaux.»

En effet, il s’agit de trouver la juste mesure de l’exploitation de la terre par l’homme, celle d’un bon père de famille.

Conflit entre Steve Bannon et le cardinal Burke

Le cardinal Burke – un des prélats qui a posé une série de questions au pape François à l’occasion des dubia concernant le chapitre VIII d’Amoris lætitia – vient de démissionner de l’institut Dignitatis humanæ, une ONG pro-vie qui a pour but de former des catholiques à la politique et au bien commun. Cet institut est dirigé par Benjamin Harnwell, qui est un proche de Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump. Trop proche peut-être, le cardinal ayant démissionné en affirmant que «ces derniers temps, l’institut s’est trouvé identifié de plus en plus au programme politique de M. Bannon».

Le magazine The Tablet explique les dessous de cette démission :

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«[…] Il y a un autre facteur derrière sa démission. Dans une déclaration, le cardinal a mis en cause un reportage sur LifeSiteNews affirmant qu’il l’impliquait dans une réunion entre M. Bannon et Frédéric Martel, auteur de Sodoma, un livre explosif sur l’homosexualité au Vatican. M. Bannon a rencontré M. Martel le 19 mai pour parler de l’adaptation du livre en film. LifeSiteNews est l’un des médias catholiques nord-américains qui critiquent le pontificat de François, et il a été l’une des plateformes choisies par Mgr Carlo Maria Viganò pour la diffusion de son témoignage contre le pape le 26 août 2018. […] Suite à la démission du cardinal, Benjamin Harnwell, fondateur de Dignitatis humanæ, a pris la responsabilité de la réunion entre M. Bannon et M. Martel. […] “Ni l’institut, ni le cardinal Burke n’ont été impliqués dans l’organisation de la réunion entre Steve Bannon et Frédéric Martel concernant l’achat des droits de film de son livre”.»

Une certaine droite américaine (dont fait partie Steve Bannon) a une dent contre le pape François. Adapter le pamphlet de Frédéric Martel en film est une attaque contre l’Église à laquelle le cardinal Burke ne pouvait s’associer. Sa démission est cohérente et évidente, surtout qu’il est pris à partie directement dans Sodoma.

Pierre Hardon

 

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