Le Christ face aux abus de la tempête
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Suite à la mise en place de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, chargée de «dresser un état des lieux des violences sexuelles commises par des clercs ou religieux sur des mineurs et des personnes vulnérables», les diocèses français organisent des réunions publiques pour permettre aux fidèles de prendre librement la parole sur cette question. Notre collaborateur a assisté à l’une de ces réunions et nous livre ses impressions et les réflexions qu’elle lui a inspirées.

Le temps s’accélère-t-il ? Certes, non…

L’actualité tournoie, comme inlassablement, en un puissant maelström dont les flux et reflux n’en finissent jamais de venir balayer les rives de l’Église, s’obstinant à ronger le mitan de son lit.

Est-ce nouveau ? Certes, non !

La nouveauté, si nouveauté il y a, c’est de voir l’embarcation chahutée lutter visiblement, vent debout, rames à contre-courant, sur la mer tourmentée. Chahutée, elle l’a d’ailleurs toujours été, dès avant qu’elle soit née…

Revenons au présent ! Une fois les cellules d’écoute mises en place pour entendre la parole des victimes, les diocèses, l’un après l’autre, dans des formats divers, organisent rencontres et débats pour permettre à tout fidèle d’exprimer ses interrogations, son malaise, ses craintes face à cette douloureuse réalité des abus dans l’Église.

Quand la parole se libère… et devient cacophonie

Si l’on conçoit le sens de la proposition, la démarche n’en reste pas moins périlleuse en sa mise en œuvre comme en ses retombées. Quand la date est posée, les convives présents, on y voit pulluler les ingrédients douteux que le monde dénonce, que la mode condamne.

L’on y fourre pêle-mêle, sans nul discernement, sans surtout définir tout ce que l’on entend : le pouvoir de l’Église et son cléricalisme – Jésus-Christ en est mort ! –, la place envahissante de rites surannés, la gestion désastreuse des prêtres pédophiles, et les comptes à rendre en matière civile…

En matière de morale, l’Église peut repasser ! Tout à trac déversés et sans cérémonie, des mots ou des idées fusent de l’assemblée pour bien nous expliquer que l’Église déphasée ne peut se dire experte en sexualité : la place de la femme, le célibat des clercs1 – comme une voie royale pour le crime pédophile –, homosexualité et discours homophobe, et mariage, et divorce, et chasteté des prêtres (comme si les laïcs n’étaient pas concernés…) : quid du concubinage en Afrique ou ailleurs ?

Mais parlons formation : comment accompagner les prêtres en mission, et comment bien former tous les séminaristes, et comment démasquer les loups qui viennent se cacher au milieu des brebis ?

Deux mots montent en surface, et c’est le coup de grâce : côté pile le silence, face à lui la parole !

Le silence coupable, la parole étouffée par le poids de l’Église sur le peuple apeuré. La parole donnée, la parole retrouvée, s’en trouve débridée bousculant, tsunami, la culture de l’ombre, et voulant mettre à mal ce qui touche à l’intime, posant publiquement la question du secret, touchant la confession, visant l’absolution.

Tristement… on en est là !

Toutes les pièces d’un puzzle virtuel ont été répandues dans cette logorrhée syncopée, partant tous azimuts, revêtant les atours de la cacophonie.

L’animateur : un rôle périlleux

Exercice difficile et partant périlleux pour tout animateur que celui d’agréger autour d’une réponse audible les appels, les attaques, les doutes et déceptions émanant d’un public aussi désorienté que l’est la société.

L’animateur s’y essaie, assurant de son écoute par des mots apaisants, tentant de redresser ce qui n’est pas brisé, recadrant l’un ou l’autre par des propos tranchés, esquissant çà ou là quelques pistes pratiques…

Le nœud autour duquel se cristallisent tous ces échanges, toutes ces questions, parfois toutes ces craintes, doit être identifié. C’est la réalité du ministère ordonné qui est pointée du doigt, remise en cause, car l’on a oublié ce qu’il est. Or, comme le rappelait Benoît XVI au cours des audiences générales qu’il a données les 14 avril2, 5 mai3 et 26 mai4 2010, le prêtre est configuré au Christ selon l’expression, trop souvent mal comprise, in persona Christi capitis. Celle-ci renvoie à la place unique conférée au prêtre par son ministère ordonné, qui lui donne d’exercer les trois charges d’enseigner, de sanctifier et de gouverner. Mais, nous rappelle Benoît XVI, tandis que le prêtre représente le Christ, celui-ci n’est jamais absent. C’est là une acception que les fidèles se doivent de connaître, c’est là, parfois, une réalité oubliée qui peut conduire certains clercs aux abus que l’on sait.

Désormais, on admet que le brouillard plane sur notre route, que cette route est longue, son chemin encombré. Il faut une lumière pour fendre cette brume. Or, elle n’apparaîtra qu’au prix d’un éclairage de notre intelligence. Cet éclairage est à notre portée ! Saurons-nous le recueillir, saurons-nous l’accueillir ?

C’est là un choix crucial qui se pose… On en est là !

On ne peut stationner en ce lieu plus longtemps. Les stations se succèdent pour l’Église d’en bas, et n’oublions jamais qu’au terme des quatorze, c’est la Résurrection qui nous attend !

Jérémie Goulardet

 


1 – Voir la vidéo de la Smart Reading Press du 27 avril 2018 : “Père Philippe Marsset : le célibat dans la prêtrise”.

2 – Benoît XVI, Audience générale, 14 Avril 2010, Munus docendi.

3 – Benoît XVI, Audience générale, 5 Mai 2010, Munus sanctificandi.

4 – Benoît XVI, Audience générale, 26 Mai 2010, Munus regendi.

 

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