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Cette semaine, dans la presse, de nombreux articles demandant la réforme de l’Église ont paru, notamment en France. La répétition des scandales en son sein permet à toutes les paroles de se libérer et de critiquer ouvertement une institution qui devrait se réformer et s’adapter à la société moderne, sous peine de «se détruire».

Le cardinal Barbarin, par exemple, a remis sa démission au pape François après sa condamnation en première instance. Cependant, le pape a décidé d’attendre le jugement d’appel pour préserver la présomption d’innocence. Le journal La Croix, qui n’est pas innocent, a publié les propos de Danielle Hervieu-Léger à propos de cette démission. Pour elle, la décence devait interdire au cardinal de faire appel :

Logo du journal La Croix

«La situation est illisible, autant en externe qu’en interne. Le point de départ de cette confusion, ce n’est pas la décision du pape mais c’est l’appel du cardinal Philippe Barbarin. Il l’a voulu, sous la pression de ses avocats et pour rétablir sa dignité de citoyen, mais à travers cela, il a perdu sa dignité d’évêque, dont la première responsabilité est d’assurer l’unité du peuple qui lui est confié. Il était peut-être légitime de faire appel comme citoyen, mais pas comme évêque. L’archevêque de Lyon aurait eu la dignité de ne pas faire appel, le pape aurait pu accepter sa démission, celle de quelqu’un qui s’est simplement tu et qui porte les fautes morales et juridiques commises par ses prédécesseurs. Le cardinal Barbarin serait alors sorti par le haut.»

Si la première tâche de l’évêque est de garder l’unité, même au prix de l’injustice ou du mensonge, saint Athanase aurait dû démissionner devant la crise arienne, le pape Léon X devant le schisme de la Réforme, et que dire de saint Paul à Antioche ? L’unité n’est pas l’unanimité !

Le sociologue Dominique Wolton, toujours dans La Croix, apporte une explication plus mesurée :

«Pour moi, sa lenteur à réagir n’est pas une preuve de mauvaise foi : ce n’est pas parce qu’il refuse de dire quelque chose tout de suite qu’il “couvre”. Simplement, il se refuse à entrer dans la logique de l’immédiateté qui règne aujourd’hui dans l’opinion publique. Cette pression médiatique, qui s’appuie sur une vision faussement démocratique des réseaux, est devenue impossible : ce n’est pas parce que des millions de gens pensent que le cardinal Barbarin est un salaud qu’il en est un ! Si on continue comme cela, alors l’idéologie risque de l’emporter. Aussi, je trouve intéressant que la religion catholique ne soit pas dans la tyrannie de la démocratie directe. Il faut en effet se poser la question de savoir jusqu’où il faut faire des exemples et aller vite ? Il faut distinguer entre le “ne rien dire” d’une société de l’endormissement – et Dieu sait si l’Église est allée loin dans ce travers ! – et la tyrannie de la vitesse et de l’immédiateté.»

Le magazine La Vie publie toute une réflexion de l’économiste Gaël Giraud mêlant écologie, patriarcat, féminisme, Église, extrême-droite, etc. :

Logo de la Vie

«[…] Nous sommes à la veille d’une transformation sociale tellurique, où le pouvoir va probablement être conquis par les femmes en Occident. Pour la première fois de l’Histoire, en effet, les femmes y sont en moyenne plus éduquées que les hommes. C’est une bonne nouvelle pour les femmes elles-mêmes, pour les enfants et pour la planète ! À condition que les femmes au pouvoir ne se croient pas obligées de jouer les “mâles” de substitution. Le corps social masculin, petit à petit, commence d’ailleurs à en prendre conscience, je crois : les réactions populistes d’extrême-droite sont aussi une manière de réaffirmer une autorité masculine violente et patriarcale. L’Église catholique elle-même est confrontée à ce défi colossal. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, elle a perdu, en Occident, une bonne partie des classes populaires. Au début de ce XXIe siècle, son défi consiste à ne pas perdre les femmes. La sociologue Danielle Hervieu-Léger – qu’on ne peut guère soupçonner de malveillance envers le catholicisme (sic !) – tire la sonnette d’alarme. “Faites attention, nous dit-elle en substance, ce sont les femmes qui portent l’Église. Si vous continuez à les tenir dans un statut de minorité, elles finiront, elles aussi, par quitter les sacristies.”»

Au Vatican, la rédaction de Donne Chiesa Mondo dirigée par Lucetta Scaraffia a donné sa démission au pape le 27 mars. Ce journal féminin du Vatican avait été à l’origine d’un reportage sur les religieuses «asservies», petites mains du Vatican, et d’une déclaration de la rédactrice en chef sur les religieuses violées, forcées d’avorter par leur violeur. Le Monde relève cette démission en analysant le fait que l’Église est un monde imprégné de misogynie :

Logo du journal Le Monde

«Cette décision est un ébranlement pour plusieurs raisons. La première tient à la place et à la crédibilité qu’avait su se construire Lucetta Scaraffia dans ce monde presque uniquement masculin – et imprégné de misogynie – qu’est le Vatican. […] Enfin, la démission de Lucetta Scaraffia et de son équipe est une confirmation de la gravité de la crise interne que traverse le service des médias du Vatican. Le 31 décembre 2018, le directeur américain de la salle de presse, Greg Burke, et son adjointe espagnole, Paloma Garcia Ovejero, deux laïcs en poste depuis un peu plus de deux ans, avaient inopinément annoncé leur démission.»

Quel lien entre la démission de Greg Burke et celle de Lucetta Scaraffia ? Mais quand les femmes seront au pouvoir, les hommes les délogeront, et la situation sociale sera pire qu’avant…

Cet ensemble de critiques permet à La Croix d’affirmer en titre que «Bouleversés, les catholiques veulent changer l’Église» :

«Cette avalanche est vécue dans la douleur par une grande majorité des fidèles, même si certains continuent de voir ces révélations comme une volonté de nuire à l’Église. Nombreux sont en tout cas ceux qui parlent de tristesse, de déception, de honte et de colère, et même parfois d’une forme de culpabilité d’avoir pu “laisser faire” de telles atrocités. […] Face à l’ampleur du malaise, qui pousse certains catholiques à se rendre “moins souvent à la messe”, plusieurs prêtres veulent prendre au sérieux le “besoin d’en parler” de leurs fidèles. […] Car, pour beaucoup, il y aura un avant et un après cette crise des abus sexuels, ce qui pourrait presque constituer une “chance”. La comparant volontiers à celle du XVIe siècle, qui avait débouché sur le concile de Trente, la théologienne Geneviève Comeau, xavière, estime que “l’on arrive peut-être au bout d’un cycle” et que “ce modèle a fait son temps” : “Il faut le diversifier, et introduire plus de pluralité au sein des ministères”.»

Habituellement, dans l’histoire de l’Église, les «après» sont meilleurs que les «avants», mais cela prend un certain temps !

Dans Le Figaro, Chantal Delsol affirme :

Logo du Figaro

«Il ne s’agit pas de prétendre que l’Église devrait être une démocratie, car elle n’est pas une société civile, où les membres choisissent les finalités. Mais elle jouerait contre elle-même en refusant de prendre en compte cette exigence nouvelle : dans les sociétés occidentales en tout cas, où la personne individuelle vaut désormais davantage que l’institution, il est devenu impossible de cacher et de taire les agissements des autorités institutionnelles, qu’il s’agisse de comportements graves ou de petites filouteries de pouvoir.»

La personne humaine vaut plus que l’institution ! C’est d’un beau personnalisme de Mounier ! Et alors, le bien individuel est-il supérieur au Bien commun ?

Le Monde titre «Atterrés par les scandales de l’Église, les catholiques veulent du changement» :

«Certes, des catholiques continuent de voir une volonté de nuire à leur Église derrière certaines révélations. Mais le réflexe obsidional cède de plus en plus souvent devant les faits. L’idée que l’Église catholique traverse une crise profonde gagne du terrain. Des comparaisons historiques sont tentées. On fait appel à l’époque pré-grégorienne, aux papes Borgia, au grand ébranlement de la Réforme. […] La difficulté, c’est que l’Église n’a pas la culture du débat. Sa structure verticale, qui met à part et en haut les hommes ordonnés (évêques et prêtres essentiellement), ne la favorise pas. Risquer une critique, formuler une proposition de réforme, c’est encourir le reproche de menacer la “communion” ecclésiale.»

L’Église a développé en son sein la disputatio ; ses orateurs et ses rhéteurs sont réputés pour leur intelligence et leur finesse : dire qu’elle n’a pas la «culture du débat» dénote un profond manque de culture tant historique que religieuse dans les locaux du Monde.

Pour conclure cette revue de presse, signalons que France Catholique publie un éditorial de Gérard Leclerc, qui rétorque au journal Le Monde :

Logo de France Catholique

«Par ailleurs, je récuse les leçons d’un quotidien qui n’a aucune autorité pour m’asséner ce que je dois penser du fonctionnement interne de l’Église, du célibat des prêtres ou de l’autorité du pape et des évêques. Pour pouvoir juger de ce qui concerne une institution comme l’Église, encore faut-il avoir quelque relation avec ce qui est au cœur de sa pensée et de la substance de sa foi. Désolé, mais Le Monde est à des années lumières d’un pareil souci, dont sa rédaction se moque comme d’une guigne. […] Ce que le quotidien anciennement de référence défend, c’est une vague idéologie progressiste.»

Un peu de bon sens et un peu de lumière, cela fait respirer !

Pierre Hardon

 

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