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Le rappel légitime de Benoît XVI

Depuis plusieurs mois, l’Église fait face à des scandales sexuels de grandes ampleur dans le monde entier. Dans ses rangs, les avis divergent sur les origines de la crise et les moyens de la résoudre. Benoît XVI a, dans ce contexte, rédigé un long texte expliquant l’origine du problème. Cependant, les divisions continuent à être vivaces. Le texte du pape émérite, qui donne une analyse profonde de la crise des agressions sexuelles frappant l’Église, continue toujours de provoquer des commentaires dans la presse.

Tout d’abord, pour First Things, le journaliste George Weigel, évoque le «diagnostic de Ratzinger» et les critiques auxquelles il fait face :

Logo de First Things

«Les critiques [du texte du pape émérite, ndlr] ont-ils donné une explication différente et plus plausible de l’augmentation des agressions sexuelles dans l’Église consécutive à la révolution sexuelle, à la controverse d’Humanæ Vitæ, à l’effondrement de la discipline dans la formation des séminaristes et à l’évolution de théologies morales qui détruisent le principe que certains actes sont intrinsèquement mauvais ? Non. Comme en 2002, il y a eu beaucoup d’agressivité, mais pas de diagnostic alternatif sérieux à offrir. […] Et comme je l’ai déjà dit, le cléricalisme n’est pas une explication sérieuse du péché et du crime d’agressions sexuelles dans l’Église. Le cléricalisme facilite les agressions, dans la mesure où les agresseurs s’attaquent à ceux qui ont, à juste titre, de l’estime pour la prêtrise. Mais le cléricalisme n’explique pas la prédation sexuelle, qui a d’autres causes plus profondes et qui est en fait un fléau mondial.»

Le vaticaniste John Lee Allen, pour le magazine Crux, analyse «une résistance contre un monde devenu fou» :

Logo de Crux

«Pendant que le brouhaha se concentrait sur ses mots sur les cliques homosexuelles dans les séminaires et sur la question de savoir s’il condamnait les gays, son diagnostic final établissait que les vrais coupables étaient la perte de foi en Dieu et un effondrement de la confiance dans la vérité objective. Une fois encore, son idée principale est que seule la vérité – clairement définie, vigoureusement proclamée et, le cas échéant, défendue sans vergogne comme le suggère Jean-Paul II dans son encyclique de 1993 Veritatis splendor – fixe les limites du mal que les hommes pécheurs sont capables d’infliger aux autres. En d’autres termes, exiger que les catholiques acceptent et professent les vérités proclamées par le magistère de l’Église n’est pas de l’autoritarisme, c’est de la compassion et de l’humanisme. […] La requête de Benoît ne peut pas être évitée : une Église qui vacille sur ses convictions fondamentales, manquant de cohésion interne pour constituer un front unifié, est-elle réellement capable de résister aux pressions de ce monde ?»

C’est ce qu’a fait Benoît XVI en publiant son texte : montrer le chemin de l’unité des catholiques face aux turpitudes de la société moderne.

Le cléricalisme est-il la matrice de l’agression sexuelle ?

Depuis que le pape François a dénoncé l’influence du cléricalisme sur les agressions sexuelles dans l’Église, celui-ci est devenu le nouveau mantra pour justifier une réforme en profondeur de l’organisation hiérarchique et de la répartition des pouvoirs entre clercs et laïcs.

La Croix, Isabelle de Gaulmyn en tête, évoque un colloque qui s’est tenu à Strasbourg :

Logo du journal La Croix

«[…] Le cléricalisme actuel est d’abord une construction historique, qui doit beaucoup au Concile de Trente. S’est opérée à partir du XVIIe siècle une “radicalisation catholique” qui a concentré toutes les fonctions sacrées sur le prêtre ordonné, à partir de l’Eucharistie et de la confession. En particulier, l’École française de spiritualité de Bérulle et Olier a façonné un imaginaire du prêtre idéal, le “saint prêtre” au-dessus des fidèles, identifié au Christ. […] Mais si la conception du prêtre doit beaucoup à l’Histoire, il est sans doute possible d’en repenser la définition actuelle.»

Le cardinal Müller pense au contraire que le cléricalisme est différent. Le National Catholic Register explique :

Logo du NCR

«Müller a rappelé que le véritable cléricalisme caractérise l’évêque qui “demande à ses clercs de distribuer la sainte communion à des personnes qui ne communient pas pleinement avec la foi de l’Église ou à ceux qui doivent être absous du péché mortel par la pénitence avant de pouvoir s’approcher de la communion… Il abuse de l’autorité que lui a conférée le Christ pour forcer les autres à agir contre les commandements du Christ.” La réaction négative à l’essai de Benoît, a-t-il dit, est la preuve de la justesse de son “diagnostic selon lequel un type de théologie morale, qui depuis longtemps n’était pas catholique, s’est effondré”. Müller a dénoncé ceux qui, “sur le dos de jeunes victimes de crimes sexuels, [essayent] de substituer la doctrine morale de l’Église, fondée sur le droit naturel et la révélation divine, à une moralité sexuelle autoproclamée selon le principe du plaisir égocentrique des années 1970”.»

La crise des agressions sexuelles dans l’Église ne doit pas être le moyen par lequel des idéologues veulent réformer l’Église : celle-ci est d’origine divine et c’est la seule voie à suivre pour le ciel.

Notre-Dame révèle les racines chrétiennes de l’Europe

L’absence des termes «catholiques», «chrétienté» et «christianisme» dans le vocabulaire politique après l’incendie qui a ravagé la toiture de Notre-Dame de Paris interroge.

Le sociologue québécois Matthieu Bock-Côté, dans France Catholique, analyse :

Logo de France Catholique

«Mais qui ne comprend rien au christianisme se condamne à ne pas comprendre grand-chose de notre civilisation. Devant Notre-Dame, j’ai tendance à croire que n’importe quel homme est appelé à méditer sur les choses éternelles, sur cette part de la condition humaine qui échappe à la vie sociale et qui se présente à la raison sous le signe du mystère. Une chose est certaine toutefois : on a beau croire ou ne pas croire, c’est la foi qui a poussé les hommes à créer une cathédrale d’une telle beauté. Et c’est peut-être aussi la foi qui poussera à sa reconstruction. […] Le catholicisme n’est pas qu’une religion parmi d’autres en France et en Occident. C’est le noyau spirituel et civilisationnel de nos pays. L’héritage catholique représente le substrat culturel de ce pays.»

Le noyau civilisationnel autour duquel gravitent l’ensemble des principes sociétaux…

Un défilé du 1er mai sous haute tension

Le 1er mai est traditionnellement le jour de l’action syndicale dans laquelle les syndicats vont manifester dans la rue. En 2018, des exactions avaient déjà eu lieu… Cette année, en pleine crise des Gilets jaunes, le gouvernement appréhendait un recrudescence des violences et des heurts, notamment à Paris. Tout cela, dans un climat politique extrêmement difficile.

Cette crainte est parfaitement décrite par le journal Libération la veille de la manifestation du 1er mai :

Logo de Libération

«Dès lors, le 1er mai 2019 ressemblera-t-il au 1er mai 2018, marqué par des violences et des dégradations ? C’est en tout cas la crainte des autorités. L’an dernier, 14 500 personnes avaient manifesté dans la capitale, parmi lesquelles 1 200 personnes du Black Bloc, selon la police. Cette année encore, des militants radicaux sont attendus en provenance de plusieurs pays européens. […] Depuis l’arrivée de Lallement, la doctrine du maintien de l’ordre s’est nettement durcie : zones d’interdiction de manifester, utilisation de drones, multiplication des brigades de répression de l’action violente à moto (Brav)… Comme l’an dernier, la préfecture de police de Paris a pris un arrêté obligeant tous les commerces et restaurants installés sur le parcours du défilé intersyndical «à fermer leur établissement le temps de la manifestation», à se protéger «contre les dégradations et les pillages», et à ranger tout mobilier “pouvant servir de projectile ou d’arme par destination”»

Finalement, malgré quelques heurts avec les black blocs tout de suite dispersés par les CRS, la journée a été calme. Pour Vincent Trémollet de Villers, dans Le Figaro, l’issue de la journée est un «soulagement» :

Logo du Figaro

«Nous sommes soulagés d’avoir évité le pire, mais comment ne pas rester préoccupés devant ces mouvements hebdomadaires de manifestants et de casseurs qui détruisent, brûlent, agressent et pillent ? Nous avons tellement intégré ces violences de “basse intensité” qu’un défilé paisible un jour de 1er mai semble aujourd’hui impensable. L’anarchie s’impose comme nouvelle forme d’expression politique. Une sorte de rituel nihiliste qui, sous la lumière des chaînes d’information continue, se déploie presque naturellement. […] Il n’empêche : la République a repris son souffle, il lui faut désormais ne pas se tromper de priorités. Cela fait des années que des groupes révolutionnaires d’extrême gauche prospèrent, de Nuit debout en manifestations incendiaires, dans la plus grande impunité. En proie à une radicalité glaçante, ces groupes rêvent d’enrégimenter aujourd’hui les “Gilets jaunes”, demain les banlieues en sécession, dans leur mythologie révolutionnaire.»

Un défilé sous haute tension, maîtrisé. La crise des Gilets jaunes s’arrêtera-t-elle pour autant ? Les propositions du Président de la République semblent pour le moment ne pas avoir endigué les manifestations et les colères.

Pierre Hardon

 

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