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Du milieu des ténèbres brillera la lumière !

Le carême 2019 s’est ouvert le 6 mars. Se cantonnant habituellement à une discrétion religieuse, les médias s’intéressent, se passionnent cette année pour l’Église, pour ce qui l’agite, pour ce qu’elle traverse de turpitudes aux quatre coins du monde.

Le carême 2019 a connu un courageux et douloureux prologue avec la Rencontre sur la protection des mineurs voulue par le pape François, prologue qui s’est déroulé à Rome du 21 au 24 février dernier.

Ce carême 2019 apparaîtra, à n’en pas douter, plus long qu’à l’accoutumée pour bien des fidèles désorientés par l’enchaînement accablant de révélations se voulant croustillantes.

Il est vrai que les motifs de tristesse ne manquent pas : de la perte de l’état clérical du cardinal Mc Carrick1 au documentaire diffusé sur Arte2, en passant par les procès des cardinaux Pell3 et Barbarin4

Nos médias s’en repaissent – mélangeant à l’envi le bon grain et l’ivraie – pour, disent-ils, présenter au monde la réalité de cette Église déchue, qui ne mérite pas mieux que l’opprobre qu’elle s’est elle-même infligée.


Soutenons ceux qui se lèvent avec audace pour consoler le peuple de Dieu, pour accompagner les plus fragilisés, pour redire la beauté et la grandeur de l’appel de Dieu.


Ne nous cachons pas derrière les mots : l’Église est attaquée, et si parfois «l’ennemi est à l’intérieur5», on ne saurait affirmer qu’il n’est nulle part ailleurs sans risquer de tomber dans un déni inversé.

Est-il sain de verser dans l’autoflagellation, au motif qu’«il y a de la pourriture au sein de notre Église catholique6» ? Doit-on, parce que «la société nous met dans ce soupçon permanent7», céder à de funestes concessions, singeant en quelque sorte la simonie si fermement condamnée par saint Pierre lui-même (cf. Ac 8, 9-21) ?

D’aucuns vont même jusqu’à faire mine d’être inquiets, arguant du fait que «l’Église a beaucoup perdu de son influence8», arborant une fausse posture de commisération à son endroit pour mieux lui indiquer la voie à suivre, oubliant qu’en étant serviteurs de l’Église, «ce que nous proclamons, ce n’est pas nous-mêmes ; c’est ceci : Jésus Christ est le Seigneur ; et nous sommes vos serviteurs, à cause de Jésus» (2Co 4, 5).

Sans rien ôter aux faits avérés ou présentés, révélateurs d’une réalité douloureuse avant tout pour les victimes, évitons de juger précipitamment des choses, gardons-nous de condamner hâtivement les hommes. Armons-nous plutôt de prudence ! Cette prudence qui, parce qu’elle voit loin, permet de poser un acte adéquat devant une situation par nature singulière ; cette vertu de prudence qui, loin d’être une temporisation, une inertie ou un refus d’agir, est au contraire un moyen d’ordonner l’agir, par le consentement de la volonté, vers le bien appréhendé par l’intelligence.

Ne laissons pas la faiblesse revêtir les apparences de la prudence ! Ne confondons pas prudence et principe de précaution ! Refusons à la peur d’avancer sous le masque de la prudence. La prudence est un acte de gouvernement. Celle dont on fera montre deviendra dès lors le moteur efficace d’une audace muée en courage. Ce courage est la vertu de force permettant de trouver un équilibre entre les excès/abîmes que peuvent provoquer la crainte et l’audace.

Soutenons ceux qui se lèvent avec audace pour consoler le peuple de Dieu, pour accompagner les plus fragilisés, pour redire la beauté et la grandeur de l’appel de Dieu9.

«Grandir dans la Vérité, grandir dans l’Espérance10», tel est l’appel de l’épiscopat français dans son message adressé aux fidèles catholiques en ce début de carême, leur rappelant que «nous avons confiance en Jésus et en son Église11

«Dieu qui a dit : “Du milieu des ténèbres brillera la lumière”, a lui-même brillé dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ. Mais ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile ; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous. En toute circonstance, nous sommes dans la détresse, mais sans être angoissés ; nous sommes déconcertés, mais non désemparés ; nous sommes pourchassés, mais non pas abandonnés ; terrassés, mais non pas anéantis. Toujours nous portons, dans notre corps, la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps» (2Co 4, 6-10).

Jérôme de Lartigue

 


1 – Voir l’article «Le cardinal Mc Carrick renvoyé de l’état clérical : quelques précisions» (Smart Reading Press, 21 février 2019).

2 – Voir l’article «Religieuses abusées : Arte veut-elle secouer l’Église ou la détruire ?» (Smart Reading Press, 8 mars 2019).

3 – Voir «Affaire Pell : après la stupéfaction, place à la raison» (Éditorial de la Smart Reading Press du 1er mars 2019.

4 – Voir l’article «L’étrange condamnation du cardinal Barbarin» (Smart Reading Press, 8 mars 2019).

5Communiqué de Presse de la CORREF, du 5 Mars 2019.

6Message de Mgr Dominique Lebrun, le 8 mars 2019.

7Point presse de Mgr Laurent Ulrich, La Voix du Nord, 7 mars 2019.

8 – Jean-Michel Apathie au micro de la Matinale de Pierre de Vilno sur Europe 1, le 8 mars 2019.

9Message de Mgr Jacques Benoît-Gonin aux religieuses, religieux et personnes consacrées du diocèse, le 8 mars 2019 (Oise catholique).

10Message du Conseil permanent de la CEF, le 12 mars 2019 (sur le site Église catholique).

11Ibid.

 

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