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Humbles artisans de l’alliance nouvelle entre le Ciel et la terre

C’est le temps des ordinations. Tellement impressionnant de voir ces hommes de Dieu allongés à même le sol des dalles froides des cathédrales ! Ils commencent leur vie de prêtre, au ras du sol, au plus bas possible. Du très bas au Très-Haut. Ainsi de la circulation d’énergie mystique irrémédiablement instituée dans «l’économie» du christianisme, dont le propre est l’incarnation de Dieu en l’humble chair humaine.

Ces séminaristes se donnent de tout leur corps et de toute leur âme à Dieu. Et pour la vie. Quatre-vingt-dix minutes de célébration scellent ainsi des décennies d’oblation. À l’image d’un mariage. Mais ce sacrifice-là, consacré par l’évêque en personne, est un don de soi radical. Une sorte de transfert de personnalité, de soi au Christ.

Le réalise-t-on vraiment ?


Les prêtres ne sont pas un dû de Dieu. Ils naissent, poussent, se développent sur le terreau de la ferveur des fidèles.


Car la figure du prêtre n’a jamais été à ce point flagellée. Elle est même couronnée de la honte collective des scandales de la pédophilie. Les clous et épines de ce malheur sont d’ailleurs enfoncées à chaque coin de rue par le sarcasme et la suspicion. Il ne fait pas bon être prêtre en 2019 !

Et pourtant, quelle injustice ! Quelle iniquité !

Les meilleurs prêtres, ou les plus «ordinaires», au sens de la «sainteté ordinaire» chère au pape François – c’est-à-dire la majorité – paient un prix moral exorbitant pour le péché et les crimes de quelques-uns. Et pour la longue lâcheté d’une bonne part de la hiérarchie. C’est ainsi. Ce cas de figure est également prévu dans cette incompréhensible «économie» du salut chrétien aux yeux du monde : elle scelle une alliance nouvelle entre le Ciel et la terre, mais aussi entre la fange puante et les fleurs délicates du rachat par la miséricorde.

Quelle profondeur de mystère…!

Les clercs, humbles artisans de cette «économie» divine s’avancent à présent dans la nef pour l’imposition des mains par l’évêque. Ils s’inscrivent alors définitivement dans une chaîne invisible qui les relient aux Apôtres à travers des siècles et des siècles d’Église.

Mais ces ouvriers seraient «peu nombreux». Tout le monde s’en plaint. C’est exact, comparé aux pics vocationnels exceptionnels des crus 1905 et 1949, où ils étaient plus de 1 600 prêtres ordonnés en France. Mais pour chuter – entre 1950 et 1957, bien avant le concile Vatican II – de 1 600 à 600 ordinations annuelles. Puis, de 600 à 200 ordinations en 1970. Les voilà aujourd’hui réduits à 120 par an. Mais avec une remarquable stabilité des entrées dans les séminaires depuis 20 ans, où 150 jeunes frappent à la porte chaque année. Soit une quinzaine par département français, même si certains diocèses connaissent un asséchement total.

Et si, plutôt que se lamenter sur les courbes, on regardait, un à un, ces 150 candidats ou ces 120 ordinands ? Comment oser dire à eux qui donnent tout : «C’est bien, mais vous n’êtes pas assez» ? Chacun est un trésor dans un vase d’argile. Il convient plus que jamais de les protéger, de les aider et de les soutenir.

Les prêtres ne sont pas un dû de Dieu. Ils naissent, poussent, se développent sur le terreau de la ferveur des fidèles. Car cette étonnante «économie» de l’alliance prévoit aussi que les vrais enjeux se jouent à genoux.

Jean-Marie Guénois

 

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