Facebook Twitter Linkedin

Des agressions sexuelles sur des mineurs, des séminaristes et des religieuses, un cardinal américain très influent qui perd l’état clérical, la sortie du livre Sodoma révélant l’homosexualité et l’homophilie de nombreux prélats dans les plus hautes sphères du Vatican… Face à tout cela, les articles de presse réagissent de différentes façons. En voici une sélection panachée.

Analyses générales portant sur l’Église

En fonction des personnalités et des tempéraments, les causes et les solutions des problèmes auxquels l’Église est confrontée varient.

Sandro Magister, pour Diakonos, critique la politique de tolérance zéro qui domine, au détriment du juste équilibre entre présomption d’innocence et protection de la victime :

«Il y a deux types de pécheurs pour lesquels, selon la prédication du pape François, il n’y a jamais une once de miséricorde : les corrompus et les coupables d’abus sexuels sur mineurs. Pour ces derniers, le mot d’ordre est “tolérance zéro”. […] François a prétendu que c’est Benoît XVI qui avait adopté cette formule le premier. Mais en réalité, on ne la retrouve dans aucun document et dans aucun discours du pape Joseph Ratzinger, pas même dans la “Charte de Dallas” de 2002 des évêques des États-Unis, alors qu’elle est en revanche sans cesse avancée par le pape actuel comme l’étoile polaire de la lutte contre les abus depuis la “lettre au peuple de Dieu” du 20 août dernier. […] En pratique, cela implique que ceux qui ont commis ne fût-ce qu’un seul délit de ce genre, même des décennies auparavant, resteront pour toujours exclus de l’exercice du ministère, à l’instar d’un abuseur en série. Et cela avant même que l’accusation ne soit confirmée par un procès canonique en bonne et due forme.»

Nicolas Senèze, pour La Croix, affirme qu’il faut une réforme en profondeur de l’Église, pour empêcher que de nouvelles agressions ne surviennent. Réforme que le pape, puisqu’il est jésuite et adepte de la théologie du peuple, peut entreprendre :

Logo du journal La Croix

«Rapidement, toutefois, le pape argentin se rend compte que la “tolérance zéro” prônée par son prédécesseur, si elle est efficace pour punir les abus qui surviennent encore, demeure insuffisante pour les empêcher. À cela s’ajoute le problème des affaires anciennes et autrefois couvertes et enterrées. Or, François a été formé en Argentine à la théologie du peuple, une branche de la théologie de la libération qui s’appuie d’abord sur une école sociologique. Cette “sociologie du peuple”, ajoutée à son esprit jésuite rompu au discernement des situations, lui permet de comprendre comment l’Église, comme organisation, peut produire de l’abus. Dans sa lettre aux catholiques chiliens, François met ainsi en cause au sein de l’Église catholique une “culture de l’abus, ainsi qu’un système de couverture qui lui permet de se perpétuer”».

Le cardinal Müller, au contraire, fustige «l’esprit jésuite» du Vatican, comme le rapporte The Tablet :

Logo de The Tablet

«Dans un article de deux pages du quotidien allemand Der Spiegel, le 16 février 2019, le cardinal allemand Gerhard Müller a dit que le pape lui-même est un “catholique orthodoxe”, mais entourés de sycophantes. Le C9 est devenu un “cercle exclusif” dans lequel prédomine le management, souligne-t-il. […] Malheureusement, François est entouré par des personnes qui comprennent peu la théologie et la doctrine sociale de l’Église, mais qui “ne sont pas prêts de changer leurs vieilles mentalités courtisanes centenaires”. Ils pensent que chaque parole du pape est sacro-sainte. Plus encore, on ne peut comparer la relation entre le pape – en l’occurrence François – et l’Église et celle du Général des Jésuites avec ses provinciaux, pointe Müller. “Diriger l’Église entière selon les règles jésuites est simplement inacceptable” ajoute-t-il.»

Gérard Leclerc, dans France Catholique, exhorte l’Église à une réforme profonde, au-delà du «climat du temps», pour atteindre la sainteté :

Logo de France Catholique

«Pourtant, l’Église militante ne saurait demeurer interdite devant l’accablement. Le cri de Bernanos demeure dans toute sa vérité : “Notre Église est l’Église des saints !” “Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, un espérance surhumaine. Notre Église est l’Église des saints.” On voudrait que cette Église soit aussi le lieu même de la dépravation ? Mais nous savons que les grâces que nous y recevons sont les seules à nous tirer des menaces infernales. Et puis l’histoire est là pour nous montrer qu’à l’appel des saints s’élaborent les réformes profondes, non celles superficielles qui consistent dans l’adaptation au climat du temps, mais celles qui nous ramènent précisément à la vocation universelle à la sainteté, proclamée par Vatican II. Qu’une sainte Catherine de Sienne puisse nous inspirer, elle qui, en son temps, en appelait à la conversion des chefs et des ministres de l’Église !»

Les cardinaux Brandmüller et Burke, deux des auteurs des dubia concernant Amoris lætitia, ont envoyé une lettre aux présidents des conférences épiscopales du monde, lettre relayée par L’Homme Nouveau :

Logo de L'Homme Nouveau

«On accuse le cléricalisme d’être responsable des abus sexuels, mais la première et principale responsabilité du clergé n’est pas dans l’abus de pouvoir, mais dans le fait de s’être éloigné de la vérité de l’Évangile. La négation, y compris publique, dans les paroles comme dans les actes, de la loi divine et naturelle, est à la racine du mal qui corrompt certains secteurs de l’Église. Face à cette situation, cardinaux et évêques se taisent. Vous tairez-vous également lors de la réunion convoquée ce 21 février au Vatican ? Nous sommes de ceux qui ont interpellé le Saint-Père en 2016 sur les dubia qui divisaient l’Église à l’issue des conclusions du Synode sur la famille. Aujourd’hui, ces dubia non seulement n’ont pas reçu de réponse, mais s’inscrivent dans une crise de la foi bien plus générale. Nous voulons par conséquent vous encourager à faire entendre votre voix et à proclamer l’intégrité de la doctrine de l’Église. Nous invoquons le Saint-Esprit pour qu’il assiste l’Église et éclaire les pasteurs qui la guident. Un acte décisif est aujourd’hui urgent et nécessaire. Nous mettons notre confiance dans le Seigneur qui a promis : “Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde” (Mt 28, 20).»

La réunion qui se déroule à Rome du 21 au 24 février 2019 abordera-t-elle les causes profondes des problèmes de l’Église ? Abandonnera-t-elle la fiction d’un «cléricalisme, père de tous les vices» ?

Sur la perte de l’état clérical du cardinal McCarrick

Le cardinal McCarrick a perdu l’état clérical en raison de ses agressions sexuelles sur des séminaristes et des jeunes prêtres. Il était un des cardinaux influents au Vatican et dans la conférence des évêques des États-Unis, notamment par ses qualités diplomatiques et relationnelles.

Précédant un article de Nicolas Senèze dans La Croix du 17 février 2019, le chapeau, qui n’est pas fidèle au contenu de l’article, affirme :

«La Congrégation pour la doctrine de la foi a reconnu l’ancien archevêque de Washington coupable d’abus sexuels et d’abus de pouvoir sur majeurs et mineurs. Elle a décidé qu’il n’était plus prêtre, décision définitive et sans recours.»

Le père Raymond J. de Souza, dans le National Catholic Register, rappelle :

Logo du NCR

«McCarrick ne peut plus agir en tant que prêtre et n’appartient plus à l’état clérical, conformément au droit canonique, mais il est toujours prêtre. Le sacerdoce, comme le baptême, est irrévocable. Un prêtre ne peut pas plus être désordonné que l’Eucharistie être non consacrée. Il est important de ne pas oublier notre théologie du sacerdoce, même si certains prêtres omettent d’agir en conséquence. McCarrick est un prêtre pour toujours».

On pourra lire à ce sujet l’article de l’abbé Bernard Dupuy-Montbrun publié dans la Smart Reading Press de ce 22 Février 2019.

Sodoma : une attaque orchestrée contre la hiérarchie de l’Église

Frédéric Martel a publié, le 21 février 2019, le livre Sodoma évoquant l’homosexualité de nombreux cardinaux ou, tout du moins, l’homophilie d’une grande majorité. Ce livre, publié en huit langues, sortant simultanément dans 20 pays, avec quatorze avocats pour le défendre d’attaques en diffamation qui ne manqueront pas de se produire, est une attaque magistralement orchestrée contre la hiérarchie de l’Église.

C’est en tout cas l’avis de Jeanne Smits, dans son analyse relayée par L’Homme Nouveau :

«Oui, insignifiant comme les mensonges de celui qui est “père du mensonge”, insignifiant comme ce qui procède par insinuation, suggestion, fabrication d’images, rumeurs, ouï-dire, insignifiant comme la grosse artillerie que l’on sort pour détourner l’attention d’un problème précis en essayant de détruire, en même temps, celui qui le pose. L’idée force de Sodoma tient en quelques lignes : le Vatican est le plus vaste club “gay” au monde, car 80 % de ses clercs – prélats, cardinaux, monsignore y compris – sont homosexuels, actifs ou refoulés. Et même, insinue-t-il, trois papes récents : Pie XII, Jean XXIII et Paul VI… […]. Ce livre est d’ailleurs une grille de lecture, assumée, plaquée comme telle sur toute l’histoire récente de l’Église catholique. Il lui faut des homosexuels partout, certains réels sans aucun doute, d’autres sont peut-être “de la paroisse”, comme il le dit ironiquement, parmi ceux qui sont évoqués nommément ou non».

Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro, préfère y voir une victoire de Mgr Viganò :

Logo du Figaro

«Tous ces entretiens à tous niveaux de responsabilités, intimes, sont traçables. C’est la force du livre. Il y a peu de recours à l’anonymat. L’auteur – armé d’une cohorte de quatorze avocats – évite toutefois l’“outing” direct (révélation publique de l’homosexualité d’une personne), sauf pour des personnalités cardinalices décédées. Même s’il procède souvent par insinuations très lisibles… […]. Il néglige toutefois dans son analyse le poids institutionnel de l’enseignement de l’Église, sa tradition bimillénaire, sa foi profonde, à qui ces prélats ont aussi donné leur vie. Réduire ainsi le haut clergé catholique à une “schizophrénie” sexuelle n’est pas recevable factuellement, même s’il y a quelques contre-exemples.[…] Sodoma dans son ensemble confirme donc les accusations lancées par Mgr Carlo Maria Viganò, très conservateur, qui dénonçait l’influence de réseaux homosexuels au sommet de l’Église.»

Dans les colonnes d’Aleteia, le frère Thomas Michelet décrit ainsi les intentions de l’auteur :

Logo d'Aleteia

«Cette fois, il s’agit d’un livre dont le titre, Sodoma, fleure bon le scandale (c’est là son principal argument de vente). Relayé par une presse grand public complaisante, il prétend nous livrer le secret jusque-là le mieux gardé du Vatican (le bon vieux mythe du complot) : l’existence au sommet de l’Église non pas d’un lobby gay, comme le pape François l’a déjà reconnu, mais d’une homosexualité omniprésente qui atteindrait des proportions inimaginables à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie. […] L’auteur, Frédéric Martel, ne cache pas son militantisme LGBT. Plusieurs publications à son actif vont dans ce sens : La Longue Marche des gays (2002) ; Le Rose et le Noir, Les Homosexuels en France depuis 1968 (2008) ; Global Gay (2013). […] Il serait injuste de mettre en doute le professionnalisme et le souci d’objectivité d’une telle enquête (quatre années dans trente pays, 1 500 personnes interrogées dont 41 cardinaux, 52 évêques et 45 nonces) en l’accusant de se confondre avec une quête existentielle un peu obsessionnelle. Néanmoins, on peut s’interroger. Lorsqu’un discours est à la fois totalisant, univoque et infalsifiable, c’est souvent la marque de l’idéologie.»

On pourra lire à ce sujet l’article d’Aline Lizotte publié ce numéro de la Smart Reading Press du 22 février 2019.

En tout cela, on peut conclure en empruntant ces propos à Jean-Paul II : « Pauvre humanité, elle avait bien besoin d’être sauvée ».

Pierre Hardon

 

>> Revenir à l’accueil