Notre-Dame et son toit ouvert
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Sauvées du brasier ravageur les reliques, la rosace, la Sainte Couronne, uniques et précieuses entre toutes. Préservés des flammes le Corps de Jésus et l’autel de son sacrifice. Encore droites la grande croix du chœur aux reflets d’or et la statue de la Vierge à la blancheur de lys. Toujours debout les murs et la voûte ogivale, malgré la pluie de feu, de plomb et d’eau. Mais, décapitée par l’incendie, découronnée de sa flèche, livrée aux intempéries, Notre-Dame a perdu ses atours et revêtu un manteau de cendres. La grande croix de pierre élevée par la foi des bâtisseurs gît au cœur de Paris. À la croisée du transept, Notre-Dame est à ciel ouvert. Livrée aux intempéries et aux assauts des reconstructeurs, qui tournoient autour de son corps abîmé comme un vol de corbeaux, prêts à se l’approprier pour la refaire à leur mesure.

Ravagée par les flammes d’une crise qui a longtemps couvé, l’Église est à Ciel ouvert. Plus de couverture : fondue la chape de plomb du silence et du cover-up qui masquaient l’infamie et étendaient leur protection, posés sur la charpente de trompeuses apparences. Murs et voûte tiendront-ils sous la pluie de feu et de plomb des accusateurs et dénonciateurs, sous la pluie de larmes des victimes et des simples fidèles, sous les crachats de tous ceux qui guettent son écroulement ? Livrée aux bourrasques des reconstructeurs, recréateurs, rénovateurs, dont l’expertise s’avance triomphante, elle semble n’être que ruines et désolation. Proie de tous ceux dont le regard est tellement capté par ses ruines visibles qu’il ignore ce qu’elle a d’inébranlable et maintenant aussi cette trouée laissée par l’incendie, cette ouverture béante sur le Ciel, auquel plus rien ne fait écran.

«Si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que veillent les maçons» (Ps 127, 1).

Élisabeth Voinier

Photo : Bastien Louvet / SIPA

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