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Haro sur le baudet1 !

Lorsqu’une équipe sportive connaît des résultats mitigés, en deçà de ceux escomptés, les contre-performances, les défaites récurrentes finissent par prendre des allures de bérézina, par être qualifiées, de façon lapidaire, de désastre. Il FAUT dès lors remédier à cet état de fait, on DOIT rapidement enrayer la machine à perdre, il Y A forcément un responsable à cette situation. YAKAFOCON !

Un club doit gagner ! Les enjeux sont tels qu’ils réclament la victoire ! Mais de quelle victoire parle-t-on ? De quel palmarès s’agit-il ? Et qui participe de cette victoire ?

L’ensemble de l’équipe est appelé à promouvoir le projet : les dirigeants, le staff technique, les joueurs, les stadiers, les supporteurs… chacun de sa place, chacun à sa place est invité à soutenir les couleurs du club pour le voir briller. Et la vie coule dans cette microsociété quand le dirigeant dirige, l’entraîneur entraîne, le staff fait son taf, le joueur joue, le supporteur «supporte» !

Or, il peut arriver que le vent se lève, partant que les grains de sable s’insinuent, que les mécanismes s’enrayent, que les rouages se bloquent.

Alors, le «dégagisme» reprend ses droits !


Celui qui, hier, était porté aux nues de façon fallacieuse se trouve renversé sans vergogne de son piédestal illusoire.


Et l’on se met en quête de l’homme à abattre, dont le départ permettra un nouveau départ… Et l’on trouve aisément un baudet pour porter le bonnet d’âne, et l’on désigne un bouc émissaire rendu responsable de la débâcle. Celui qui, hier, était porté aux nues de façon fallacieuse se trouve renversé sans vergogne de son piédestal illusoire.

Car, désormais, nulle action ne s’inscrit plus dans la durée ; il s’agit d’obtenir un résultat immédiat, capable de galvaniser la foule, alors qu’on a oublié depuis longtemps le moyen de la calmer, que l’on a comme abandonné de s’y employer…

Dans la frénésie actuelle, chaque jour est l’occasion de dresser un nouveau bilan. Alors que les élections européennes ont apporté leur lot de surprise, de colère, de déception, la chasse aux sorcières est désormais lancée.

Les chefs peuvent bien laisser leur place… Ils l’ont fait, ils le feront encore ! Le vrai sujet demeure celui du projet à porter, de la société à bâtir, du bien à poursuivre.

Il en va ainsi de toute société humaine, que ce soit le club de foot, la famille, le syndicat, la cité, l’entreprise… S’il n’est de réelle cohésion, s’il n’est de but commun, l’édifice est fragile.

Un édifice ne tient que par le choix éclairé de sa pierre angulaire.

Jérôme de Lartigue

 


1 – Jean de La Fontaine, Fables, Livre VII, Les animaux malades de la peste, 1678.

 

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