Benoît XVI et François
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Au lecteur

Cher lecteur qui venez d’ouvrir cet article, vous constaterez que la parution de cette semaine est pour une part consacrée au texte de Benoît XVI sur la crise des abus sexuels. Si nous y avons prêté une telle attention, c’est qu’il comporte un jugement sur une crise qui a détruit l’Église depuis les années 1960, et qui continue de le faire.

La connaissance de cette crise sollicite nos responsabilités pour l’avenir. Il faudra non seulement aimer l’Église, non seulement en jouir, mais défendre, selon nos responsabilités, le dépôt de la foi. Ce devoir n’est pas réservé au pape, à l’évêque, au curé. C’est le devoir de tout chrétien selon ses responsabilités propres. Pour accomplir cette tâche, il faut être formé. Et pour être formé, il faut prendre le temps de lire, de comprendre et de méditer.

Cette semaine, la Smart Reading Press vous donne à lire deux articles, qui sont inséparables : le mien, qui expose l’essentiel de la pensée du pape émérite dans l’article qu’il a publié ; celui de l’abbé Bernard du Puy-Montbrun, canoniste, qui montre la pertinence de la remarque de Benoît XVI sur l’idéologie du garantisme. Cette idéologie, qui donne aux droits de la personne une primauté sur tout bien commun, a paralysé l’Église dans son action pénale contre les prêtres pédophiles. Aujourd’hui, on ne le pense plus, on fait même le contraire. Mais on risque de faire un autre grave manque aux droits : celui d’absolutiser le droit des victimes à une juste réparation, en détruisant l’Église elle-même dans son devoir de défendre le dépôt de la foi.

Bonne lecture !

Aline Lizotte


 

Dans un article récemment paru dans les colonnes du Klerusblatt, le pape émérite Benoît XVI s’est livré à une analyse en profondeur de la crise de la théologie morale dans l’Église depuis les années 1960. Aline Lizotte commente ce texte rédigé par l’un des plus grands théologiens actuels, mais surtout par un vrai pasteur et un homme de longue expérience, dont le diagnostic est précis : la crise actuelle, avant d’être une crise morale, est une crise de la foi.

On connaît cette lettre d’abord publiée en Bavière dans une revue catholique allemande, Klerusblatt, reproduite sur le site du Vatican (Vatican News) et publiée entre autres sur Life Site News. J’utilise la traduction en français qui en a été faite par Jeanne Smits1.

Pourquoi Benoît XVI a-t-il écrit et publié sa pensée ?

On n’a pas à chercher midi à quatorze heures pour le savoir. Il n’y a qu’à lire les premières lignes de son article. Benoît XVI s’adresse à l’Église en tant qu’il est toujours évêque. En tant que tel, il a reçu, par le sacrement de l’épiscopat, le pouvoir et la tâche d’enseigner non seulement pour donner une opinion théologique privée, mais comme témoin authentique et responsable de la foi de l’Église.


Tout le propos de Benoît XVI s’étend non pas principalement sur le scandale moral des agressions sexuelles, mais pour «évoquer la crise actuelle de la foi dans l’Église».


Tout son propos s’étend non pas principalement sur le scandale moral des agressions sexuelles, mais pour «évoquer la crise actuelle de la foi dans l’Église». Et il le dit clairement : «Il était nécessaire de diffuser un message fort et de chercher à prendre un nouveau départ, de manière à rendre l’Église de nouveau crédible en tant que lumière parmi les peuples, et force au service de la lutte contre les puissances de la destruction». La deuxième raison est dite tout aussi clairement : «Comme j’ai moi-même eu à servir dans une position de responsabilité en tant que Pasteur de l’Église au moment de la manifestation publique de la crise, et pendant qu’elle se préparait, je me devais de me demander – bien qu’en tant qu’émérite, je ne porte plus directement cette responsabilité – ce que je peux apporter par ce regard en arrière en vue de ce nouveau départ».

L’évêque n’est pas d’abord l’administrateur d’un diocèse, de sorte que n’ayant plus cet office, il ne serait plus évêque, comme on n’est plus un fonctionnaire de l’État si l’on ne travaille plus dans les services publics. L’évêque est évêque parce qu’il est, par le sacrement de l’épiscopat et, par son introduction canonique, membre du Collège apostolique. Et il le reste toujours.

Cependant, un évêque qui a démissionné pour des raisons d’âge ou pour d’autres raisons, n’a plus d’«office», c’est-à-dire qu’il n’a plus une partie du peuple de Dieu à enseigner pour remplir le «munus docendi» lié au sacrement de l’ordre épiscopal. Doit-il alors se taire ? Ou peut-il parler en témoin, non seulement en raison de sa compétence privée, mais d’un devoir de défendre ou de protéger la foi, tâche qui appartient à tout évêque ?

Le pape émérite, lui, a choisi de parler. Sans se prévaloir d’une compétence qu’il n’a plus, il prend contact avec le secrétaire d’État, le cardinal Parolin et le Saint-Père lui-même, et il témoigne d’une tâche qui lui appartient comme évêque, celle de défendre la foi et de montrer sa valeur. Il n’y a pas que le pape qui doive assumer le munus docendi dans l’Église, bien que le pape le doive de façon suprême et universelle. Saint Athanase, saint Cyrille d’Alexandrie, saint Augustin, saint Cyprien de Carthage, saint Basile et d’autres plus récents n’ont jamais été papes, et pourtant ils ont enseigné toute l’Église.

Voilà donc pourquoi Benoît XVI témoigne devant toute l’Église d’un devoir de défendre la foi de cette Église, d’une part parce qu’il est évêque et d’autre part parce qu’il a eu l’expérience de la crise de la foi qui a atteint toute l’Église. Ce qui lui donne, en plus, une autorité personnelle unique.

Les articulations de la pensée de Benoît XVI

Les articulations de la pensée du pape émérite Benoît XVI se superposent en diverses strates, dont certaines viennent de son expérience personnelle comme théologien et pasteur, d’autres des difficultés rencontrées dans le gouvernement de l’Église et d’autres encore d’une authentique expérience de la crise de l’Église.

L’analyse de la crise dans l’Église


 

«On peut dire qu’au cours des vingt années entre 1960 et 1980, les critères normatifs de la sexualité se sont entièrement effondrés.»

 


La crise qui a éclaté en 1968 dans l’Église à la suite de la publication d’Humanæ Vitæ a eu une longue préparation : «Je cherche à montrer qu’au cours des années 1960, il s’est produit un événement monstrueux, à une échelle sans précédent au cours de l’histoire. On peut dire qu’au cours des vingt années entre 1960 et 1980, les critères normatifs de la sexualité se sont entièrement effondrés ; une nouvelle absence de normes est née qu’entre-temps on s’est employé à redresser».

L’on peut donc sociologiquement faire remonter cette crise à l’apparition commercialisée de la pilule Pincus, qui changeait complètement les mœurs de la sexualité. Les efforts de Margaret Sanger arrivaient à leur terme. Depuis plus de vingt ans, elle avait maillé le territoire des États-Unis et d’ailleurs de «cliniques» de Planned Parenthood. Dix ans auparavant, un soir, à New York, elle donnait à Gregory Pincus la mission de développer un contraceptif «que les femmes puissent prendre comme un chocolat, comme on se brosse les dents, le matin avec un jus d’orange», leur permettant enfin de connaître l’amour et de satisfaire quand elles le voudraient l’envie d’un enfant. Le premier contraceptif, Enovid, était prêt en 1955 ; il fut autorisé par la FDA en 1957 comme remède à l’infécondité et commercialisé comme contraceptif le 9 mai 1960.

Pourquoi lier l’effondrement des critères normatifs de la sexualité à l’apparition de la «pilule» ? Parce qu’elle introduisait une séparation radicale entre la finalité, dite première, de l’union sexuelle et la finalité, dite seconde, du bien des époux. Cette séparation que la pilule opérait chimiquement résultait non de son œuvre propre, mais des nouvelles théories en matière de moralité. Cette séparation fut l’œuvre d’un grand nombre de théologiens, principalement européens, qui s’acharnèrent à trouver d’autres normes ou d’autres théologies pour autoriser, sans peine morale, ce nouveau mode de «contraceptif», lequel ne devait selon eux pas être moralement considéré comme contraceptif.

Pour y parvenir, il fallait détacher la morale traditionnelle de sa référence à la loi naturelle considérée comme son premier fondement et lui trouver d’autres principes aussi bien humains que bibliques. Il fallait que l’acte conjugal ne trouve plus sa vérité morale dans les lois de la nature, et que la morale chrétienne fondée sur les vérités bibliques – principalement celles de la Genèse – soit interprétée autrement que selon l’enseignement traditionnel, qui liait ce que l’on appelait les deux fins du mariage : la procréation et l’union des époux. On peut dire que ce processus «préparé de longue date», nous dit Benoît XVI, se déroula en plusieurs étapes.


 

«Dans les efforts du concile en vue d’une nouvelle compréhension de la Révélation, l’option de la loi naturelle fut largement abandonnée.»

 


La première étape fut, sans que l’on s’en aperçût trop, un effort conciliaire pour abandonner l’option de la loi naturelle comme premier fondement de la théologie morale : «Jusqu’au concile Vatican II, la théologie morale catholique était dans une large mesure fondée sur la loi naturelle, tandis que l’Écriture sainte n’était citée que pour fournir un contexte ou une confirmation. Dans les efforts du concile en vue d’une nouvelle compréhension de la Révélation, l’option de la loi naturelle fut largement abandonnée, et l’on exigea une théologie morale fondée entièrement sur la Bible». Cela jusqu’à ce que l’on s’aperçoive «qu’en partant de la seule Bible, la morale ne pouvait pas être présentée de manière systématique». Il fallait tenter d’établir une théologie morale plus pragmatique, sans pour autant parvenir à apporter une réponse à la crise de la morale».

La deuxième étape a été de présenter une théologie morale qui serait «exclusivement déterminée en vue des fins de l’action humaine, qui devaient prévaloir». Cette nouvelle théologie morale devait permettre une morale dans laquelle l’intentionnalité devait prévaloir. L’intentionnalité devait devenir ce qui donnait le sens principal de l’agir humain. Pour le dire autrement, il fallait se départir d’une morale objective, d’une fin objectivement bonne s’opposant à une fin objectivement mauvaise. La conséquence de cet abandon de l’objectivité morale, Benoît XVI la décrit fort bien en quelques mots : « Par voie de conséquence, plus rien ne pouvait désormais constituer un bien absolu, pas plus qu’il ne pouvait y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais, mais seulement des jugements de valeur relatifs. Le bien n’existait plus, mais seulement le mieux relatif, dépendant du moment et des circonstances». C’est alors qu’apparurent les théories morales de l’option fondamentale (Josef Fuchs) ou du proportionnalisme (Peter Knauer).

Et Benoît XVI de nous montrer ce qui est arrivé : «La crise du fondement et de la présentation de la morale catholique atteignit des proportions dramatiques à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Le 5 janvier 1989, la “Déclaration de Cologne” signée par 15 professeurs catholiques de théologie était publiée. Elle avait pour objet les différents points de crise dans la relation entre le magistère épiscopal et le travail de la théologie. Ce texte, qui dans un premier temps ne dépassa pas le niveau habituel de contestation, se transforma rapidement en tollé contre le magistère de l’Église, rassemblant de manière audible et visible tout le potentiel de protestation contre les textes doctrinaux de Jean-Paul II qui étaient alors attendus».

C’est alors, nous dit Benoît XVI, que le pape Jean Paul II «qui connaissait très bien la situation de la théologie morale et qui la suivait avec vigilance, commanda des travaux en vue d’une encyclique qui remettrait ces choses à l’endroit». Cette encyclique, nous la connaissons, c’est Veritatis splendor, qui parût le 6 août 1993. Elle provoqua de vives réactions, surtout, nous dit encore Benoît XVI, «parce qu’elle comportait l’affirmation selon laquelle il existe des actions qui ne peuvent jamais devenir bonnes». Et il ajoute, concernant la fermeté de cette partie de l’encyclique : «Le pape était alors pleinement conscient de l’importance de cette décision, et pour cette partie de son texte, il avait de nouveau consulté des spécialistes de premier plan qui ne participaient pas à la rédaction de l’encyclique. Il savait qu’il ne pouvait et ne devait laisser subsister aucun doute quant au fait que la morale de la pondération des intérêts doit respecter une limite ultime. Il y a des biens qui ne sont jamais sujets à une mise en balance». Et d’en citer quelques-uns : le martyre doit être accepté plutôt que de renier Dieu ; «Dieu est davantage, davantage même que la survie physique».


 

Demander à l’Église de ne pas défendre la valeur de ces principes, c’est nier toute compétence de l’Église en matière morale.

 


Enfin, il y eut une troisième étape : celle qui considérait que le magistère infaillible de l’Église et sa compétence ne devaient concerner que la foi elle-même. Les décisions relatives à la morale ne devaient pas faire l’objet des décisions infaillibles. Bien que l’Église, ni aucune autorité morale, ne puisse déterminer tout le processus de la décision morale qui est toujours singulière, il existe, nous dit Benoît XVI, «un ensemble minimum des principes moraux qui est indissolublement lié aux principe fondateurs de la foi qui doit être défendue». Autrement, la foi n’aurait plus aucun lien avec la vie concrète. Demander à l’Église de ne pas défendre la valeur de ces principes et ne leur accorder qu’une attention relative, c’est nier toute compétence de l’Église en matière morale, c’est même aller jusqu’à la thèse que l’Église ne peut pas avoir une morale qui lui est propre, c’est-à-dire une morale chrétienne !

Voilà l’analyse que fait Benoît XVI de la crise morale dans l’Église. Elle se résume en quatre points principaux :

  • Abandon de la loi naturelle comme fondement des principaux fondamentaux de l’agir humain.
  • Abandon d’une théologie morale objective au profit d’une seule morale de l’intentionnalité.
  • Rejet de Veritatis splendor en raison de la fermeté de son enseignement sur les actes intrinsèquement mauvais.
  • Négation de la compétence de l’enseignement de l’Église en matière morale.

C’est ce que l’on peut appeler une déconstruction absolue de la théologie morale ou de la morale chrétienne. La conclusion que Benoît XVI en tire est éloquente : «Le processus, préparé de longue date et toujours en cours de réalisation, de la liquidation de la conception chrétienne de la morale a été, comme j’ai essayé de le montrer, marquée par un radicalisme sans précédent au cours des années 1960. Cette liquidation de l’autorité d’enseignement moral de l’Église devait nécessairement produire des effets dans divers domaines de l’Église».

Le papr émérite Benoît XVI
Photo Galazka / SIPA

 

Les conséquences

La connaissance des conséquences est probablement pire que ce que l’on croyait. Benoît XVI les voit chez les responsables cléricaux (formation des séminaristes) et chez les évêques. Et ce ne sont pas les prêtres pédophiles qu’il attaque.

En premier, il évoque les graves manques dans la formation des séminaristes : constitution de clubs d’homosexuels, intimité de vie entre les agents pastoraux et leur famille ou leur petite amie, abolition dans les séminaires d’un climat propice à la préparation à la vie sacerdotale. Certes, il vise principalement les États-Unis et l’Allemagne. Mais cela ne s’est-il pas passé ailleurs ? D’une autre manière ?

En deuxième, il parle de la modification dans la sélection et la nomination des évêques : «Par-dessus tout, le critère pour la nomination de nouveaux évêques était désormais leur “conciliarité”, probablement comprise comme l’abandon des fondements de la théologie morale. Dans les faits, dans de nombreuses parties de l’Église, les attitudes conciliaires étaient comprises comme le fait d’avoir une attitude critique négative à l’égard de la tradition existant jusqu’alors, et qui devait désormais être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, au monde». Certains évêques – pas seulement aux États-Unis – rejetèrent la tradition catholique dans son ensemble, cherchant à faire advenir une nouvelle forme moderne de catholicité.

En troisième lieu, il aborde le problème de la pédophilie. Elle est devenue aiguë dans la seconde moitié des années 1980. Rome et les canonistes romains eurent dans un premier temps des difficultés à prendre en compte ces préoccupations en raison de l’idéologie du garantisme. (Voir, pour toute cette étude, l’analyse complète qu’en fait, dans cette même parution de la Smart Reading Press, l’abbé Bernard du Puy-Monbrun.)


 

Cette crise n’est pas d’abord une crise morale, c’est une crise qui attaque la profondeur de la foi.

 


Mais ici, on peut aussi faire deux remarques. Si le pape émérite place à ce point de réflexion la question de la pédophilie, c’est qu’il la rattache à toute la crise de l’Église qu’il vient d’analyser. Or cette crise n’est pas d’abord une crise morale, bien qu’elle se manifeste par l’effondrement de la théologie morale ; c’est une crise qui attaque la profondeur de la foi. C’est la digression qu’il ajoute à partir de la parole de Jésus : «Mais si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît autour du cou une de ces meules que les ânes tournent, et qu’on le jetât dans la mer (Marc 9, 41)».

Le commentaire qu’il ajoute est bien l’expression de sa pensée profonde. «L’expression “ces petits” dans le langage de Jésus signifie les fidèles ordinaires qui peuvent être amenés à chuter par l’arrogance intellectuelle de ceux qui se pensent intelligents dans leur foi. Donc ici, Jésus protège le dépôt de la foi avec une menace insistante de punition adressée à ceux qui lui portent atteinte».

On peut dire que Benoît XVI ne se prive pas de faire un diagnostic dur. Ce qui amène la crise actuelle, ce n’est pas le célibat des prêtres, l’autoritarisme clérical et tutti quanti, c’est la trahison de la foi : la trahison des formateurs dans les séminaires, de certains évêques et de certains théologiens, dont l’arrogance intellectuelle les a conduits à délaisser la Tradition pour dire autrement, alors qu’il fallait approfondir le trésor intellectuel de la foi de l’Église pour trouver les réponses adéquates aux questions et aux angoisse du nouveau monde, celui que décrit Gaudium et spes.

Que faut-il faire ?

Il est évident que ce n’est pas la systémique qui permettra d’en sortir. Les solutions que propose Benoît XVI sont celles-là même que Jésus donne et auxquelles l’Église s’est toujours attachée.

La première : il faut redonner Dieu à l’humanité. Car un monde sans Dieu est un monde sans signification. Certes, il faut un effort renouvelé d’évangélisation, mais si cela consiste à mettre la foi sous le boisseau, à ne plus dire une parole de Vérité, mais uniquement une parole de charité, c’est-à-dire uniquement à trouver des moyens de soulager la «misère humaine», nous risquerons encore une fois de passer outre. Si l’on continue de nier qu’il y a une vérité, qu’il y a un bien et un mal, de nier que les choses ont une raison d’être spirituelle, que ferons- nous comme œuvre d’évangélisation ? La pédophilie, bien sûr, c’est un problème. Mais où est le vrai problème : «Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En dernière analyse, la raison en est l’absence de Dieu. Dieu est considéré comme la préoccupation partisane d’un petit groupe et ne peut plus constituer le critère de référence de la communauté dans son ensemble. Cette décision est le reflet de la situation en Occident, où Dieu est devenu l’affaire privée d’une minorité».

Et si l’on regarde le fil des événements, on a commencé par dissocier le sens procréatif de l’union conjugale de son sens unitif et, peu à peu, on a dépénalisé l’avortement, considéré l’homosexualité comme l’expression d’un libre choix, permis toutes les formes de PMA, en enseignant que l’interdiction morale ne devait en aucun cas considérer l’aspect «naturel» de ces actes, mais uniquement l’intentionnalité du sujet agissant. On est passé à un doigt de dépénaliser la pédophilie. C’est-à-dire que l’on est parvenu à dissocier tous ces actes humains du plan du Dieu créateur et, en conséquence, du Dieu incarné et rédempteur.


 

On est parvenu à dissocier tous ces actes humains du plan du Dieu créateur et, en conséquence, du Dieu incarné et rédempteur.

 


La deuxième : redonner à l’Eucharistie sa place éminente et centrale dans la vie chrétienne. Si, comme l’enseigne Vatican II, l’Église est une communion, elle est d’abord une communion réelle de chaque chrétien avec le Christ qui donne son corps à manger et son sang à boire, c’est-à-dire qui nous incorpore dans l’œuvre de tout le mystère de la Rédemption. Et ici, Benoît XVI devient très concret : «La manière dont les personnes présentes reçoivent facilement en maints endroits le Saint-Sacrement, comme si cela allait de soi, montre que beaucoup ne voient plus dans la communion qu’un geste purement cérémoniel. Donc, lorsque nous pensons à l’action qui serait nécessaire avant tout, il devient évident que nous n’avons pas besoin d’une nouvelle Église de notre invention. Au contraire, ce qu’il faut d’abord et avant tout, c’est bien davantage le renouveau de la foi en la présence de Jésus Christ qui nous est donnée dans le Saint-Sacrement».

En troisième lieu, il faut retrouver le mystère de l’Église. L’Église est considérée aujourd’hui soit comme «une simple sorte d’appareil politique», soit comme un «système» égal à tout autre «système», ou encore comme une «institution comme une autre». «La crise causée par les nombreux cas d’abus commis par des prêtres nous pousse à considérer l’Église comme quelque chose de misérable : une chose que nous devons désormais reprendre en mains et restructurer. Mais une Église fabriquée par nous ne peut constituer l’espérance.»

Que dire de plus ? Avec sa clarté théologique, son expérience humaine et chrétienne de près d’un siècle, Benoît XVI reste encore un homme qui sait ce qu’il dit et qui n’a pas besoin qu’on lui tienne la main. Mais il est avant tout un vrai homme d’Église, un vrai pasteur, un vrai évêque. On n’en doutait pas ! Mais c’est un bonheur qu’il nous le manifeste encore.

Il nous dit en dernier lieu : «Il est très important de contrer les mensonges et les demi-vérités du diable au moyen de la vérité tout entière : oui, il y a des péchés dans l’Église, il y a du mal. Mais aujourd’hui encore il y a la sainte Église, qui est indestructible. Aujourd’hui il y a beaucoup de gens qui croient, souffrent et aiment humblement, dans lesquels le vrai Dieu, le Dieu d’amour, se montre à nous. Aujourd’hui encore Dieu a ses témoins (ses “martyrs”) dans le monde. Nous devons simplement veiller, pour les voir et pour les entendre.»

Aline Lizotte

Photo : Servizio Fotografico OR / CPP / CIRIC

>> Voir aussi : Des éclairages pertinents de Benoît XVI sur le droit pénal canonique


1 – On la trouvera sur le blog de Jeanne Smits.

 

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