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Analyse politique des élections européennes

Bien que certains particularismes locaux demeurent, les résultats des élections européennes donnent une tendance générale d’affaiblissement des parti traditionnels et du bipolarisme droite-gauche en faveur de l’émergence des Verts comme force politique stable et du renforcement des partis dit d’extrême droite.

Pour le Washington Post, c’est le changement climatique qui a dominé le débat et imposé les écologistes comme force politique, sans que les résultats ne donnent de véritable pouvoir aux partis les plus à droite :

Logo du Washington Post

«Les résultats ont propulsé à la deuxième place en Allemagne et à la troisième place en France et dans d’autres pays les Verts, portés par une vague d’enthousiasme des jeunes électeurs qui ont sanctionné les partis traditionnels faute d’avoir saisi leurs préoccupations sur l’environnement et d’avoir su offrir de véritables alternatives à une génération aux prises avec les difficultés économiques qui ont suivi la crise financière globale. […] La bonne performance des écologistes est celle qui aura l’impact politique le plus fort. Les partis de centre gauche et de centre droit qui ont historiquement dominé le parlement ont perdu leur majorité, ce qui signifie qu’ils dépendront des écologistes et d’autres centristes pour faire passer leurs projets. […] De nombreux partis écologistes sont devenus de véritables partis politiques organisés, avec un programme qui dépasse de beaucoup les enjeux environnementaux. […] Le changement climatique “est de venu le principal critère pour juger l’action politique dans l’Union européenne”, comme le souligne un éditorial du journal français Libération».

Libération souligne effectivement la gifle historique des partis traditionnels en Allemagne :

Logo de Libération

«Sociaux-démocrates du SPD en capilotade (15,5 % contre 27,3 % en 2014, selon des estimations dimanche soir), conservateurs de la CDU-CSU affaiblis (28 % contre 35,3 % en 2014), Verts triomphants (22 % contre 10,7 %) et extrême droite définitivement installée dans le paysage (10,5 % contre 7 % en 2014). […] Ces élections ont également suscité un grand engouement. Dimanche soir, le taux de participation était estimé à 59 % – une nette augmentation par rapport à 2014, avec 48,1 %… Surtout, ce scrutin est caractérisé par une grande défiance envers les partis de la “GroKo” (Grosse Koalition), à savoir le SPD et la CDU-CSU. […] Les directions des deux partis doivent se réunir lundi pour tirer les leçons du scrutin. La survie de la GroKo sera une nouvelle fois discutée, la présence du SPD au pouvoir aussi.»

Au Royaume-Uni, The Economist constate la débâcle des partis traditionnels (Conservateurs et Travaillistes) dans un pays toujours divisé et sans majorité claire sur le problème du Brexit :

Logo de The Economist

«La seule conclusion que l’on puisse tirer des élections européennes est que le pays est coupé en deux par le Brexit. […] Monsieur Farage (Brexit Party) a fait valoir que les électeurs (pro Brexit avec 35 % de voix) ont fait savoir aux politiciens qu’ils veulent un Brexit sans accord au 31 octobre prochain. Cependant, si les brexiteurs (sic) ont eu une bonne nuit lors des résultats, les partisans de l’Union Européenne aussi. […] Le score cumulé des partis pro Europe ou en faveur d’un second référendum est de 40 %, loin devant les partisans d’un brexit sans accord. […] Les grands perdants de ces élections sont le parti travailliste et le parti conservateur. […] Cela ramène le pays à la case départ : douloureusement divisé sur le sujet du Brexit».

En France, Guillaume Tabard, s’intéressant dans Le Figaro au faible résultat des Républicains, conclut à une droite sans domicile fixe :

Logo du Figaro

«Mais ce qui est en cause ici n’est pas la spécificité des européennes, mais la spécificité du macronisme. En clair : la droite est-elle victime d’un accident dont elle pourra se relever à plus ou moins long terme ? Ou Emmanuel Macron est-il parvenu à installer un courant politique pérenne qui intègre de manière stable, sinon définitive, une frange suffisante de cet électorat ? […] Le drame existentiel de la Droite dépasse cependant le choix des personnes et le simple déplacement du curseur idéologique. Elle doit affronter un dépècement continu depuis dix ans. Ce score résiduel montre que les électeurs de droite sont aujourd’hui sans domicile fixe. Son courant sécuritaire et souverainiste est parti depuis longtemps au Front national. Son courant libéral et européen a donné sa chance à Emmanuel Macron aux législatives de 2017, pour lui permettre de réformer le pays».

De façon indirecte, c’est à la même conclusion qu’arrive Robert Zarestky dans un article de Foreign Affairs sorti avant le scrutin, où il critique vivement l’inconscience de la stratégie intellectuelle des têtes de listes des partis historiques français :

Logo de Foreign Affairs

«De leur côté, les Républicains et les Socialistes ont été mis sur la brèche, y compris par les nouveaux médias, en raison de leur incapacité à affronter les profonds malaises économique et social. Ni la Gauche ni la Droite n’ont su apaiser ce mécontentement […]. Les vents puissants du néolibéralisme ont abattu les structures de la vie sociale et politique française. Macron essaie de chevaucher ces courants, non de leur résister, affirme Glucksmann. […] Il n’est pas nécessaire d’être diplômé en philosophie pour comprendre que Demeure (le livre de François-Xavier Bellamy) est l’antithèse de “En marche”, qui non seulement est le nom du parti au pouvoir, mais révèle la conviction profonde de son leader. […] Pour la plupart des Républicains et des Socialistes, l’heure est à la résignation. Le grondement d’une lente mais profonde mutation peut être entendu par ceux qui le veulent bien. Ils savent que le corollaire de la recomposition du paysage politique passe par la mort de leurs partis. Les lecteurs apprendront un jour que les résultats de ces élections ont marqué la fin d’une certaine Droite/Gauche et son remplacement par une nouvelle. La Droite et la Gauche sont peut-être mortes – longue vie à la (nouvelle) Droite-Gauche !»

Culture verte ou culture de vie ?

L’actualité politique, qui met au premier plan le thème du changement climatique, devenu l’enjeu politique majeur dans les élections européennes, est aussi marquée aux États-Unis par le combat pour la défense de la vie humaine des pro life.

Dans un article de Human Life International, le Père Boquet, partant du constat de la crise démographique de la natalité aux États-Unis, rappelle qu’elle est la conséquence d’une véritable culture de mort :

Logo de Human Life International

«Les Américains n’ont jamais eu aussi peu d’enfants… L’année dernière, 3 788 235 bébés sont nés aux États-Unis, soit une chute de 2 % par rapport à l’année précédente et le chiffre le plus bas depuis 32 ans… Pendant que les hommes politiques et les économistes s’alarment des sinistres perspectives économiques engendrées par la diminution de la population, mon propos est de souligner la crise spirituelle qui a provoqué la crise démographique. […] “Voir ces pays sans enfants n’est pas une bénédiction de Dieu” s’est lamenté le pape François, car “la fécondité est toujours une bénédiction de Dieu”. En concluant son homélie, le pape a demandé : “Comment est mon cœur ? Est-il vide ? Est-il ouvert à recevoir et donner la vie ? Est-il prêt à recevoir et à être fécond ? Mon cœur sera-t-il un objet de musée qui n’a jamais su recevoir et donner la vie ?” […] La crise démographique est d’abord un problème de cœur, mais c’est aussi un problème théologique, car la source de l’Amour est Dieu Lui-même, Dieu qui est Amour. […] C’est le grand mal de la mentalité contraceptive. La contraception est présentée comme un moyen de mieux vivre l’amour érotique : mais, si elle inhibe les conséquences de la sexualité, elle finit par inhiber l’amour qu’elle est supposée faire grandir. […] Elle le fait en remplaçant silencieusement un amour généreux de don, ouvert à l’autre, qui est la nature même de l’amour, par un amour pusillanime, bon marché et stérile.»

Michael J. New souligne dans First Things que, si ce combat pour la vie a remporté plusieurs victoires récentes aux États-Unis, c’est une course de longue haleine :

Logo de First Things

«Le “Human life protection act” (signé par le gouverneur d’Alabama le 15 mai dernier) rend coupable de délit tout médecin qui pratique un avortement quel que soit le terme de la grossesse, y compris en cas de viol ou d’inceste. […] Sans surprise, la loi de l’Alabama a été faussement commentée par un certain nombre de médias. Mais il y a eu des exceptions inattendues. Le Washington Post a publié un article qui traite de la loi de l’Alabama et de la loi de l’État de Géorgie sur le “battement de cœur”. En soulignant que les femmes ne sont pas rendues coupables d’un crime dans chacun des deux États, l’article signale que la loi en Alabama exempte les femmes de toute responsabilité civile ou criminelle et que le code pénal de Géorgie prévoit des articles spécifiques qui défendent les femmes, y compris celles qui ont avorté. Mais le Washington Post affirme aussi faussement que les lois interdisant l’avortement ne font pas baisser le nombre d’avortements. Pourtant, de nombreuses recherches scientifiques prouvent que la fréquence de l’avortement est liée à son statut légal. […] De même, le Washington Post insiste sur le fait que l’accès à la contraception permet de réduire le taux d’avortement. Mais la généralisation de l’utilisation de la contraception dans les années 1970 n’a pas fait baisser le nombre d’avortements… Bien au contraire : la contraception, l’avortement et les naissances hors mariage ont explosé de façon simultanée. Par ailleurs les recherches montrent que très peu de femmes en âge de procréer renoncent à la contraception pour un problème de coût ou une difficulté d’accès.»

Au royaume des borgnes, les aveugles sont rois !

Jérôme Fouquet

 

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