drapeau homosexuel
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«Papa, maman, je suis homosexuel(le) !» annonce un jeune à ses parents. Un coming-out qui ne se produit pas que chez les autres… Mais, à travers cet aveu, que dit réellement le jeune ? N’exprime-t-il pas un profond mal-être ? Aline Lizotte étudie ce qui est en fait la plupart du temps une «pseudo-homosexualité» et montre le rôle fondamental de la relation éducative pour, dans une telle situation, donner au jeune un véritable agir libre et l’aider à une intégration de sa sexualité dans la construction de sa personne.

Judith a 17 ans. Hier, au déjeuner, elle annonce tout de go, comme si de rien n’était : «Je suis homosexuelle. Roger, le fils d’une famille amie, a fait de même ; il n’a, lui, que 15 ans. Et voila !»Les parents sont abasourdis ! Ne disent pas un mot ! Se demandent ce qu’ils ont fait pour que cela leur arrive. Ils ont même souvent dit qu’après tout, l’homosexualité, c’est un choix ! Mais n’ont jamais pensé, ô jamais !, que cela pourrait arriver à leurs propres enfants. Ils cherchent de l’aide, vont voir le prêtre ami. Qu’est-ce qu’on fait ? Et Judith s’en va en chantant, en reprenant son vélo… Voilà le grand secret dévoilé. Je suis libre. Roger siffle sur sa trottinette : les parents s’en remettront… Ça leur fait les pieds ! On comprend, c’est leur génération ! Mais, j’ai fait mon choix : je suis homosexuel.

Homosexuels, le sont-ils vraiment ?

Les véritables homosexuels sont rares. Pas plus de 2 % dans la population qui se dit homosexuelle. Mais les pseudo-homosexuels sont de plus en plus nombreux. Roger et Judith sont de ceux-là. Leur attaque soudaine est de la «provoc» ! C’est aussi une délivrance. Ils l’ont dit ! Ils se glorifient intérieurement d’avoir «osé» braver le désarroi de leurs parents. Après tout, ils ont bien droit eux aussi d’avoir leur propre vie et de faire leurs propres choix.

Mais qu’ont-ils dit ? Pas du tout ce que leurs parents ont compris ! Ils ont affirmé plusieurs choses. La première : leur détermination d’«originalité». Ils seront «autres» ! Du temps de leurs parents, on n’aurait jamais osé s’affirmer «homosexuel». La honte enveloppant la personne devenait le plus sûr gardien du secret. Aujourd’hui, on affirme, on dit, et cela prouve que l’on est quelqu’un qui ose braver les tabous. La deuxième, le déni plus ou moins consenti d’un tourment profond, intérieur, lancinant : le malaise avec son propre corps sexué.

Ils ont, pensent-ils, décidé «en toute liberté» d’accepter ce malaise et ne se rendent pas compte que ce malaise recouvert d’un acte de bravoure ira grandissant, quelle que soit la tolérance de la société.

Roger et Tancrède

Pourquoi Roger est-il mal à l’aise avec sa propre masculinité ? Jeune, au début de sa puberté, il se sentait malheureux avec lui-même. Quand, avec ses frères, il feuilletait en cachette les catalogues des grands magasins que leur mère recevait par la poste, que ses frères rigolaient devant les filles en slip et soutien-gorge, lui rivait ses yeux sur les hommes musclés dans leur beau corps nu, les organes sexuels à peine voilés par le slip. Ah ! Deviendrait-il un jour comme eux ?

Roger enviait secrètement son ami qui, à l’âge de huit ans, bricolait avec son père. Il était déjà un homme, lui ! Mais Roger n’avait aucune amitié avec son père trop affairé pour s’occuper de lui. Peu à peu, il s’est mis à détester, au fond de sa conscience d’enfant, ce père qui ne lui manifestait aucune tendresse, qui n’était présent que pour scruter son carnet de notes, qui semblait faire souffrir sa mère et qui ne faisait qu’exiger. Devrait-il un jour lui ressembler ?

Non jamais ! Non jamais il ne le pourra ! Il sait bien, au fond de lui-même, qu’il est un garçon et pas une fille, et il ne veut surtout pas être une fille ! Mais, dans son corps, embarrassé avec des éjaculations qui le gênent, mal à l’aise avec ce corps qui, à ses yeux, n’est pas beau, qui ne représente pas l’homme qu’il rêverait d’être, s’incruste une forme de rejet de la masculinité dont le seul exemple qui pourrait être enthousiasmant est ce père qu’il n’admire pas ! Il grandit avec ce mal qu’il est incapable d’identifier, et surtout qu’il ne pourra jamais dire, parce qu’il n’y a aucun mot pour l’exprimer.

Ces garçons qui rigolaient devant les photos de femmes dans les magazines de sa mère ont délaissé les imprimés pour faire les «beaux» devant les filles ! S’occuper des filles, Roger n’en a pas la moindre envie ! Une fille, ce n’est pas beau ! Cela n’a pas la musculature révélatrice de la force. C’est flasque, une fille ! C’est capricieux ! Et il y a des jours où ça ne sent pas très bon ! Roger, qui n’aime pas son corps, se voit mal faire la cour à cet être étrange que l’on appelle une fille ! Et pourtant, Roger voudrait tellement être aimé !

Et voilà que, par un curieux hasard, Roger voit Tancrède ! Un vrai homme, celui-là ! Un brave qui fait rouler sa moto. Il ressemble à ces images qu’il fréquente depuis qu’un ami lui a montré des vidéos pornos, qui le font rêver d’une masculinité parfaite. Sous sa veste de cuir, les muscles de Tancrède saillent. Il roule les mécaniques ! Roger piste Tancrède, et Tancrède le sent, le voit, le fait marcher ! On ne possède pas Tancrède si facilement que cela ! Roger peint Tancrède de toutes les qualités les plus intimes.

Un jour, dans l’urinoir, Roger a vu l’organe de Tancrède, un vrai de vrai ! Pas comme le sien, qui avait déjà été l’objet des moqueries de quelques garçons de son groupe. Et Tancrède, un jour, l’embarque sur sa moto ! Pour Roger, ce sont les Champs-Élysées ! Et Tancrède lui sourit ! Il pose sa main sur son cou ! Lui enserre les épaules ! L’attire sur sa poitrine. Et puis l’embrasse sur la bouche. Roger rêve, il se laisse faire. Pourquoi résisterait-il ? Il se sent si heureux ! Et quand Tancrède lui fait une fellation, il la savoure comme le nourrisson saisit le sein de sa mère. Et, peu à peu, les relations deviennent intimes, Tancrède les dirige, les ordonne, les plie à ses besoins à lui. Il est pour Roger le donateur de la masculinité.

Avec Tancrède, Roger est enfin un homme ! À quinze ans, il a choisi ; il sera l’homme de Tancrède, vivant de sa masculinité, se nourrissant de sa présence et de sa sexualité. Il est homosexuel ! Un jour, probablement, Tancrède disparaîtra du champ de Roger, et peut-être Roger deviendra-t-il Tancrède. Sinon, Roger restera Roger ! Il pourra, avec brio, réussir une carrière professionnelle. Cependant, il aura toujours besoin qu’un autre le rassure dans sa masculinité, soit qu’il la reçoive, soit qu’il en soit le donateur, comme Tancrède le fit pour lui.

Judith et Emma

Judith et Emma ont une autre façon de vivre leur homosexualité. Judith a une maman pleureuse, une sorte de petite fille qui s’amuse avec sa fille, comme on s’amuse avec une poupée. Elle a un père qu’elle admire, vers lequel elle tourne des regards amoureux. Ah !, si ce papa pouvait s’occuper d’elle !

Mais le père n’a que faire de cette enfant qui lui tourne autour ! Cela l’agace. Il a bien assez de cette femme qui est toujours gémissante. Quand il part avec ses chiens explorer ses domaines forestiers, il traîne cette fille qui le force à l’emmener avec lui, et il multiplie les difficultés qui, il l’espère, la dégoûteront de cette expédition.

Judith n’aime pas les poupées ! En fait de poupée, sa mère lui suffit. Judith s’occupe des chiens ! Et elle n’aime qu’un homme, son père. Ce père, lui, aime ses chiens et supporte sa femme. Dur avec sa fille, il ne se préoccupe aucunement d’admirer sa féminité et de l’aider à l’épanouir. Judith grandit. Que pourrait-elle faire pour attirer son père vers elle ? Ce père qui lui ferait peut-être aimer sa féminité. Mais c’est un échec ! Et Judith se retrouve avec un corps de femme qu’elle n’aime pas, et auquel elle attribue l’échec amoureux avec son père. Il n’est pas question, absolument pas question d’aimer un autre homme. Le sexe masculin est détestable, dominateur, narcissique. L’échec avec le père est projeté sur tous les hommes de la terre.

Mais peut-on vivre sans amour ? Accepter d’être une femme ? Il n’en est pas question. Secrètement, Judith attribue à sa mère le dur échec qu’elle a subi avec son père. Cette mère est détestée, elle restera toujours dans l’imaginaire de Judith la «petite fille» douloureuse qu’elle a été. Accepter d’être une femme, ce serait accepter d’être sous la domination d’un homme. Impossible ! Ce qu’elle aurait accepté d’un seul, elle le rejette pour tous ceux qui lui ressemblent par le sexe ! Mais le corps de Judith a besoin de tendresse, de câlins, de sensualité. Depuis longtemps, elle a développé une habitude de masturbation. Mais se câliner soi-même, il y a une limite. L’autre ne peut que difficilement être éliminé dans la vie humaine. Il faut un autre qui ne soit ni un père, ni une mère. Un autre qui soit-elle !

C’est ce qu’elle va trouver dans Emma, une femme plus âgée, sans être une vieille, qui à ses yeux a toutes les qualités de ce qu’elle aurait voulu être avec son père et de ce qu’elle aurait voulu que sa mère soit ! Une femme qui est la «femme forte». La femme sûre d’elle, qui tient les rênes d’un gouvernement et qui est capable de tendresse. La femme idéale !

L’amour et l’admiration l’envahissent, et Emma, pour un temps, devient l’objet de ses rêves. Judith se livre avec toute sa sensualité. Les câlins se multiplient, les baisers s’accroissent, les seins deviennent des lieux de rencontre infantiles, les doigts pénètrent mutuellement les vagins. Elles se “font l’amour”. Mais Emma domine, et Judith ne le voit pas ! Emma est souvent la première à partir, et Judith se sent trahie ; elle devient amère et dure. Si l’aventure recommence, c’est Judith qui sera Emma, et l’autre sera aimée comme un enfant !

Car, si Judith a renoncé à être une femme qui aime un homme, si pour elle, les hommes ne sont que des dominateurs, elle n’a pas pour autant renoncé à être mère ! Elle a besoin d’être câlinée. Elle a surtout besoin de câliner un enfant, un enfant qui soit issu d’elle, un enfant qui ne soit pas un symbole comme une poupée, un enfant qui la renvoie à elle-même, qui lui donne le signe qu’elle est accomplie. Comment peut-on avoir un enfant sans l’homme ? La PMA viendra peut-être arranger les choses… surtout si le donneur est anonyme. Peut-être ?

Mais si deux femmes contribuent à la génération de l’enfant, qui sera la mère ? Le droit peut trouver une solution légale. Il ne tranchera rien du dilemme de Judith. Si elle domine le couple, c’est elle qui portera l’enfant et qui le mettra au monde. L’autre ne jouera que le rôle du «dieu parèdre», l’auxiliaire dont elle sait qu’elle a pu se passer.

Mais Judith sera-t-elle sortie de son problème ? Peut-on être mère si l’on a renoncé à être femme ? Et peut-on être femme si l’on a renoncé par principe à aimer un homme, c’est-à-dire un autre que soi ? L’enfant ne peut pas résoudre le problème de Judith, car l’enfant n’est pas fait pour être l’objet d’une recherche d’identité de sa propre mère.

Que faut-il faire ?

Ces problèmes ne se résolvent pas facilement. Commençons par examiner les dires des jeunes qui se déclarent «homosexuels».
La première attitude est de se calmer ! Il se peut que le jeune ne joue qu’à la provoc, et qu’il cherche à intimider ses parents. Il faut alors recevoir la «révélation» avec un certain détachement. Et tout simplement, inviter le jeune à un dialogue… En soulignant l’accueil. Qu’est-ce qu’il a à dire de son «homosexualité» ? Où en est-il par rapport aux recherches sensuelles qui viennent d’être décrites ? En est-il simplement aux rêveries ou a-t-il franchi le seuil des actes de sensualité ou d’intromission sexuelles ? Que lui ont apporté ces actes ? Est-il trop tard pour agir ?

Les tendances homosexuelles ne se fixent qu’à l’âge de trente ans environ. On est souvent loin du compte. Bien souvent, des jeunes filles se déclarant homosexuelles à l’âge de l’adolescence finissent par devenir de bonnes épouses et de vraies mères. L’habitude de l’acte sexuel – je dis bien l’habitude – pour le garçon l’engage davantage et souvent fixe la tendance. Le plus important, c’est de comprendre et, si possible, de faire comprendre que le comportement physique n’est pas ce qui détermine l’avenir. Ce qui engendre l’habitude et fixe les tendances, ce sont les sensations qu’il engendre. Non seulement l’excitation sexuelle elle-même, mais la sensation de l’acquisition d’une fausse personnalité. Se sentir homme sans la femme, et même supérieur parce que la femme est éliminée ; se sentir femme sans l’homme parce que l’on a triomphé du «mec», voilà des sensations d’autonomie qui sont fausses. Elles sont fausses et insatisfaisantes parce qu’elles éliminent le don de soi et la responsabilité de l’autre qui n’est pas soi.

Une remarque importante : l’homme et la femme qui consacrent leur vie au Seigneur par le vœu ou la promesse de chasteté intégrale n’éliminent ni la femme ni l’homme dans l’équilibre de leur vie affective. Ils renoncent au mariage et à ses actes propres, et non à la valeur complémentaire des sexes telle qu’elle a été voulue par le Créateur. Ce renoncement par contre ne peut être voulu en vérité que s’il n’y a pas en eux un rejet de l’autre sexe.

L’autre attitude parentale qu’il faut également éliminer et qui ne mènera à rien, c’est la culpabilité. Les émotions que je viens de décrire, les sentiments de frustration, voire de haine, de l’enfant ou de l’adolescent vis-à-vis de son père ou de sa mère ne sont pas toujours objectifs. Ils sont, par contre, immédiatement réductibles à la manière propre à l’enfant de percevoir ses parents. Et souvent, il arrive que l’enfant voit mal ou ne voit que par rapport à lui-même et à ce qu’il attend d’une façon narcissique. C’est là où l’éducation doit venir aider l’enfant à voir juste. Et l’aider à voir juste, c’est lui permettre d’acquérir un jugement et un agir vertueux.

L’enfant bien éduqué n’est pas un enfant conforme aux normes ; il n’est pas une œuvre d’art, mais une personne humaine. La grande défaillance des familles d’après-guerre a été de faire des enfants des rois-tyrans. On a voulu tout leur donner sans leur demander aucun effort moral. En conséquence, placés comme le centre de la famille, tout leur est devenu dû. Il est possible qu’un père ait un métier qui le force à être très absent, mais une chose est d’être physiquement absent, autre chose de l’être psychologiquement et moralement. Autre chose est d’être toujours là en étant indifférent à l’enfant ou en le traitant comme un déchet !

Certes, des parents peuvent reconnaître qu’ils ont eu des torts dans la conduite de leur famille… Les excuses ne répareront que peu de choses, les aveux de culpabilité soulageront les coupables, mais non les hommes du futur. En face d’un problème, il faut agir par rapport à l’avenir et non uniquement en regrettant le passé ! Il faut aider le fils ou la fille à réajuster son regard par rapport à lui-même, l’aider à ouvrir son cœur à la totalité du réel et non uniquement à une parcelle.

En quoi aider le jeune?

C’est là où le problème devient délicat. Tout dépend de l’analyse que l’on fait de l’aveu du jeune, et tout dépend de ce qu’il révèle de ses émotions. Si les émotions n’en sont qu’au niveau des rêveries, si elles se sont traduites par des actes masturbatoires, s’il y a déjà l’habitude ou même l’habitus consenti à des actes avec la personne du même sexe, ce sont des problèmes différents.

Dans le premier cas, il faut d’une part, par un dialogue fraternel et parental, mettre en valeur le rôle créateur de la complémentarité des sexes. En tenant compte, d’autre part, de toutes les formes de publicité que diffusent les lobbys homosexuels, comme le mouvement LGBT (jeunes), qui accuse l’Église catholique de traumatiser les jeunes si elle leur dit que l’homosexualité est un désordre grave. Et il n’y a pas que le mouvement LGBT, il y a aussi, beaucoup plus dangereuses, les théories du genre qui veulent déconstruire une société fondée sur l’hétérosexualité pour rendre le corps «neutre», susceptible de toutes les formes de jouissance possible. C’est le «poly-gender». Étudier à fond le document que la Congrégation pour l’Éducation catholique vient de publier sur les théories du genre est une bonne base pour induire un dialogue avec un jeune qui se déclare homosexuel1.

Si le jeune en est rendu à l’habitude des actes sexuels, et a besoin de ces actes pour vaincre l’angoisse et la peur de l’hétérosexualité, en procurant les sensations qui construisent une personnalité en dehors des valeurs du Plan créateur – chose très rare à l’âge de 15 et 17 ans et au-delà –, il faut agir autrement. Il ne faut pas tenter des solutions qui ne sont que des cataplasmes. Le mariage hétérosexuel n’est pas une solution, c’est un traumatisme continuel et quasi inhumain. Il en est de même pour le sacerdoce. Il faut aider à l’acceptation des tendances dont la personne est rarement la cause. Il faut cesser de la bafouer comme si une personne humaine se réduisait à ses tendances sexuelles et, en conséquence, lui rendre toute la dignité de son être.

La personne, disait saint Jean-Paul II, est toujours bonne ! Et il faut l’aider longuement et patiemment à vivre une vie de chasteté, laquelle, librement acceptée, peut devenir un chemin de sainteté et de consécration totale au service du Royaume, si elle en reçoit l’appel. Alors, le traumatisme s’efface, et la personne goûte l’amitié divine de celui qui invite à sa Table.

Aline Lizotte

Photo : Quality Stock Arts / Shutterstock


1 – La Congrégation vaticane pour l’Éducation catholique vient de publier un document intitulé «Pour un chemin de dialogue sur la question du genre dans l’éducation. Il les créa homme et femme». Nous l’analyserons dans le prochain numéro de la SRP.

 

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