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Démission du cardinal Barbarin : nul ne la lui impose. C’est lui qui la donne

Ne nous méprenons pas : il y a dans le geste du cardinal Barbarin une véritable grandeur d’âme, qui relève non du coupable, mais de l’innocent. Présumé innocent, le cardinal Barbarin l’est toujours, compte tenu de l’appel qu’il a interjeté après un jugement qui a pris le contrepied à la fois du classement sans suite pour absence d’infraction pénale rendu par le Procureur de la République de Lyon en 2016, et de la confirmation de cette position par le représentant du parquet qui n’a requis ni condamnation ni peine à son encontre lors du procès de janvier 2019.


C’est soucieux de la souffrance des victimes et d’une forme d’apaisement de son diocèse qu’il a remis sa démission.


La lecture du jugement de condamnation du 7 mars pour non-dénonciation de mauvais traitement envers un mineur pose trois questions fondamentales de droit qui touchent à la justice générale et donc au bien commun :

  • Doit-on dénoncer des crimes prescrits ? Si oui, quels sont le sens et la portée de la prescription en droit ?
  • Les victimes du Père Preynat citées dans ce procès étaient elles en état de faiblesse au moment où les faits ont été portés à la connaissance du cardinal, ce qui serait alors constitutif de non-assistance à personne en danger ? Manifestement, non.
  • A-t-il fait entrave à la justice ? C’est ce que veut nous faire croire le juge en interprétant le courrier de réponse adressé au cardinal par la Congrégation pour la doctrine de la foi1. Comment expliquer alors que, piégé en avril 2010 par une journaliste lyonnaise qui lui affirmait avoir été abusée, il l’encourageait vivement à alerter la police en lui disant que «tout le reste est second» ?

C’est soucieux de la souffrance des victimes et d’une forme d’apaisement de son diocèse qu’il a remis sa démission, pour se mettre finalement en retrait de sa charge «pour quelque temps», dans l’attente de la décision de la cour d’appel.

Quand bien même les plaignants justifient leur action comme étant «une démarche symbolique et citoyenne», on ne peut faire justice en commettant une nouvelle injustice, même si elle était attendue par une opinion publique dont les médias soulèvent les passions au détriment d’une vérité objective : c’est le sens de son appel. Sa démission (refusée par le pape) et son retrait ne sont donc pas un acte de justice, mais un véritable acte de charité provenant de celui-là même sur lequel tant et tant s’acharnent.

Jérôme Fouquet

 


1 – Voir dans la Smart Reading Press l’article « L’étrange condamnation du cardinal Barbarin » d’Aline Lizotte (8 mars 2019) : «Le secrétaire de l’époque, l’archevêque Ladaria, lui répond de procéder à l’arrêt du ministère du Père Preynat comme mesure de prudence, d’agir conformément aux normes canoniques établies pour ce genre d’accusation, tout en évitant le scandale public. Cette dernière remarque de la CDF lui sera fatale. Or l’usage canonique de la formule «éviter le scandale public» ne signifie pas qu’il faille cacher un délit, mais qu’il faut respecter la présomption d’innocence et la réputation des personnes durant tout le temps de l’enquête.»

 

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