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Cléricalisme et pédophilie : aux grands maux les grands remèdes ?

Pendant quatre jours, le pape a réuni les présidents de toutes les conférences épiscopales pour évoquer la protection des mineurs, la transparence de l’Église et la crise des agressions sexuelles. Dans son homélie de clôture, François, dans la ligne de sa Lettre au peuple de Dieu, a évoqué deux problèmes : le cléricalisme et la pédophilie. Résoudre le premier permettrait de résoudre le second… Voici ce qu’en dit la presse.

Le journaliste Andrea Tornielli, désormais directeur éditorial du Dicastère pour la communication du Vatican, évoque dans le journal Vatican News «le courage [du pape, ndlr] de nommer le mal des abus» :

Logo de Vatican News

«Le pape a élargi son discours aux abus dans le monde, et pas uniquement dans l’Église, pour exprimer une préoccupation de père et de pasteur. François n’entend pas minimiser la gravité des abus perpétrés dans la sphère ecclésiale, parce que l’abominable inhumanité du phénomène “devient encore plus grave et scandaleuse dans l’Église”. […] La gravité absolue du phénomène est devenue la conscience de l’Église universelle comme jamais auparavant. […] Ce sommet témoigne également de la ferme volonté de concrétiser rapidement, dès les prochains mois, par des choix opérationnels efficaces, ce qui a émergé des échanges.»

Dominique Greiner, pour le journal La Croix, insiste également sur le thème de l’abus de pouvoir sur des enfants comme origine des agressions :

Logo du journal La Croix

«Sans jamais atténuer la responsabilité des clercs qui ont commis des actes abjects, parfois avec la complicité silencieuse de leur hiérarchie –, le pape a souligné que nous sommes “devant un problème universel et transversal qui, malheureusement existe partout”, mais aussi que les abus de pouvoir sur les enfants prennent bien d’autres formes : “les enfants-soldats, les mineurs prostitués, les enfants sous-alimentés, les enfants enlevés et souvent victimes du monstrueux commerce des organes humains ou transformés en esclaves, les enfants victimes des guerres, les enfants réfugiés, les enfants avortés, et ainsi de suite”. Le scandale des abus sexuels sur mineurs commis par des clercs peut aussi être l’occasion d’un sursaut de conscience sur l’exploitation, la maltraitance, le sacrifice de millions d’enfants de par le monde.»

Jean-Marie Guénois, pour Le Figaro, souligne le caractère sociétal du problème des agressions sexuelles, phénomène d’autant plus détestable dans l’Église :

Logo du Figaro

«François assure: “Nous sommes, donc, devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout.” Mais il ajoute alors: “Nous devons être clairs: l’universalité de ce fléau, alors que se confirme son ampleur dans nos sociétés, n’atténue pas sa monstruosité à l’intérieur de l’Église.” D’autant que “l’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l’Église, parce qu’en contradiction avec son autorité morale et sa crédibilité éthique”. Sur ce point, il voit surtout l’influence “de Satan”, “la main du mal”, le “mystère du mal”, car “il n’y a pas d’explications satisfaisantes pour ces abus sur des enfants” sinon “un abus de pouvoir”. Et de lancer solennellement: “Je voudrais vous le dire avec l’autorité du pasteur de l’Église : dans ces cas douloureux, je vois la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des petits.”»

Le journal La Vie, quant à lui, met en relief les paroles du pape concernant l’influence du diable dans les agressions sexuelles :

Logo de la Vie

«C’est que, pour les catholiques, le diable n’est pas “une vieille superstition”. Dans le Catéchisme de l’Église catholique, “Satan” ou le “diable” se réfère à l’ange déchu qui a désobéi à Dieu car il a refusé Dieu : “La plus grave en conséquences de ses œuvres [celles de Satan] a été la séduction mensongère qui a induit l’homme à désobéir à Dieu” (n°394). C’est le péché originel, défini par le Catéchisme ainsi : “Dans ce péché, l’homme s’est préféré lui-même à Dieu, et par là même, il a méprisé Dieu.” On peut donc entendre, dans les propos du pape – et en cohérence avec ses références régulières au diable –, non pas un “dédouanement” de la responsabilité humaine dans les abus mais… une plus grande responsabilité encore : vous, apôtres de l’Église catholique, prêtres et évêques, par vos actions – ou vos manques d’action –, vous avez ouvert la porte au Mal, empêchant que l’Église catholique soit “une maison sûre”.»

Ce sommet n’aura finalement satisfait ni les associations de victimes, ni ceux qui attendaient une clarification différenciant la pédophilie des agressions homosexuelles commises par des clercs.

Le cardinal Pell est condamné, en attendant l’appel…

Le 11 décembre 2018, le cardinal australien George Pell a été jugé coupable par un tribunal australien pour des agressions sexuelles sur deux enfants de chœur de la cathédrale de Melbourne dans les années 1996-1997. La sentence n’a pas encore été prononcée. Il a fait appel de la décision.

Cette condamnation concerne celui qui a été surnommé (à tort) par la presse «le numéro 3 du Vatican», en tant que trésorier chargé d’assainir les finances du Saint-Siège.

La réaction d’Allessandro Gisotti, directeur par intérim du Bureau de presse du Saint-Siège, est rapportée dans Vatican News :

«Le Saint-Siège s’unit à ce qui a été déclaré par le président de la conférence épiscopale australienne dans le fait de prendre acte de la sentence de condamnation en première instance vis-à-vis du cardinal George Pell. Une nouvelle douloureuse qui, nous en sommes bien conscients, a choqué de très nombreuses personnes, pas seulement en Australie. Comme cela a déjà été affirmé en d’autres occasions, nous rappelons notre respect maximal pour les autorités judiciaires australiennes. Au nom de ce respect, nous attendons maintenant le résultat du procès en appel, en rappelant que le cardinal Pell a réaffirmé son innocence et a le droit de se défendre jusqu’au dernier degré. En attente du jugement définitif, nous nous unissons aux évêques australiens dans la prière pour toutes les victimes d’abus, en rappelant notre engagement à faire tout ce qui est possible pour que l’Église soit une maison sûre pour tous, spécialement pour les enfants et les plus vulnérables. Pour garantir le cours de la justice, le Saint-Père a confirmé les mesures conservatoires déjà prises vis-à-vis du cardinal George Pell par l’ordinaire du lieu au retour du cardinal Pell en Australie. C’est-à-dire que, dans l’attente de la vérification définitive des faits, il est interdit à titre conservatoire au cardinal Pell d’exercer publiquement son ministère, et, comme c’est la norme, d’avoir un contact sous quelque forme que ce soit avec des mineurs.»

Dans le journal anglais The Tablet, un prêtre jésuite semble dire que le contexte, malgré l’ordonnance de suspension médiatique, a favorisé cette condamnation plus que les faits :

Logo de The Tablet

«Le Premier ministre Scott Morrison a déclaré: « Pas seulement en tant que père, mais en tant que Premier ministre, je suis en colère contre la destruction calculée de vies et les abus de confiance, y compris ceux qui ont abusé du bouclier de la foi et de la religion pour dissimuler leurs crimes, censés protéger les innocents et non les coupables. Ils sont condamnés… au nom du peuple australien, de ce Parlement et de notre gouvernement… Je dis simplement que je vous crois, nous vous croyons, votre pays vous croit. » De tels mots tendent à déplacer non plus la charge de la preuve, […] sur un accusé qui doit prouver l’innocence plutôt que sur le procureur de prouver la culpabilité. Le verdict aurait-il été différent si Pell avait témoigné [pour sa défense, ndlr] ? Qui peut le dire ? Tout ce que l’on peut dire, c’est que, même si la défense semblait bien convaincue que les circonstances rendaient le récit avancé par l’accusation manifestement improbable, il n’a pas réussi à obtenir l’acquittement. Le verdict était-il déraisonnable ? Peut-il être soutenu compte tenu de la preuve ? Ce sont des questions pour la cour d’appel.»

Le National Catholic Register, sous la plume d’Edward Pentin, va encore plus loin dans cette analyse :

Logo du NCR

«Le procès de Melbourne a débuté en juin de l’année dernière et s’est achevé pour la première fois avec un procès annulé en septembre et un jury qui n’a pu rendre son verdict, les jurés se prononçant 10-2 en faveur de l’innocence du cardinal Pell. Une deuxième audience avec un nouveau jury a débuté en novembre et a abouti à une condamnation unanime le 11 décembre. “Les personnes présentes au tribunal ont constaté à quel point les preuves étaient fragiles”, a déclaré une source proche du cardinal au Register après le verdict de décembre. “C’est un acte de malveillance scandaleux commis par un jury partial. Les médias l’ont condamné il y a longtemps devant le tribunal de l’opinion publique et il n’a pas bénéficié d’un procès équitable.” Toutefois, même si les preuves semblaient fortement pencher en faveur du cardinal Pell, sa décision de ne pas comparaître à la barre [pour sa défense, ndlr] “a laissé une impression négative” au jury selon une source, tandis que d’autres ont défendu sa décision.»

Si la grande presse internationale semble avoir unanimement condamné le cardinal Pell, la presse catholique est plus prudente et attend le résultat de l’appel.

Pierre Hardon

 

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