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«Affaire» Vincent Lambert : l’impossible jugement de conscience

Le conflit qui déchire la famille Lambert est devenu le champ d’une bataille sociétale entre les partisans de l’euthanasie et ceux du maintien à tout prix de la vie humaine. Il faut être pour ou contre, soutenir une cause ou l’autre et, en choisissant son camp, légitimer l’euthanasie ou la combattre.

Ce qui relevait de l’intimité familiale et de la singularité de toute situation humaine dans l’infinie complexité de ses circonstances est devenu une «affaire» jetée dans l’arène de l’opinion publique, où chacun émet son avis en fonction des éléments dont il dispose, toujours limités, souvent orientés.

Il y a dans ce tableau tous les éléments des limites de la morale contemporaine. Pour les partisans de l’euthanasie, devenue «le droit de mourir dans la dignité», la mort, qui est la suprême entrave à la liberté humaine, devient l’objet d’un droit : le droit de choisir le moment et les moyens de sa mort, folie orgueilleuse de l’illusion de la maîtrise de l’inévitable. Pour les partisans du maintien à tout prix de la vie humaine, il ne peut être envisagé d’autre solution que de maintenir les soins de base du corps que sont l’alimentation et l’hydratation dans l’attente d’une mort naturelle et dans l’espoir d’un toujours possible réveil. Mais reste-t-il la place pour un jugement moral conforme à la situation singulière et propre à la personne ? Ce jugement que seules les personnes responsables peuvent en conscience poser après avoir réuni tous les éléments nécessaires à son élaboration ? Certes, les personnes en état pauci-relationnel doivent continuer à être nourries et hydratées… mais jusqu’à quel point ?


Si un cas limite n’enfreint pas la loi morale, il ne peut jamais être porté à l’universel


Cesser la nourriture et l’hydratation de Vincent Lambert est un acte d’euthanasie. Qu’elle soit considérée comme active ou passive, c’est un acte objectivement mauvais qui enfreint la loi naturelle du respect de la vie humaine. Mais il est des situations où la réalité totale et singulière de l’acte – et non seulement les circonstances – demande d’être jugée en elle-même et non uniquement dans sa dépendance à une règle universelle. C’est dans ces situations qu’un acte matériellement mauvais peut-être posé : ces cas sont rares, mais ils existent et nécessitent un conseil et une délibération approfondis pour aboutir à un jugement droit. C’est ce qu’on appelle «un cas limite», qui est l’expression très aboutie de la singularité de tout jugement moral du bien singulier de la personne à la lumière de la loi. Si un cas limite n’enfreint pas la loi morale, en allant au-delà de son expression universelle pour rejoindre l’intention du législateur afin d’y obéir avec responsabilité et intelligence, il ne peut jamais être porté à l’universel. C’est là que le bât blesse, car les cas limites, et toute la charge émotionnelle qu’ils transportent, sont instrumentalisés pour devenir l’argument d’une transgression généralisée.

L’opposition dialectique entretenue par les médias ne permet pas cette expression de la liberté fruit d’une recherche exigeante de la vérité pratique dans une existence humaine. Elle réduit le débat à une approche normative pour ou contre, qui finit par contraindre la contingence de l’humain en piétinant la véritable liberté.

Jérôme Fouquet

 

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