Mariage entre FCA et Renault
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Malgré le coup de théâtre du 5 juin dans le projet de fusion entre les groupes FCA Fiat Chrysler et Renault (retrait de l’offre de FCA), ce dossier reste d’actualité en raison de la stratégie économique qu’il manifeste d’une façon plus large de la part de l’industrie italienne. Alexandre Germain la met en évidence pour les lecteurs de la SRP.

Alors que Renault semblait empêtré dans ses problèmes de gouvernance de l’alliance avec Nissan, les dirigeants poursuivaient en secret des discussions débutées il y a maintenant plusieurs mois sur un projet de fusion avec FCA (Fiat-Chrysler Auto) dévoilé le 27 mai dernier. Il s’agirait d’une fusion entre égaux, qui en ferait le troisième groupe automobile mondial, avec près de 10 millions de voitures vendues par an, ceci sans compter les volumes de Nissan, ni ceux de Mitsubishi.

Jamais deux sans trois… L’Italie fait son commerce en France

À y regarder de plus près, ce n’est pas la première opération franco-italienne… car il y a eu le rachat des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri, puis la fusion Essilor avec Luxottica, et maintenant le projet de fusion de FCA avec Renault.

Le rachat des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire par l’italien Fincantieri a été effectué en 2018, puisque le groupe italien détient maintenant plus de 50 % du capital, ce qui veut dire qu’il en assure le contrôle. Il n’est pas inutile de rappeler que les Chantiers de l’Atlantique ont un savoir-faire particulier sur les navires avec une coque de grande longueur, ce qui est stratégique alors que sont lancées les réflexions sur la construction d’un nouveau porte-avion militaire français à propulsion nucléaire, qui aura pour vocation de remplacer l’actuel Charles de Gaulle.

Plus récemment, la fusion entre égaux d’Essilor et de Luxottica, devenu EssilorLuxottica, effective depuis le 1er octobre 2018, a été marquée par des problèmes de gouvernance qui se sont un peu apaisés à l’occasion de la récente assemblée générale. L’ancien propriétaire de Luxottica, Leonardo Del Vecchio, détient via la holding Delfin 30 % du nouvel ensemble, et il est le premier actionnaire loin devant Valoptec, l’association représentant les salariés actionnaires de l’ex-Essilor, qui ne détient que 4 %, en ayant perdu au passage ses droits de vote double. La lecture de cette situation est que l’actionnaire Delfin va désormais assurer une influence notoire sur EssilorLuxottica, et ce sans avoir eu à payer de prime de contrôle aux actionnaires d’Essilor !

Et le projet de fusion entre égaux entre FCA et Renault présente des caractéristiques similaires. Le premier actionnaire de FCA, la famille Agnelli, avec 29 % via le Holding Exor, serait aussi le premier actionnaire du nouvel ensemble avec 15 % du capital. De l’autre côté l’État français et Nissan, qui détiennent chacun 15 % de Renault, détiendraient chacun 7,5 % du nouvel ensemble, Nissan pouvant récupérer des droits de vote qu’il n’avait pas chez Renault. Pour équilibrer la parité de fusion par rapport à la capitalisation actuelle des groupes, les actionnaires de FCA recevraient un dividende exceptionnel de 2,5 milliards d’euros, dont une partie (29 %, soit 700 millions d’euros) reviendrait au holding Exor de la famille Agnelli. Celle-ci deviendrait premier actionnaire d’un ensemble deux fois plus gros !

Chapeau, car c’est brillant d’un point de vue financier !

La négociation d’un tel projet de fusion n’est jamais un long fleuve tranquille et, au cours des derniers jours, les discussions ont justement porté sur l’équilibre de la gouvernance, en particulier le poids que l’État français pourrait réellement garder dans le nouvel ensemble. Les discussions se sont apparemment crispées, au point que FCA a annoncé le retrait de son offre… S’agit-il d’un retrait définitif ou d’une posture de négociation ? L’avenir nous le dira.

La «guerre du parmesan»

Cette situation est d’autant plus intéressante à analyser car, dans le même temps, le groupe français Lactalis a annoncé avoir racheté Nuova Castelli, principal exportateur italien de parmesan, précédemment détenu par une société britannique. La cession à Lactalis suscite l’opposition du gouvernement italien et du principal syndicat agricole italien. Pour mémoire, en 2011, Lactalis avait racheté l’italien Parmalat, au moment où la société était en mauvaise posture suite à des malversations financières.

Ces sujets seront certainement au menu des discussions entre les gouvernements italiens et français au cours des prochaines semaines, alors que les sujets de discorde sont déjà nombreux.

Dans tous les projets de fusion, la vraie question est de savoir si cela est bénéfique pour toutes les parties prenantes des entreprises concernées : création de valeur pour les actionnaires ? Développement de l’emploi ? De meilleurs produits ou services pour les clients ? Dans ce «mécano» financier, on parle plus des actionnaires que des salariés ou des clients, et c’est bien regrettable.

Alexandre Germain

 

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