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Le 15 avril 2019, le toit de la cathédrale Notre-Dame de Paris a subitement pris feu, à 18h50. Les Français et le monde entier observaient, impuissants, l’embrasement de quelque huit cents ans d’histoire de l’Occident. Le lendemain, malgré la douleur, les hommages fleurissent, venant de toutes parts. Les polémiques commencent le surlendemain. Petit tour d’horizon des réactions de la presse.

Edward Pentin, vaticaniste au National Catholic Register, évoque de belle façon le drame qui a touché la France et l’union qu’il a provoquée :

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«La vue de cette cathédrale bien-aimée ravagée par les flammes au début de la Semaine sainte a été un déchirement pour toute la nation française. […] Si les chrétiens, et en particulier les catholiques, sont les plus touchés par une telle tragédie, la grande majorité des Français pleurent ensemble la perte d’un haut symbole de leur culture. En effet, l’histoire de Notre-Dame, le monument le plus emblématique de France, est enraciné dans la conscience collective. […] Dans une France de plus en plus laïque aujourd’hui, où l’Église fait l’objet d’un mépris généralisé de la part des médias, ainsi que d’une partie croissante de l’élite et de la population, la tragédie de Notre-Dame a sonné comme un appel pour beaucoup, apportant un témoignage sur l’importance de la foi. L’image d’une croix lumineuse à côté d’une statue de la Vierge Marie […] toutes deux debout au milieu des décombres le lendemain du feu, restera gravée dans les mémoires.»

Le journaliste Gérard Leclerc, dans le magazine France Catholique, s’étonne :

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«On s’interrogera encore longtemps sur l’étonnante communion que l’incendie de Notre-Dame a provoquée dans notre pays, créant une sorte d’unanimité surprenante alors même qu’on s’inquiétait depuis des mois d’une France divisée, éventuellement en archipels. Les analystes politiques s’interrogent, tout en se félicitant du miracle paradoxalement accompli à cause d’un sinistre. […] C’est peut-être aussi que Notre-Dame pourrait être un objet de contradiction, dès lors qu’on s’interroge sur sa véritable identité. Les évêques de France publient un ouvrage sur ce qu’est l’anthropologie catholique. Une anthropologie qui est sûrement en symbiose avec le message d’humanité de Notre-Dame. Mais une anthropologie contestée à tel point que la philosophie en est devenue folle».

Le constat est pertinent car, dès le lendemain, dans le discours politique, le fait que la cathédrale soit un édifice religieux a été largement minimisé par le gouvernement et les hommes politiques, comme le souligne Laurence de Charrette dans Le Figaro Vox :

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«“Part de notre destin français” (Emmanuel Macron) “âme de la France” (Valérie Pécresse), “emblème de notre histoire” (Anne Hidalgo), “grand trésor mondial” (Barack Obama), “cœur de la nation”, “fleuron de notre civilisation”, “beauté inouïe de Paris”… En quelques jours, les dirigeants de la planète ont épuisé, au sujet de Notre-Dame, à peu près tout ce que Twitter permet de placer comme formules superlatives, célébrant abondamment le monument, mais ignorant consciencieusement sa vocation sacrée. […] Notre-Dame est-elle bien une cathédrale ? Le ministre des Cultes a tranché par la négative: “Ce que je sais, a assuré Christophe Castaner dans un nouvel élan de maladresse, c’est que Notre-Dame n’est pas une cathédrale.” (“C’est un commun”, a-t-il ajouté pensant certainement à un “bien commun”.) D’autres après lui ont nuancé cette affirmation contre-intuitive, concédant du bout des lèvres à l’édifice un petit quelque chose de religieux : si Notre-Dame tient de la cathédrale, ont-ils précisé, alors c’est sous la forme d’une “cathédrale peuple” (Christophe Girard) ou bien d’une cathédrale “au sens large” (présentateur BFMTV).»

Une analyse que fait également Jean Sévillia, interrogé par Aleteia, à propos du président de la République Emmanuel Macron :

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«Le lendemain, l’identité chrétienne, catholique ou tout simplement religieuse de la cathédrale a disparu dans sa bouche. Le discours présidentiel officiel est un discours de propriétaire, d’une violence symbolique incroyable : ce n’est pas un héritier qui parle, humble devant ce monument de pierre quasiment millénaire, modeste devant l’événement qui ébranle la nation, c’est une volonté de puissance qui s’attribue le pouvoir de faire l’Histoire en disposant de la cathédrale selon son calendrier et ses propres critères, modernes et internationaux.»

Jean-Francis Pécresse, dans Les Échos, milite pour un chantier réunissant l’artisanat français :

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«L’urgence n’est pas l’alliée de l’artisan, fût-il entrepreneur de taille moyenne. Redonner à Notre-Dame sa belle charpente exigerait deux voire trois saisons de coupes de bon chêne. […] Libre à chacun de penser que couvrir la cathédrale de bois transformé et de barres d’acier ne serait pas une offense au bon sens. Après tout, qui avait déjà approché feu la charpente ? Ce serait juste un péché contre l’esprit gothique du lieu, dont bien des œuvres furent faites pour être vues de Dieu et non des hommes. Ce serait, surtout, une marque de défiance envers ces métiers de la restauration d’art dans lesquels excellent nombre de nos PME implantées en régions, telles Asselin dans les Deux-Sèvres ou TMH en Gironde. À l’heure où la France des territoires demande à être entendue et valorisée, il ne serait pas maladroit de faire du chantier de Notre-Dame un village à ciel ouvert des savoir-faire de nos artisans. Le tourisme n’y perdrait pas : la réplique de L’Hermione, frégate de La Fayette, a reçu plus de visiteurs pendant sa construction qu’après. Et l’argent des donateurs serait ainsi mieux employé. Sachons mettre à profit le temps long des cathédrales.»

Pour d’autres, comme Mgr de Sinety interrogé par l’hebdomadaire La Vie, l’incendie de la cathédrale de Paris doit être l’occasion d’une introspection plus profonde sur notre propre rapport à autrui :

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«À l’ère des cathédrales, une œuvre hospitalière dite “hôtel-Dieu” était toujours construite à côté. Il faut faire la même chose aujourd’hui. Nous ne pouvons pas reconstruire un édifice à la gloire de Dieu en ignorant la misère des pauvres. Pour que cela soit concret et précis, il faut établir d’autres hôtels-Dieu d’un type nouveau, un peu partout dans ce pays, qui seront disponibles pour soulager les misères de notre temps. Nous jouons notre crédibilité, précisément dans la manière dont nous allons gérer cette générosité qui s’abat sur nous. Je pense qu’il y a quelque chose qui pourrait être réfléchi avec nos frères d’autres confessions chrétiennes, mais aussi avec nos frères juifs, avec les musulmans, pour manifester ensemble la charité de Dieu.»

On peut toujours faire mieux pour la charité, tout en redonnant un toit aux églises, premier lieu d’accueil des misères humaines…

Nancy Huston – devenue experte-ès-chrétienté depuis une tribune prônant le mariage des prêtres dans Le Monde – est interrogée sur Notre-Dame par le même journal et fait dans l’ironie :

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«Outre les raisons collectives, chacun de nous a ses raisons intimes d’être bouleversé par l’incendie de Notre-Dame de Paris. Le lundi 15 avril, mon émotion à moi est venue du fait que j’ai vécu pendant des décennies dans le Marais, à un jet de pierre de la cathédrale, l’ai côtoyée en toutes saisons et sous toutes les lumières, ai aimé à la contempler depuis la librairie Shakespeare & Company, en face, ai amené mes enfants rendre visite à ses gargouilles, m’y arrête parfois, encore maintenant, pour allumer un cierge et penser à mes chers disparus… […] Mais tout de suite après le drame, les surprises ont commencé. On pensait être fauchés ? Mais non on est riches, puisqu’on peut réunir 850 millions d’euros en trois jours pour la reconstruction. On pensait être laïques ? Mais non, on est catholiques, puisqu’il n’est soudain plus interdit de prier dans les rues de Paris. On pensait être rationnels, cartésiens, logiques ? Mais non, on est superstitieux, fétichistes, puisqu’on est soulagés de ne pas avoir perdu deux reliques qui valent une fortune. Tel un retour du refoulé, tous les grands mythes de la France se sont précipités au chevet de la vieille dame, sans souci de cohérence. Patrimoine, Miracle, Héroïsme, Tourisme, Destin, Générosité, Moyen Age, Monarchie… Ah ! Il eût fallu être Roland Barthes pour recenser le feu d’artifice de mythologies jaillies du brasier de la cathédrale !»

Maintenant que le feu est éteint, il est temps de voir ce qu’il a allumé – ou rallumé… Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro, y voit la naissance politique de Mgr Aupetit :

«Comme une ceinture biblique qu’il ne veut pas revêtir mais que d’autres lui passent en vertu de sa fonction, il incarne l’une des nouvelles figures de l’Église catholique en France. Elle en manque cruellement depuis plusieurs années, au point d’être invisible. Il vient de vivre ce “baptême”. Il ne manque pas d’atouts. D’un mot, il sait passer des messages forts. Comme cette pique envoyée au président Macron pour son absence de référence aux “catholiques” dans son intervention de mardi soir à la télévision. Un homme d’Église ne se réduit en aucun cas à son rôle public, mais un archevêque est né.»

Plus pragmatique, le journal américain Crux affirme :

Logo de Crux

«Après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame la semaine dernière, des questions se posent quant à l’état de milliers d’autres cathédrales, châteaux et flèches de villages qui ont transformé la France – ainsi que l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Espagne – en musées de plein air de la civilisation occidentale. Si même un édifice emblématique comme Notre-Dame ne pouvait être protégé de la dévastation, s’il s’avérait qu’un symbole aussi puissant de la France avait du mal à trouver des fonds d’entretien, cela mettrait à nu une culture de l’apathie qui pourrait saper une histoire commune ainsi que le tourisme de plusieurs milliards de dollars dont dépend une grande partie de l’Europe.»

Outre le tourisme et sa manne, le journal Crux vise juste : que fait l’Europe de ses racines ?

Pierre Hardon

 

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