Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

Le combat contre l’avortement aux USA

Aux États-Unis, quatre États ont récemment adopté une loi interdisant l’avortement à partir du moment où l’on détecte les battements du cœur de l’enfant (environ six semaines). L’Alabama a décidé d’interdire l’avortement, y compris en cas d’inceste et de viol.

Les États-Unis sont un pays dans lequel le militantisme en faveur de l’avortement (pro choice) est très puissant (notamment le Planned parenthood). Mais les mouvements pro life ont déposé depuis le début de l’année 300 projets de lois visant à le restreindre dans les législations fédérales. L’objectif ultime est de renverser la jurisprudence de la Cour suprême Roe vs. Wade de 1973.

Le National Catholic Register affirme que certains pro choice souhaitent la libéralisation totale de l’avortement. Pourtant, une grande majorité des Américains est contre l’avortement dit «tardif» (après le seuil des vingt semaines de grossesse), quel que soit leur bord politique :

Logo du NCR

«Le candidat à la présidence des démocrates Pete Buttigieg a défini l’avortement comme une “liberté nationale” et a défendu la pratique de l’avortement tardif. […] Des résultats de sondages cohérents montrent que l’opinion publique s’éloigne du soutien à l’avortement et particulièrement des avortements tardifs. […] 70 % des démocrates, 73 % des politiciens indépendants et 89 % des républicains interrogés s’opposent à l’avortement après 20 semaines. […] Alors que les législateurs de New York et du Vermont ont décidé de consolider l’accès à l’avortement, d’autres États ont adopté des mesures pour protéger les enfants dans l’utérus. Quatre États – la Géorgie, le Kentucky, le Mississippi et l’Ohio – ont adopté cette année des lois interdisant l’avortement après la détection des battements du cœur du bébé à naître, souvent autour de six semaines de grossesse. Les quatre lois font déjà face à des contestations juridiques.»

L’enfant à naître serait donc à protéger à partir de la 20e semaine de grossesse. Mais qu’était-il à la 19e semaine ? Peut-on être pro choice avant 20 semaines et pro life après ? Ce mouvement de fond qui débute est accompagné de violences physiques contre les défenseurs de la vie. Le père Boquet, pour Human Life International, évoque ces violences contre les pro life aux États-Unis, signe d’un mouvement qui réussit et dérange :

Logo de Human Life International

«[…] Il s’agit clairement d’un triste symbole de la maladie spirituelle de notre culture, de la croissance d’une colère sourde dans notre discours national, d’un témoignage de la douleur de tant d’hommes et de femmes, et de la preuve, dans bien des cas, que ceux qui militent contre l’avortement seraient tenus selon les médias, les politiciens et l’opinion publique à des lois complètement différentes de celles des partisans de l’avortement. […] Ce genre d’attitude dédaigneuse à l’égard de quiconque affirme des valeurs morales traditionnelles devient de plus en plus courant. […] À vrai dire, de nombreux soi-disant “progressistes” ne voient presque plus de différence entre les conservateurs sociaux ordinaires qui croient au mariage et à l’altérité et les skinheads néo-nazis. […] On sent que le désespoir qui motive ces attaques provient en partie d’une colère face au fait que le mouvement pro-vie réussit comme jamais auparavant. Et c’est un motif d’espérance.»

Le National Catholic Reporter rejette les pro life en les accusant de ne pas assez prendre en compte les souffrances vécues par les femmes qui veulent avorter ou qui ont avorté. Il cite, comme exemple de compromis raisonnable, le modèle européen, préservé des extrémismes :

Logo du National Catholic reporter

«L’une des principales objections du NCR à une grande partie de la rhétorique et de la politique favorables à la vie a été son indifférence historique face aux circonstances traumatisantes, sans parler de la précarité financière à laquelle les femmes sont souvent confrontées. […] Il y a un compromis raisonnable. La plupart des pays européens autorisent l’avortement pour une raison quelconque pendant les premiers stades de la grossesse, jusqu’à 12, 14 ou 16 semaines, mais le limitent, sauf en cas de danger pour la santé de la mère, après cette période. La politique européenne n’a pas été prise en otage par des défenseurs extrémistes des deux côtés de la question. Permettre l’avortement au début de la grossesse n’a pas entraîné d’effet domino d’indifférence croissante à la dignité de la vie humaine. […] Un tel caractère raisonnable qui a été atteint dans d’autres cultures est hors de portée en Amérique aujourd’hui.»

L’Église catholique «reconnaît la valeur sacrée de la vie humaine de son commencement à son terme » : le rappeler n’est pas être extrémiste.

Politique étrangère américaine

Après plusieurs déclarations et tweets ayant entraîné une crainte générale dans le monde et dans la presse au printemps 2018, le président Donald Trump avait réussi à rencontrer le président nord-coréen Kim Jong-un, le 12 juin 2018, et avait engagé la discussion entre la Corée du Nord et les États-Unis. C’est aujourd’hui avec l’Iran que les tensions s’avivent : le président américain a récemment affirmé vouloir anéantir l’Iran si ce pays menaçait encore une fois les États-Unis.

Dans Foreign Affairs, Mike Pompéo, secrétaire d’État des États-Unis, décrit la stratégie de Donald Trump en matière de politique étrangère et de relations internationales :

«Tant sur le chemin de la campagne que dans ses fonctions, le président Trump a clairement indiqué la nécessité d’un leadership américain audacieux pour donner la priorité aux intérêts de la sécurité des États-Unis. […] Aujourd’hui, la Corée du Nord et l’Iran ont été avisés que les États-Unis ne laisseraient pas leurs activités déstabilisatrices se dérouler sans contrôle. La campagne de pression multinationale agressive menée par les États-Unis contre la Corée du Nord, combinée aux déclarations claires et sans équivoque du président, selon lesquelles les États-Unis défendront avec force leurs intérêts vitaux, ont créé les conditions nécessaires aux négociations qui ont abouti au sommet du président Trump. […] De même, avec l’Iran, l’administration Trump poursuit une campagne de “pression maximale” visant à étouffer les revenus que le régime […] utilise pour financer la violence du Hezbollah au Liban, du Hamas dans les territoires palestiniens, du régime d’Assad en Syrie, des rebelles houthis au Yémen, des milices chiites en Irak et de ses propres agents qui complotent secrètement dans le monde entier.»

Le Washington Post, au contraire, met en valeur les doutes des démocrates sur l’imminence de la menace iranienne :

Logo du Washington Post

«[…] Certains démocrates ont déclaré qu’aucune des informations ne montraient que l’Iran était sensiblement plus une menace maintenant que par le passé, et ils ont accusé l’administration d’être prête à attaquer à la moindre provocation. Les services de renseignement américains et occidentaux ont également débattu de la question de savoir si le renseignement, qui comprend des photographies d’Iraniens chargeant des missiles sur de petits bateaux, indique que le pays est prêt à frapper ou réagit de manière défensive à la pression économique découlant des sanctions de l’administration Trump […]. Pompeo tente également de convaincre ses alliés que l’Iran représente une nouvelle menace. […] Pour Trump, le but du fait d’exercer une “pression maximale” sur l’Iran par le biais de sanctions est “la conviction qu’il les fera venir et qu’ils se rendront compte qu’ils doivent conclure un accord et que les conditions seront meilleures”, a déclaré Dennis Ross, ancien diplomate qui a négocié des accords sur le Moyen-Orient pour les administrations républicaine et démocrate.»

Le Vatican pourrait-il jouer un rôle de modérateur des tensions ? C’est ce que semble croire le vaticaniste John Lee Allen, pour Crux, qui affirme que, dans une telle période de tensions, le Vatican pourrait être un partenaire privilégié de l’Iran :

Logo de Crux

«En ces moments de tension mondiale, le Vatican aspire généralement à jouer le rôle d’un réconciliateur et d’un artisan de la paix. S’ils souhaitent s’impliquer maintenant, ils se retrouveront à mi-chemin dans un conflit entre une nation occidentale à majorité chrétienne d’un côté et un État majoritairement musulman du Moyen-Orient de l’autre. En résumé, on pourrait penser que le Vatican aura une meilleure compréhension de la grande puissance occidentale et chrétienne. Pourtant, voici l’ironie du moment présent : on peut rassembler des preuves très convaincantes selon lesquelles le Vatican placé sous le pape François aurait plus de chance de faire avancer les choses du côté de l’Iran. […] En d’autres termes, les dirigeants islamiques iraniens pourraient être enclins à écouter l’appel de François, qu’ils considèrent probablement comme l’un de leurs rares amis occidentaux dignes de confiance. […] Une approche diplomatique du Vatican basée sur le bilan personnel de François en matière de rapprochement, enraciné dans les parallèles structurels profonds entre les deux traditions, aurait sans doute une meilleure chance que tout autre acteur occidental d’attirer l’attention de l’Iran.»

En matière de gestion des «États voyous», Donald Trump utilise la stratégie de la pression maximale pour amener ses adversaires à discuter avec lui. Cette stratégie fonctionnera-t-elle avec l’Iran ?

La Chine, adversaire ou partenaire ?

La croissance rapide de la Chine remettrait-elle en cause le leadership américain ? Récemment, les États-Unis ont ordonné une série de restrictions sur l’entreprise Huawei (téléphonie), accusée d’avoir installé des outils de surveillance électroniques sur ses équipements aux États-Unis. Cette affaire démontre les méfiances mutuelles et les colères sourdes entre les deux partenaires… ou plutôt les deux adversaires ?

C’est ce que constate The Economist, qui met en avant les objectifs de la Chine et ceux des États-Unis :

Logo de The Economist

«Comme l’explique notre rapport spécial dans le numéro de cette semaine, les relations entre superpuissances se sont dégradées. Les États-Unis se plaignent que la Chine triche […] en volant de la technologie, en s’imposant dans la mer de Chine méridionale et en intimidant des démocraties telles que le Canada et la Suède, devenant une menace pour la paix mondiale. La Chine est prise entre le rêve de regagner la place qui lui revient en Asie et la crainte d’une Amérique fatiguée et jalouse tentant de bloquer sa montée parce qu’elle ne peut accepter son propre déclin. Les deux parties doivent […] apprendre à vivre ensemble dans un monde où la confiance est faible. […] Trois décennies après la chute de l’Union soviétique, le moment unipolaire est terminé. Avec la Chine, les États-Unis font face à un grand rival qui aspire à devenir le numéro un. Les liens commerciaux et les profits, qui auparavant cimentaient la relation, sont devenus un sujet de plus pour lequel il faut se battre. La Chine et les États-Unis ont désespérément besoin de créer des règles pour aider à gérer l’ère de la concurrence des superpuissances, qui évolue rapidement.»

Selon le «piège de Thucydide », une puissance dominante et une puissance émergente se font la guerre car l’une estime qu’elle est menacée par l’autre : c’est la thèse de Graham Allison au sujet de la Guerre du Péloponnèse entre Sparte et ses alliés d’une part et Athènes et la ligue de Délos d’autre part. Un piège dans lequel l’Amérique et la Chine doivent éviter de tomber !

Pierre Hardon

 

>> Revenir à l’accueil