Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Des élections européennes riches d’enseignements

En France, les élections au Parlement européen ont mobilisé plus de 50 % du corps électoral. Un bon score pour ce scrutin généralement négligé par les Français. Le Rassemblement national en tête (23,34 %), La République en Marche sur ses talons (22,42 %), la grande «surprise» a été la défaite cinglante des Républicains (ex UMP et ex RPR à 8,48 %), le traditionnel parti de la droite, malgré une très bonne campagne de sa tête de liste, François-Xavier Bellamy. Le bateau coule…, la recomposition débute, les grandes manœuvres s’engagent, comme le souligne la presse française.

La responsabilité du chef de parti

La défaite historique de la droite républicaine a provoqué la démission de Laurent Wauquiez et, chaque jour, le parti se délite. La presse nationale s’accorde sur la responsabilité du chef, tandis que la jeune tête de liste, François-Xavier Bellamy, en sort grandie.

Christophe Forcari, pour Libération, fait état d’une bérézina annoncée, notamment à cause de la personnalité de son chef, Laurent Wauquiez :

Logo de Libération

«Une formation politique qu’il ne sera jamais vraiment parvenu à remettre sur le devant de la scène en dix-huit mois. […] Depuis son accession à la tête de LR, le normalien, agrégé d’histoire, propulsé en politique par le centriste Jacques Barrot, n’est jamais parvenu à convaincre les sympathisants LR de sa bonne foi. Pire encore, le peuple de droite le jugeait insincère. […] Les européennes constituaient, pour lui, une épreuve de vérité. Soit son choix de François-Xavier Bellamy était suivi par les électeurs, et le président de LR voyait sa ligne confortée. Soit les sympathisants de droite la boudaient, et son maintien à la tête du parti devenait intenable. […] Au moins aura-t-il réussi à rétablir, en partie, les comptes du parti exsangues après les législatives de 2017.»

L’hebdomadaire La Vie affirme que les catholiques ont plutôt choisi le parti qui défendait le plus le projet européen et ce, malgré la personnalité de François-Xavier Bellamy :

Logo de la Vie

«François-Xavier Bellamy, qui a mené la liste LR, avait tout pour plaire aux catholiques. Par son discours sur les valeurs et son itinéraire, qui a croisé les cortèges de la Manif pour tous, le jeune philosophe incarne l’épure du conservatisme. Lors de sa campagne, il a galvanisé les foules de son ton posé et de son style bien élevé. Jamais il n’a élevé la voix lors des débats télévisés braillards entre candidats. […] Que s’est-il vraiment passé ? Plus civiques que les Français, les catholiques se déplacent davantage que la moyenne dans les bureaux de vote – ce qui renforce l’hémorragie – et répondent surtout à la question posée : il n’est pas envisageable, pour eux, de réduire les européennes à un enjeu national. Dépositaires pour beaucoup de l’héritage des pères fondateurs et chrétiens démocrates Jean Monnet et Robert Schuman, les catholiques, sur leur frange modérée, se sont déterminés en fonction du projet le plus européen. Et, comme le veut le vieil adage, mieux vaut privilégier l’original à la copie, surtout quand elle est pâle.»

Dans Valeurs Actuelles, on constate que la cote de François-Xavier Bellamy repart à la hausse, tout en soulignant la responsabilité de Laurent Wauquiez :

Logo de Valeurs Actuelles

«[…] Contre toute attente, un sondage réalisé par Odoxa pour France Inter, L’Express et la presse régionale montre que François-Xavier Bellamy est très loin d’être perdant dans ces élections. Pour preuve, sa cote de popularité n’a jamais été aussi haute […]. En revanche, Laurent Wauquiez, lui, ne cesse de voir sa cote de popularité se dégrader, que ce soit au sein de son propre clan, ou chez l’ensemble des Français. En somme, la défaite aux européennes est imputée au président du parti, et non pas à la tête de liste, qui a récolté 8,5 % des suffrages. […] Car ce qui ressort de cette campagne, c’est l’image d’un homme intègre, parfois candide, mais qui a accepté ses échecs et assume ses responsabilités.»

François-Xavier Bellamy a finalement été victime d’une liste trop éclectique et d’un parti trop divisé, remettant déjà en cause depuis dix-huit mois la stratégie de son chef et la pertinence de son positionnement politique.

Recomposition partisane et clarification doctrinale ?

La presse évoque également l’installation du duel Rassemblement national/La République en marche pour les prochaines élections présidentielles, tout en rappelant que la droite doit composer avec ses différentes familles pour obtenir un résultat électoral.

Benjamin Morel, docteur en sciences politiques, interrogé par Le Figaro, explique les résultats en évoquant la recomposition et les difficultés qu’auront les Républicains, dans l’avenir, à se reconstruire :

Logo du Figaro

«Nous assistons en effet à la formation sur ces élections d’un duopole. C’est assez classique sous la Vème République. […] L’arrivée d’Emmanuel Macron a conduit à identifier une majorité mais pas encore, jusqu’à présent, une opposition. Ces élections européennes ont permis, au moins pour l’instant, d’identifier cette opposition au regard des électeurs : il s’agit du Rassemblement national. […] LR doit trouver un espace électoral entre LREM et le RN, avec un double vote utile. À cela s’ajoute une profonde division. Les électeurs LR sont plus des conservateurs libéraux, ses militants des gaullo-conservateurs et ses élus des centristes orléanistes. C’est un peu caricatural, mais les élus LR qui représentent la principale force du parti aujourd’hui sont assez proches d’une ligne LREM ; les électeurs qui restent à LR sont plus proches d’une ligne RN.»

Pour Frédéric Saint-Clair, dans Valeurs Actuelles, la droite conservatrice doit se reconstruire en opposition à l’idéologie libérale. Et pour cela, l’union des droites est une nécessité :

«Il n’est plus possible de croire aux promesses de l’idéologie libérale, qui continue de prétendre envers et contre tout que les hommes, quelles que soient leurs origines, leurs cultures, leurs religions, leurs catégories sociales, etc., parviendront à vivre de manière pacifiée et harmonieuse, qu’ils accéderont à une forme de bien-être général, grâce à l’établissement d’une vraie démocratie et d’un système économique performant et juste, et grâce aux bienfaits du progrès technologique. Cette vision sociale-libérale du monde, constamment démentie par les faits, va à rebours de l’histoire. Elle est utopique. Une utopie néfaste, destructrice. Leur capitalisme démocratique a détruit la planète et ils n’ont rien vu venir. Il détruira notre civilisation sans qu’ils ne s’aperçoivent de rien non plus.»

Éric Zemmour, dans une chronique pour Le Figaro, affirme que les causes politiques d’une telle débâcle peuvent remonter à 1986, époque où Jacques Chirac aurait déjà pu unir la droite :

«C’était en 1986. […] Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, proposa à Jacques Chirac, devenu premier ministre, une alliance avec Jean-Marie Le Pen, qui aurait alors accepté cette main tendue. Mais Chirac refusa. Pasqua lui prédit que ce FN dédaigné prendrait un jour la place du RPR qui lui préférait le soutien des centristes, et que le rapport de force serait alors inversé. […] La stratégie chiraquienne, tant glorifiée par les médias, s’est avérée une catastrophe. Les héritiers des gaullistes se sont peu à peu, comme l’avait aussi prédit Pasqua, embourgeoisés, devenant des notables centristes. Leur destin est de rallier Macron […]. Aujourd’hui, il n’y a plus rien entre Macron et le Rassemblement national, entre les progressistes et les populistes.»

Si l’union des droites est une arlésienne, est-ce que la défaite des Républicains favorisera pour autant son apparition ?

L’écologie comme idéologie ?

Dans ces élections, le bon résultat du parti écologiste montre que les préoccupations concernant l’avenir de la planète ont influencé le choix des électeurs. Le sociologue Jean Pierre Le Goff, dans Le Figaro, alerte :

«L’éco-idéologie renforce en même temps la vision noire et pénitentielle de notre propre histoire occidentale qui serait responsable de tous les maux écologiques, oubliant au passage le fait que le développement de la production, de la science et de la technique ont permis la fin du paupérisme et le progrès social. En contrepoint à cette vision noire, l’utopie d’une humanité réconciliée avec elle-même est réinvestie et naturalisée dans l’écologie : la sauvegarde de la planète devient le nouveau principe unificateur d’un monde fraternel et pacifié qui, les défis écologiques aidant, ferait fi des frontières, des différences entre les nations et les civilisations, mettrait fin aux contradictions et aux conflits. En s’érigeant comme les représentants attitrés des intérêts supérieurs de la planète et les éveilleurs de conscience d’une humanité en péril, nombre d’écologistes se placent d’emblée dans le camp du Bien. Ce sont des prophètes et des moralistes d’un nouveau genre qui annoncent l’Apocalypse pour faire prévaloir leurs idées et faire le bien des êtres humains malgré eux. […] Qu’on le veuille ou non, l’écologie est devenue l’un des vecteurs d’une “révolution culturelle” qui ne dit pas son nom. Poussée jusqu’au bout, celle-ci aboutit à remettre en cause des acquis de la culture européenne, ceux des Lumières comme ceux des religions juive et chrétienne pour qui la dignité de l’homme est première dans l’ordre de la création, qui donnent une importance primordiale à la relation avec autrui et s’enracinent dans l’histoire.»

Il faut prendre soin de la «maison commune», comme le rappelle le pape François, et intégrer le souci de sa préservation dans le développement de la civilisation occidentale plutôt que de remettre en cause celle-ci, comme le proposent certains écologistes.

Pierre Hardon

 

>> Revenir à l’accueil