La cathédrale Notre-Dame en feu
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15 avril 2019. Lundi saint. Incendie de Notre-Dame de Paris. Une date qui restera dans les annales de l’histoire de France comme celle d’un événement qui a embrasé la France entière et bien au-delà, soulevant émotion et questions : comment en est-on arrivé là ? Comment reconstruire ? Si l’incendie a été heureusement maîtrisé et les dégâts limités, bien des braises couvent sous la cendre, prêtes à s’enflammer…

Il faut se pincer pour y croire : la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris a pris feu et a complètement disparu, emportant avec elle cette flèche qui côtoyait les cieux. Après la sidération initiale, vient le temps de la réflexion et des questions, puis viendra le temps de la réparation.

Émotion populaire

L’émotion populaire est à la hauteur de l’importance de l’édifice, que l’on imaginait indestructible, car ayant franchi 850 années d’histoire qui n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille. Comme l’évoque si bien Gabrielle Cluzel, la cathédrale Notre-Dame, c’est un peu cette vieille grand-mère dont on s’occupe de loin en pensant qu’elle est éternelle… Non, elle ne l’est pas et, si elle n’a pas disparu, c’est bien grâce à la compétence et à l’obstination des pompiers qui ont su contenir l’incendie pour qu’il n’attaque pas les deux beffrois, préservant ainsi la structure de l’édifice.

Les jours qui ont suivi ont été marqués à la fois par des excès de réaction et par des tentatives de récupération de l’événement. Oublié le lieu de culte dédié à la Vierge Marie et au Christ, la cathédrale de Paris n’était plus qu’une scène de spectacle où avaient brillé Esméralda et Quasimodo, du roman de Victor Hugo.

Dans le même temps, un élan de générosité planétaire va permettre de réunir les fonds nécessaires pour réaliser les travaux. Merci à tous ceux, riches ou pauvres, qui vont ainsi contribuer à redonner à la cathédrale de Paris toute sa splendeur. Cependant, cette générosité ne doit pas effacer les dons que chacun peut faire pour des causes sociales ou humanitaires, sans oublier les autres bâtiments historiques qui nécessitent entretien et réparations.

Catéchisme pour tous !

Le plus savoureux est que, dans un pays qui n’est plus très à l’aise avec ses racines chrétiennes, l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris a donné l’occasion d’une séance de catéchisme général : on redécouvre alors ce qu’est cette «Semaine sainte» qui précède Pâques ; on se précipite à la messe chrismale parce que le tout Paris y est… Mais cet emballement s’est brusquement arrêté quand l’archevêque de Paris a remis de l’ordre dans les esprits en laissant entendre qu’un «amas de cellules» pouvait avoir plus de valeur «qu’un amas de pierres», ces pierres fussent-elles celles de la cathédrale de Paris ! Et le propos n’était sans doute pas neutre, puisque le gouvernement nous prépare son projet de révision des lois de bioéthique, qui sera discuté au parlement pendant les torpeurs de l’été.

Comprendre, c’est répondre aux questions que chacun se pose : comment cela a-t-il pu arriver ? Et les réponses se feront attendre, car l’enquête sera sans doute longue et difficile. Cependant, des premiers éléments ont été publiés récemment, grâce entre autres au Canard enchaîné, et il faudra bien répondre aux questions soulevées : Y a-t-il eu des dysfonctionnements dans le système de détection incendie ? Pourquoi les ouvriers qui montaient l’échafaudage dérogeaient-ils à l’interdiction de fumer sans avoir été sanctionnés ? Qui avait installé des cloches dans la flèche, et l’installation électrique était-elle homologuée ? Une réunion du Centre des monuments nationaux a-t-elle vraiment eu lieu dans les tours de Notre-Dame, puisqu’elles étaient exceptionnellement fermées au public ce même 15 avril à partir de 17 heures 30 ?

Reconstruire, restaurer ou réparer ?

Il faudra bien réparer la cathédrale, mais cela prendra le temps qu’il faudra, sans être dans la posture de l’enfant qui veut effacer rapidement sa bêtise. Cette réparation doit se réaliser sans chercher à figer le monument ni lui faire subir les assauts du modernisme. C’est donc l’occasion de retrouver les racines de cet esprit de bâtisseurs, afin de redonner à la cathédrale Notre-Dame de Paris solidité, cohérence et splendeur.

L’avenir nous dira si nous aurons été à la hauteur de l’enjeu !

Alexandre Germain

Photo : GodefroyParis / Wikimedia Commons

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