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In patientia vestra possidebitis animas vestras* (Lc 19, 21)

Saint Thomas nous dit que la patience est la modération dans la tristesse. Nous avons bien besoin de cette vertu pour ne pas, par les temps qui courent, nous abîmer dans la tristesse ou nous laisser troubler par la colère.

La démission du cardinal Barbarin refusée par le pape François a été ressentie comme une sorte de souffle qui soulève toutes les poussières de la rue, poussières aveuglantes, poussières qui raclent la gorge. C’est un moment d’orage ou de tempête. Est-ce vraiment une crise ?

La crise a des racines bien plus lointaines et bien plus profondes. C’est la grande crise de l’effondrement de la théologie morale qui commença vers les années 1950 et qui fit paraître ses diverses théories au moment d’âpres débats sur la légitimité de la pilule Pincus. Le concile Vatican II ne l’a pas résolue ; l’encyclique Humanæ vitæ en a été le moment crucial, Veritatis splendor a fait surgir un filet de lumière que l’on s’est empressé de voiler.


Les remous de ces deux dernières semaines ne sont que l’occasion de remettre en cause toute la vérité, l’existence et la nature de l’Église.


Aujourd’hui, les révélations des actes pédophiles servent à agiter les sables mouvants qui reposaient au fond d’un océan de doute et de scepticisme concernant l’Église, sa nature, sa structure, ses actes, ses décisions.

Les remous de ces deux dernières semaines ne concernent plus la pédophilie elle-même ; ils ne sont – et n’ont jamais été autres – que l’occasion de remettre en cause toute la vérité, l’existence et la nature de l’Église. Ils sont provoqués par les sciences humaines – la psychologie, la sociologie –, qui prêtent leurs instruments conceptuels à ces lumières qui s’acharnent à vouloir construire l’Église selon une nouvelle théorie épousant les délires humains. Ces délires qui veulent à tout prix que l’Église se présente autrement que sous le visage qu’elle a toujours donné quand elle se préoccupait d’être avant tout le visage du Christ.

On veut une Église qui satisfasse diverses idéologies : féminisme, laïcisme, positivisme, populisme. On serait prêt à ériger des «tribunaux populaires» pour juger non les pédophiles, mais tout prêtre ou évêque médiatiquement coupable de ces crimes. On veut une Église qui ne pardonne plus ce que l’on ne peut tolérer et qui condamne, même injustement, ceux que l’on ne veut plus voir. Bref, une Église qui ne nous parle plus de péché, mais qui nous laisse démocratiquement déterminer le bien ou le mal selon nos propres haines et passions, selon nos propres faiblesses et infidélités. Bref, une Église qui n’affirme plus, ne condamne plus, ne fait plus miséricorde, n’enseigne plus, qui est déiste plutôt que christique, humaniste plus qu’apostolique, égalitariste plus qu’hiérarchique. Bref, une autre Église, mais surtout pas celle qu’a fondée le Christ !

Nous reviendrons sur les écrits qui ont jalonné cette dernière semaine, ceux de Danièle Hervieu-Léger, Marie-Jo Thiel, Chantal Delsol, Véronique Margron, non pour en éplucher le contenu, mais pour en déceler la méthode, qui tient plus d’une théorie systémique que d’un discours théologique ou scientifique. Cependant, il est déjà important de dire que ces expressions libres de pensées personnelles, qui auraient pu faire tomber dans la tristesse ou faire flamber la colère, demandent sans doute une étude approfondie, mais plus encore, la patience qui permet de conserver une magna anima.

Sans la patience, nous perdons le courage et, sans le courage, nous ne croyons plus, d’une foi certaine, que le Christ a vaincu le monde et qu’il est toujours présent à son Église.

Aline Lizotte

 


* C’est par votre constance que vous sauverez vos vies ! (traduction Bible de Jérusalem).

 

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