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Scandales dans l’Église : une actualité toujours brûlante

«Pourriture», «cancer métastasé», c’est par ces mots très durs que sont qualifiés les présumés scandales qui rythment l’actualité de l’Église. Les réformateurs proposent leurs solutions pour sortir de la crise, à demi-mots, en fondant leur raisonnement sur l’abus de pouvoir, le «cléricalisme».

Après la condamnation du cardinal Barbarin à six mois de prison avec sursis et sa décision de présenter sa démission au pape François, les commentateurs ont été nombreux à réagir, par des prises de position et des propositions de solutions très disparates, parfois farfelues.

Citons tout d’abord, Mgr Lebrun, archevêque de Rouen, relayé par France Catholique :

Logo de France Catholique

«Il y a de quoi être troublé. Je le suis avec vous tous. Nous apprenons de Jésus qu’il n’y a pas d’impasse pour les pécheurs. Nous découvrons des péchés graves, aggravés parce qu’ils ont été cachés. Le chemin passe par l’acceptation de notre péché. Je n’imaginais pas à quel point il y a de la pourriture au sein de notre Église catholique. Est-ce par aveuglement ou par orgueil ? Est-ce par protection plus ou moins consciente de l’Église ou des personnes ? Je ne sais pas répondre. Je m’examine moi-même, et chacun a sans doute sa réponse. En tous les cas, nous avons maintenant à accueillir la lumière qui éclaire ces ténèbres.»

Mgr Wintzer, archevêque de Poitiers, s’est déclaré favorable à l’ordination d’hommes mariés (et pas seulement en Amazonie…), et son intervention est reprise en chœur par les médias, qui y voient le premier archevêque «pour le mariage des prêtres». Au passage, il commente directement l’affaire Barbarin. Ses propos ont été rapportés par La Nouvelle République :

Logo de la Nouvelle République

«L’arrivée de cette population venue de la société civile “casserait l’image du prêtre, qui se perçoit en homme sacré et de pouvoir”, observe Mgr Pascal Wintzer. Un statut qui pose la question du viol qui serait lié “à des déséquilibres psychologiques renforcés par cette aura de sacré qui entoure le prêtre”, analyse l’archevêque. […] L’histoire de l’affaire du cardinal Barbarin placerait-elle ces prédateurs au-dessus de tout ? “Les hommes de Dieu doivent obéir à la justice des hommes de leur pays. […] On n’est pas des hommes sacrés au-dessus des lois, nous sommes des citoyens comme les autres, des justiciables comme n’importe qui», rappelle Mgr Wintzer. Le primat des Gaules vient de le vivre dans sa chair en étant condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’abus sexuels. “Je ne vois pas comment il pourrait gouverner son diocèse”, s’interroge l’archevêque de Poitiers.»

L’évêque de Poitiers semble oublier que le sacerdoce épiscopal est le sujet de deux pouvoirs : le pouvoir d’ordre et le pouvoir de juridiction. Les deux sont de droit divin, même s’ils s’adressent à des êtres qui ne sont qu’humains.

Mgr Ravel, archevêque de Strasbourg, évoque quant à lui, après la condamnation du cardinal Barbarin, «un cancer métastasé» qui gangrène l’Église, comme le rapporte le portail catholique suisse Cath.ch :

«Celui qui découvre qu’il est atteint d’un cancer prend les moyens de lutter contre, même si une chimiothérapie est lourde et fatigante. Aucun malade ne dira : “les consultations médicales suffisent, je passe à autre chose”. Aujourd’hui, l’Église est atteinte d’un cancer métastasé. Nous ne sommes qu’au milieu du gué, d’autres révélations vont tomber et ailleurs que dans les pays occidentaux. Je pense à l’Asie, l’Inde ou l’Afrique, pays à forte catholicité. En Afrique, on sait qu’il n’est pas rare que des prêtres ou des évêques abusent de jeunes religieuses novices sous l’œil complice de leurs supérieures.»

On sait !!! qui sait ?

Toujours dans Cath.ch, pour sœur Marie-Paule, bernardine au monastère de Collombey (Suisse), les scandales dans l’Église sont l’occasion de faire un lien avec le patriarcat oppresseur :

«Il faudra plusieurs générations pour que les paradigmes changent. En particulier, ce machisme très prégnant. Encore plus que dans la société civile. Avant d’entrer au monastère, j’ai fait des études d’ingénieur. Je me suis retrouvée dans un monde d’hommes. Depuis l’âge de 12 ans, j’ai étudié dans des classes scientifiques où nous étions une minorité de filles. J’en parle en connaissance de cause. J’ai expérimenté le côté machiste. Le machisme existe en Église, mais aussi dans la société. Les gens en Église sont issus de cette société-là. L’Église fait partie de son temps.»

Dans Le Point, Mgr Jacques Gaillot, ancien évêque d’Évreux, souhaite que l’on ouvre un ministère aux femmes :

Logo du Point

«J’ai conscience qu’une décision, si importante soit-elle, ne pourrait pas changer l’Église. Il en faudrait beaucoup… Je me risque cependant à en proposer une. Dans des pays qui en ressentent la nécessité, nous devrions pouvoir appeler des femmes et des hommes d’expérience, mariés ou pas, ayant un travail, pour exercer un ministère dans l’Église. Je n’ai jamais été hostile à des prêtres mariés. Mais pourquoi ne pas commencer par ouvrir cet accès aux femmes ? Ces changements significatifs devraient se faire avec l’accord des communautés et de l’évêque, et pour un temps donné. Il ne s’agirait plus d’attendre des candidats qui se présentent, mais de prendre l’initiative de l’appel en fonction des besoins de l’Église.»

Dans Le Monde, le Comité de la jupe, par la voix de Christine Pedotti, va même jusqu’à demander la «décanonisation de Jean-Paul II» :

Logo du journal Le Monde

«Dans l’Église catholique, la “Femme” doit répondre à une double vocation : “vierge ou mère”. Elle est assignée à son corps sexué ; son “non-usage” dans la virginité, ou son “usage” dans la maternité, sans qu’aucune place soit laissée aux autres dimensions de l’être humain ! […] Nous demandons la décanonisation (sic) du pape Jean Paul II, protecteur des abuseurs au nom de la “raison d’Église” et principal artisan de la construction idéologique de la “Femme”, ainsi que l’interdiction d’enseigner, de propager ou de publier la “théologie du corps” qu’il a prêchée au cours de ses catéchèses du mercredi.»

Elles ont probablement lu Mulieris dignitatem avec des lunettes fumées !

Heureusement, certaines réactions montrent que le droit existe de penser autrement, comme celle du père d’une victime d’agressions sexuelles, qui écrit dans La Vie :

Logo de la Vie

«Quand j’entends dire de toutes ces affaires, « c’est un péché collectif », je m’insurge. On passe d’une culture du silence à la culpabilisation générale. Ces prêtres ne sont pas coupables des crimes de leurs confrères. Si en tant que père je m’en veux aussi de ne pas avoir pu empêcher ce qui s’est passé, je ne me sens en aucune manière coupable de la même manière que ce prédateur. Ces prêtres ne devraient pas non plus s’en sentir coupables. Pour ce qui est de la hiérarchie, je crains que cette nouvelle doxa ne soit qu’une nouvelle manière de ne pas assumer les choses. La hiérarchie de l’Église doit assumer individuellement ses fautes et ne pas les noyer dans une vague responsabilité collective… Les victimes ne veulent pas du pardon des innocents. Elles espèrent que leur bourreau demandera un jour pardon, et elles seraient tellement apaisées d’entendre leur évêque faire de même.»

On peut également citer John Lee Allen, dans Crux, qui rappelle de justes distinctions entre les différentes affaires qui touchent l’Église :

Logo de Crux

«Ce qui est particulièrement remarquable dans l’affaire Barbarin, c’est ce qui la différencie de celles des deux autres princes de l’Église qui ont fait face à un jugement ecclésiastique ou civil. Theodore McCarrick, aux États-Unis, a perdu l’état clérical avant le sommet du pape François, qui s’est déroulé du 21 au 24 février 2019 sur la crise des violences commises par des clercs, et le cardinal Pell, en Australie, dont la condamnation pour historical sexual offenses a été dévoilée juste après, ont tous deux été accusés du crime de violences sexuelles eux-mêmes. Barbarin, par contre, a été accusé non pas du crime mais de sa dissimulation. Plus précisément, les victimes du prêtre français Bernard Preynat dans les années quatre-vingt ont affirmé avoir informé Barbarin des faits trois décennies plus tard et il n’a rien fait.»

Précisons : le cardinal Barbarin a été accusé de ne pas dénoncer des faits déjà prescrits !

Dans France Catholique, Gérard Leclerc s’attaque aux «Thénardier» et aux «Savonarole» modernes :

«Dans une période aussi bousculée pour les catholiques, il est bien difficile de raison garder. Les procureurs sont légion, et si j’étais polémiste à la manière d’un Léon Bloy, je pourrais parler aussi de nouveaux Thénardier, ces personnages peu ragoûtants inventés par Victor Hugo dans Les Misérables. Pardon, c’est plutôt violent puisqu’il s’agit d’une sorte de détrousseurs de cadavre qui profitent du désastre pour faire leurs petites affaires. Bien sûr, il y a aussi les prédicants à la Savonarole, qui vous livrent leurs projets mirifiques de réforme, que leur cerveau a conçu génialement de A à Z. Je doute personnellement que toute cette cohue nous aide à faire la lumière dans nos ténèbres. Bien sûr, il y a lieu de faire œuvre de discernement et de purification. Mais attention, l’Église n’est pas n’importe quelle institution, et s’il y a lieu parfois de la réformer sérieusement, ce n’est pas avec n’importe quelle recette, inspirée par on ne sait quelle idéologie. Le concile Vatican II s’est principalement consacré à la mise en valeur du mystère de l’Église, car ce n’est pas nous qui la fabriquons, elle nous est donnée par pure grâce divine. Et nous n’avons pas à la réinventer selon nos caprices et nos pulsions ou encore nos idées géniales. De ce point de vue, on a tout intérêt à lire ou relire les théologiens sérieux, tel le Père de Lubac dans sa magnifique Méditation sur l’Église.»

L’Église n’est pas une institution humaine, ses lois ne sont pas les lois des hommes et sa finalité n’est pas le bonheur sexuel inconditionnel.

Pierre Hardon

 

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