Livre de Daniel Pittet
Facebook Twitter Linkedin Whatsapp

C’est un témoignage d’une rare densité et d’une grande liberté qui est donné aux lecteurs de ce livre. Il porte sur toute la vie d’un homme dont l’enfance, déjà marquée par de grandes difficultés familiales, a été traumatisée par quatre années d’agressions sexuelles commises par un prêtre pédophile de son entourage alors qu’il avait entre huit et douze ans.

La préface du Pape François et la postface, qui consiste en un entretien avec le prêtre qui l’a violé, en annoncent la richesse. Avec un souci profond de vérité, Daniel Pittet raconte son histoire, son itinéraire et toutes les rencontres qui lui ont permis d’être un homme fragile mais debout, qui a gardé confiance en l’Église, sa «grande famille» qu’il n’a jamais reniée.

Ses dialogues avec les papes Jean-Paul II et François nous donnent une explication lumineuse sur ce qui l’a soutenu tout au long des épreuves et souffrances. Le premier lui déclare : «Tu es protégé par le Seigneur parce que tu as la foi» ; le second lui partage : «On a la même chance, on a tous les deux la foi».

Il a très vite compris qu’en la personne de son agresseur, il avait «nettement le sentiment d’avoir à faire à deux personnes distinctes» et son éducation religieuse lui a aussi permis «de ne pas le haïr parce qu’on ne hait pas les malades et les pauvres d’esprit». Parlant des prêches très appréciés de son agresseur, il nous confie «qu’il a toujours su que c’était totalement faux, il a trompé tout le monde : il était réellement malade». L’entretien de postface permet d’entrer un peu dans la compréhension de la complexité de cette maladie.

Il nous révèle le poids du silence qui fait que certaines personnes attendent parfois d’arriver au seuil de la mort pour révéler leur histoire, lorsqu’elles n’ont «plus rien à perdre», et il décrit clairement la culpabilité qui s’installe chez la victime car «l’enfant violé a été mis en situation de complicité avec son agresseur… Il devient complice de la violence subie», ce qui contribue à «la perversité de l’abus». Il ne cache pas non plus le silence de ceux qui savaient et fermaient les yeux.

Avec une véritable liberté, il dénonce la surenchère de la médiatisation, jugeant que la parole, indispensable, n’a pas à faire la une des journaux, ni parfois à être jugée par un tribunal. Il dénonce également une forme de déni qui trouve en l’Église un bouc émissaire : «On parle beaucoup des prêtres mais si le domaine civil faisait le même ménage que l’Église, on serait submergé… Alors oui, les laïcs peuvent bien s’indigner contre les évêques, ils crient fort et maintiennent les curieux à distance de leur territoire».

L’auteur nous décrit sans fard la profondeur de la blessure et ses conséquences toujours ressenties avec lesquelles il a appris à vivre, car le «traumatisme laisse de profondes traces mais n’empêche pas de vivre… On peut décider d’être sujet de sa vie même après les pires expériences» tout en reconnaissant qu’il ne peut rattacher toutes ses difficultés aux viols subis mais qu’il convient d’analyser le contexte.

C’est sans doute ce souci de vérité appris à l’abbaye d’Einsiedel qui lui permet de dire qu’«il ne faut jamais généraliser une expérience».

Un livre immanquable sur un sujet douloureux.

Daniel Pittet, Mon Père, je vous pardonne, Philippe Rey, 2017, 220 pages

Jérôme Fouquet

 

>> Revenir à l’accueil