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Cardinal Pell : mais que fait la justice australienne ?

Le cardinal George Pell a été condamné en mars 2019 à six années de prison, après avoir était reconnu coupable d’avoir agressé sexuellement deux enfants de chœur dans la sacristie de la cathédrale de Melbourne, en décembre 1996. Il a toujours clamé son innocence devant les juges et a fait appel de la décision devant la cour d’appel de Victoria. La presse catholique anglo-saxonne réagit à l’audience d’appel, mettant en avant les doutes sur le témoignage et les incohérences dans l’argumentation du procureur.

D’une prudence de Sioux, le magazine Crux titre «Australian Cardinal’s convictions should stand» (La culpabilité du cardinal australien devrait être confirmée), alors que le contenu de l’article démontre, au contraire, qu’il existe encore de nombreuses zones d’ombre :

Logo de Crux

«L’un des garçons, âgé aujourd’hui d’une trentaine d’années, est le principal témoin à charge. L’autre est décédé d’une overdose d’héroïne en 2014, sans jamais avoir prétendu, apparemment, avoir été agressé. […] Le plaignant a déclaré que son ami et lui avaient été agressés près de la porte par laquelle le cardinal était entré. Les procureurs ont fait valoir que, après la messe, seul un fou se serait risqué à agresser deux garçons près d’une porte de sacristie ouverte, alors que quelqu’un pouvait passer à tout moment. […] L’avocat de Pell, Bret Walker, a déclaré mercredi au tribunal que Pell était dans l’impossibilité d’agresser les deux garçons et que les cinq verdicts contre Pell sont “fragiles et insatisfaisants” et qu’ils doivent être annulés.»

Le magazine The Tablet au contraire met en valeur un alibi «solide et crédible» au profit du cardinal :

Logo de The Tablet

«L’avocat [Maître Walker, ndlr] du cardinal George Pell a déclaré à la cour d’appel que son client avait un alibi « solide et crédible » et que les crimes d’agressions sexuelles sur deux enfants de chœur dans la cathédrale Saint-Patrick de Melbourne étaient « littéralement et logiquement » impossibles. […] M. Walker a également évoqué le récit de la partie plaignante selon lequel Pell portait une chasuble qu’il avait retirée pour exhiber ses parties intimes. « Il est matériellement impossible qu’il ait pu retirer ces vêtements pour commettre les atrocités qui lui sont reprochées » […]. M. Walker a déclaré qu’il existe une “preuve crédible” qui démontre que le cardinal Pell se trouvait à la porte ouest de la cathédrale et non à proximité de la sacristie au moment des faits. “S’il était à la porte ouest, les lois de la physique font qu’il est littéralement et logiquement impossible que l’infraction se soit produite”[…].»

Pour le National Catholic Register, l’optimisme est de rigueur pour la suite du procès, dont il critique l’utilisation à des fins idéologiques et politiques :

Logo du NCR

«Une autre source qui a suivi le procès de près, et souhaité rester anonyme, a déclaré que d’éminents juristes s’inquiètent de la façon dont les médias et les groupes de soutien aux victimes ont décrit la preuve vidéo de la partie plaignante, qualifiée de “convaincante et émouvante” alors qu’ils ne l’avaient pas vue et ne pouvaient pas la voir. La façon dont ils l’ont décrite “ne peut être basée que sur le verdict de culpabilité”. “Toutefois, cela ne constitue cependant pas nécessairement une vérité. La question qui est posée est la suivante : est-ce que le fait d’être convaincant signifie être hors de tout doute raisonnable”. La source a déclaré que « certaines personnes qui ont vu la preuve vidéo ont une vision très différente » de la manière dont elle a été décrite par les médias et les groupes de soutien aux victimes. Un autre souci, ajoute cette source, est que les groupes de soutien aux victimes disent que ce procès en appel est, une fois de plus, un cas où les victimes ne sont pas crues et où l’Église “ne comprend toujours pas”.»

Le procès du cardinal a tourné en une vendetta contre l’Église catholique australienne et universelle. L’appel viendra-t-il juger l’homme de ce dont on l’accuse et non un bouc émissaire payant pour tous les autres ? C’est l’espoir d’une certaine presse catholique anglo-saxonne.

L’Église institutionnelle face à l’Église mystique ?

Depuis la Lettre au peuple de Dieu du pape François, certains universitaires et penseurs catholiques opposent systématiquement le «peuple de Dieu» au «cléricalisme», au point d’arriver à opposer l’Église institutionnelle (hiérarchique, cléricale, secrète, dogmatique, etc.) à l’Église mystique (accueillante, grandiose, égalitaire et presque démocratique). Pourtant, si le peuple de Dieu est l’Église, l’institution l’est tout autant, et les deux ne s’opposent ni ne s’affrontent.

Massimo Faggioli, dans un discours prononcé devant la Société théologique catholique d’Amérique, retranscrit par le National Catholic Reporter, met en valeur le lien entre la crise des agressions et l’institution et le nécessaire besoin de réforme de la théologie universitaire :

Logo du National Catholic reporter

«La nouvelle séquence de la crise des agressions sexuelles qui a débuté en 2018, avec l’implication directe d’évêques et de cardinaux coupables non seulement de non-dénonciation mais aussi d’agressions sexuelles (Theodore McCarrick, George Pell), n’est que l’accélérateur d’une profonde crise de l’Église. Elle témoigne d’un effondrement de l’autorité hiérarchique de l’Église institutionnelle – les évêques, le clergé et le Vatican. Mais aussi d’un problème d’autorité intellectuelle des universités catholiques et de la théologie universitaire. […] Je ne veux pas que la théologie universitaire catholique devienne une catéchèse ou la voix de l’Église institutionnelle, ni ne revienne à la vieille apologétique néo-scolastique. Mais je pense qu’elle doit devenir plus « ecclésiale », dans le sens d’une plus grande prise de conscience des attentes des catholiques d’aujourd’hui, en particulier de la jeune génération.»

Dans un autre registre, Anne Soupa, cofondatrice du Comité de la jupe, déclare dans La Vie :

Logo de la Vie

«Avec le temps, j’ai opéré une distinction entre l’Église mystique et l’institution, un peu comme si j’étais devenue astigmate. Je me considère comme faisant partie de l’Église mystique, large assemblée des croyants de toujours, dans laquelle l’institution se situe, sans m’associer pleinement à ce que fait cette institution. Ce corps mystique, personne ne m’en délogera. L’institution, aujourd’hui, est atteinte d’un cancer, mais il y a beaucoup de cancers qui guérissent – moi qui en ai eu deux, je peux être confiante ! Pour guérir, un diagnostic rationnel s’impose. […] Apprendre à penser hors des structures institutionnelles est une sorte de devoir. Cela pourrait être d’ouvrir sans préoccupation mercantile des lieux d’hospitalité et d’écoute pour ces jeunes cadres mis sous pression, ces personnes âgées abandonnées… Cela prendra du temps et des moyens, mais, dans l’Église de demain, être chrétien nous coûtera. Assumer notre responsabilité de baptisé ne se fera pas non plus sans passer d’une relation d’obéissance infantile à l’Église – le réflexe qui consiste à faire bloc coûte que coûte – à une relation adulte, vivante, marquée par la capacité à assumer et exprimer le désaccord.»

L’Église est une, sainte catholique et apostolique. Elle est remise en cause dans ce qui relève bien plus d’une instrumentalisation de la crise que de la crise elle-même.

Prenant le contrepied de Massimo Faggioli, Laurent Dandrieu, dans le magazine Valeurs Actuelles, à l’occasion d’une chronique du livre de Yann Raizon du Cleuziou sur l’évolution du catholicisme français, évoque les évolutions sociologiques des catholiques français :

Logo de Valeurs Actuelles

«[…] La sociologie témoigne de la montée en puissance, au sein des croyants, de ceux que le sociologue des religions Yann Raison du Cleuziou a baptisés du vocable d’“observants” : très attachés à la pratique dominicale, à l’obéissance à la hiérarchie de l’Église, mais plus encore au magistère, ils ne considèrent pas l’enseignement catholique comme facultatif ou “à la carte”. De plus en plus majoritaires chez les jeunes, ils semblent voués à une progression inéluctable parce que, très soucieux de la transmission de la foi, ils réussissent mieux que les autres le passage de témoin d’une génération à l’autre, là où les libertés avec l’Église prises par les catholiques “d’ouverture” débouchent souvent sur un processus de sortie du catholicisme.»

Un bel espoir pour le catholicisme européen !

Première messe à Notre-Dame de Paris

Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro, analyse l’effet de l’annonce la première messe à Notre-Dame sur les médias et la France, le lundi de Pentecôte, après le terrible incendie qui a ravagé sa toiture, sa voûte et sa flèche.

Logo du Figaro

«C’est un premier signe. Les rédactions cherchent parfois des sujets pour meubler de longs week-ends printaniers, mais cette “Pentecôte” – les apôtres, selon les Évangiles, ont reçu l’Esprit Saint sous la forme de “langues de feu” – a aussi été la Pentecôte de cette cathédrale blessée qui n’est pas près d’être oubliée dans l’esprit des Français. À l’image d’un sujet familial sensible, littéralement “inoubliable”, Notre-Dame, et ce qu’elle symbolise, appartient plus que jamais à la famille France. […] Le second signe de ce regain d’intérêt pour Notre-Dame fut la fausse polémique qui a failli repartir à la hausse. Non plus sur le montant de l’argent donné pour sa reconstruction. Mais sur la nature de ce qu’est Notre-Dame de Paris : un lieu de culte ou un monument historique ? […] Il a fallu le naturel de boxeur du vicaire général du diocèse de Paris, Mgr Benoist de Sinety, pour remettre les pendules à l’heure. Il était l’invité de Sonia Mabrouk, lundi soir sur Europe 1, et a décoché: “Il y a une espèce de glissement du langage assez étonnant dans notre pays. D’où tient-on que Notre-Dame est avant tout un monument historique ? Ce qui donne le sens à ce bâtiment, c’est ce qu’on y célèbre et ce qu’on y vit !” […] Notre-Dame vaut donc bien une messe. Et des millions de messes avec celles qui y ont été célébrées et celles qui y seront célébrées.»

Une belle nouvelle de savoir que le Saint Sacrifice de Jésus va être renouvelé dans «le cœur battant de la France», pourrait-on dire, en paraphrasant Victor Hugo.

Pierre Hardon

 

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