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Hamlet nous prévenait… L’avons-nous écouté ?

«Avec une seule mauvaise habitude qui couvre toutes les bonnes manières, ces hommes […] auront beau ne porter la marque que d’un seul défaut […], leurs autres vertus […] seront corrompues dans l’opinion publique par cet unique défaut. Un seul grain pourri gâte la plus noble substance par le doute pour son propre scandale1

Quand la Saint-Valentin tente vaille que vaille de se faire une place en son jour réservé, Alain Juppé fait part de son départ – presque son désamour – non de la chose publique qu’il dit vouloir servir, mais de l’arène aride, où le combat est rude…

«L’envie me quitte tant le contexte change. L’esprit public est devenu délétère. […] Dans ce climat général infecté par les mensonges et les haines que véhiculent les réseaux sociaux, l’esprit public, la vie publique sont difficiles à vivre. […] Aujourd’hui aucune fonction n’inspire plus le respect à certains de nos concitoyens. Il faut agresser, il faut insulter, systématiquement ! […] Cette espèce de stigmatisation des élus en général me devient de plus en plus insupportable parce qu’elle est injuste2

Qui donc serait visé par semblables propos qui nous sont distillés en conférence de presse ? Lorsque vient le retrait de la place publique, il ose désormais aborder impavide ce sujet bouillonnant de la place accordée, du statut écorné de la gent politique, du regard méprisant qui sur elle est porté.


Chacun oublie de regarder ce qu’il est, ce qu’il apporte à son voisin par son agir, négligeant le bien qu’il est lui-même au service du bien commun.


Si le regard porté se trouve abîmé, c’est bien parce que la vie de la cité est meurtrie et que ses membres en souffrent. Dans un réflexe de survie, chacun oublie l’ensemble, croyant sauver sa peau en se préoccupant de son seul bien propre au détriment du tout.

Le mal vient du fait qu’aujourd’hui, chacun devient son tout à soi seul, se laisse éblouir – ou assombrir – par ce qu’il a ou qu’il voudrait avoir, se laisse emporter par les biens qu’il possède. Il oublie de regarder ce qu’il est, ce qu’il apporte à son voisin par son agir, négligeant le bien qu’il est lui-même au service du bien commun.

C’est, pour une part, cette perte de sens qui s’exprime dans un mouvement comme celui des Gilets jaunes. Perte du sens de ma valeur propre qui me fait douter d’être considéré par mes proches, mes collègues, mes voisins, mes relations, mes patrons… Perte du sens de ma responsabilité à la place qui est la mienne, dans les actes quotidiens les plus simples que je pose, qui paraissent anodins, mais qui ne le sont plus dès que je les remets à leur vraie place au service du bien commun de la cité.

Or, la politique n’est rien d’autre que l’organisation de la chose publique au service de la vie dans la cité, au service du bien commun. Et le politique est comme un chef d’orchestre chargé de promouvoir l’unité permettant à chacun de jouer la partition qui lui est propre, partition nécessaire et indispensable à l’harmonie de l’ensemble pour la vie de chacun. Il s’agit que chaque instrumentiste ne soit plus ébloui par son instrument mais porte par son art les corps constitués au sein desquels il œuvre.

Aussi Alain Juppé a-t-il raison de dire que le procès de principe fait aux élus est injuste, parce qu’en plaidant ainsi, c’est envers nous-mêmes que nous sommes injustes, nous déniant le fait d’être une personne humaine dont la valeur intrinsèque demeure.

Jérôme de Lartigue

 


1 – William Shakespeare, Hamlet, acte 1, scène 4.

2Conférence de presse d’Alain Juppé le 14 février 2019.

 

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