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Le hublot, la paille et la poutre

La vache à hublot : tel est le titre de la nouvelle offensive médiatique de l’association L214, qui dénonce la souffrance provoquée par les expérimentations animales menées dans un laboratoire de la Sarthe, où l’on voit des manipulateurs ouvrir et fermer une «vanne aménagée» donnant un accès direct à la panse des ruminants pour mieux étudier leur alimentation. En quelques heures, la vidéo choc présentée par l’icône médiatique Nagui a envahi la une des grands médias pour soulever l’indignation de l’opinion et collecter un maximum de signatures pour une pétition : Vox populi


Dans le combat lancé par L214 pour la défense des animaux, c’est d’abord l’homme qui est attaqué dans son humanité.


Et ça marche ! Comment ne pas s’indigner devant les conditions de vie de ces bêtes ? Comme toujours, se poser la question de l’opportunité ou du sens de cette campagne équivaut à passer sous silence la souffrance des «victimes», à leur nier tout droit, à être un consommateur aveugle et sadique. Le ressort de la culpabilité individuelle et collective est activé et comprimé de façon très professionnelle : l’opinion se retourne alors vers les politiques. Que peuvent ces derniers, coincés qu’ils sont entre les corporations des agriculteurs et des bouchers agressées, le bon sens populaire et la culpabilité à soulager ? Les arguments leur manquent ; ils existent pourtant.

Ce n’est pas sur le hublot de la panse des vaches, mais sur celui de l’association L214 qu’il faut se pencher pour comprendre. L214 est un lobby antispéciste, dont le fondement est de reconnaître une égale dignité à l’homme et à l’animal (du moins aux vertébrés) sur la base de leur commune sensibilité, qui leur fait rechercher le plaisir et fuir la souffrance. Cette reconnaissance de la sensibilité des animaux, présentée tour à tour comme une découverte ou une prise de conscience, n’est pas nouvelle : Aristote l’a très bien décrite dans les Physiques il y a… 2 400 ans ! Mais il ne s’est pas arrêté là : il a spécifié l’homme dans une dignité qui lui est propre et qui va bien au-delà d’un principe de plaisir. Ceci n’est pas une question de croyance ou de valeur, mais de connaissance.

À force de parler d’intelligence artificielle, de sensibilité des animaux, et de tirer sur la corde des émotions, l’amnésie tourne à l’ignorance, voire à la stupidité. Ne soyons pas aveugles : dans le combat lancé par L214 pour la défense des animaux, c’est d’abord l’homme qui est attaqué dans son humanité et non l’animal qui est défendu. Et, s’il convient de se questionner sur les travaux de ce centre de recherche, c’est d’abord sur la finalité des programmes de recherche qui sont lancés et non sur la souffrance des animaux ou sur de prétendus droits de ces derniers.

Derrière la paille se cache une poutre beaucoup plus dangereuse.

Jérôme Fouquet

 

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