Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Notre-Dame, cathédrale qui vit ou qui a vécu ?

Une fois de plus, la frénésie des chiffres devient le premier prisme par lequel on définit une réalité. Parce que Notre-Dame de Paris est le monument le plus visité d’Europe, avec 12 à 14 millions de visiteurs par an, elle serait d’abord et avant tout un monument historique, un musée patrimonial de l’histoire de France et de l’art sacré, sans oublier au passage un potentiel de business touristique non négligeable… Principe de réalité oblige ! Principe de laïcité respectée !

Une fois de plus, l’accident de la quantité passe avant l’essentiel. Mgr Benoist de Sinety nous le rappelait au micro de Sonia Mabrouk le 10 juin, sur l’antenne d’Europe 1 : si Notre-Dame de Paris est devenue un monument historique de premier plan, c’est «parce qu’elle est une église, sinon ça ne serait rien, tout simplement ; ce qui donne le sens à ce bâtiment, c’est ce qu’on y célèbre et ce qu’on y vit».


Dans tout drame humain, il y a souvent un raccourci qui bouscule notre indifférence et nos défenses pour nous ramener à l’essentiel.


Toute église est un lieu de vie et de prière où les hommes viennent rencontrer Dieu en se rassemblant lors de célébrations ou dans la prière personnelle. Toute église est ce lieu de paix où la fine pointe de l’âme humaine, celle qui connaît et qui aime, vient puiser à la source la seule eau qui puisse la désaltérer en plénitude. Toute église est cet écrin érigé par le génie humain pour abriter un «morceau de pain dans lequel, par la foi, nous reconnaissons le Corps du Christ, la présence réelle de Dieu1».

C’est cette réalité là, intérieure, première et essentielle, qui a soutenu sa construction et sa décoration, et qui, de façon directe ou indirecte, attire tant de personnes à franchir les portes de Notre-Dame. C’est cette réalité vivante dont l’archevêque de Paris porte le souci en souhaitant au plus vite célébrer à nouveau le Saint Sacrifice dans son enceinte.

Le 15 juin prochain, en la vigile de la dédicace de l’autel, si les conditions de sécurité ne permettront qu’à quelques privilégiés d’assister à la première messe célébrée depuis le 15 avril dernier, Notre-Dame retrouvera sa vocation, parfois interrompue par les vicissitudes de l’histoire, mais jamais perdue, celle d’une église consacrée qui témoigne de l’alliance de Dieu avec l’homme, du mystère des noces qui, en nous unissant au Christ dans l’Esprit, nous permet de dire «Père» avec le Fils.

Dans tout drame humain, il y a souvent un raccourci qui bouscule notre indifférence et nos défenses pour nous ramener à l’essentiel.

Aurons-nous toujours cette réalité à cœur en franchissant cet été la porte d’une «belle église» ?

Jérôme Fouquet

 


1Interview de Mgr Aupetit sur KTO le 16 avril 2019.

 

>> Revenir à l’accueil