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Le voyage du pape à Abou Dhabi

Le pape François s’est rendu au Moyen-Orient, aux Émirats arabes unis. Il y a célébré une messe rassemblant 135 000 fidèles, dont 55 000 dans le plus grand stade du pays. Le Saint-Père a plaidé pour «la liberté religieuse» et «la démilitarisation du cœur de l’homme».

La presse française y voit un véritable «pas en avant», notamment Nicolas Senèze pour le journal La Croix :

Logo du journal La Croix

«[…] Le culte chrétien, s’il est libre, reste néanmoins cantonné aux enceintes d’églises sans signe distinctif trop ostentatoire. Mais, à seulement 300 km de l’Arabie saoudite, et non loin du Qatar et de l’Iran, c’était un signe tangible d’une évolution du monde musulman. […] D’où […] un vigoureux plaidoyer en faveur de la déclaration signée lundi 4 février au soir avec le grand imam d’Al-Azhar, Ahmed Al Tayyeb. Un texte, a rappelé François, qui “condamne fortement la violence”, “toute destruction, tout terrorisme”. […] Il a aussi souligné qu’il avait confié la relecture de ce document à plusieurs théologiens, dont le théologien de la Maison pontificale, “qui l’a approuvé”. “Il est dans l’esprit de Vatican II”, a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que sa mise en œuvre sera difficile. […] Tous les processus débutent à un moment ou à un autre. Il faut toujours avancer, accompagner ces processus, quelle que soit leur couleur. Ce sont des pas en avant.”»

Le journaliste Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro, met en valeur le caractère exceptionnel et important du discours du Saint-Père :

Logo du Figaro

«L’appel d’Abou Dhabi, pourrait-on dire. Une sorte de dernier avis avant la fin d’un monde. Qui pourrait basculer vers le pire… À moins d’un sursaut que cet apôtre de “fraternité” croit possible. D’où l’impulsion qu’il a cherché à donner, lundi, à travers un discours fleuve, d’une rare intensité, adressé au monde et “à tous les pays de cette péninsule”. Et la signature très officielle d’un “document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune”. […] Pas de futur… Il est rare que le pape François aille aussi loin. C’est pourtant là l’intuition de celui qui fut le premier à parler de “troisième guerre mondiale par morceaux”. […] Et de conclure ainsi son discours : “Comme jamais dans le passé, et dans cette situation historique délicate, on ne peut reporter cette tâche qui incombe aux religions : contribuer activement à démilitariser le cœur de l’homme.” La formule est belle – et inédite. François l’a martelée. Elle suppose de refuser ce corollaire : “La course aux armements, l’extension des propres zones d’influence, les politiques agressives au détriment des autres.” Tout cela, il faut l’arrêter, a-t-il insisté.»

Jean-Pierre Denis, dans le magazine La Vie, montre que ceux qui feraient la moindre critique politique du voyage papal sont toujours les mêmes :

Logo de la Vie

«On entend d’ici le chœur des ricanants. Ils ne manqueront pas de nous seriner que le premier voyage d’un pape en Arabie n’a servi à rien. On les voit venir de loin, tous ceux qui nous martèleront que François le naïf a succombé au mirage oriental des pieuses incantations. On les connaît, tous ceux qui répéteront que le dialogue avec les musulmans est stérile, comme le montre la lente éradication des chrétiens d’Orient, depuis le génocide des Arméniens et des Syriaques jusqu’aux attentats les plus récents contre les Coptes. On les écoutera nous expliquer qu’à Abou Dhabi le pape a offert à un régime répressif et inégalitaire un agaçant succès d’image. On laissera circuler aussi le cortège de ceux qui ne supportent pas la-sainte-alliance-des-religions-obscurantistes-blablabla. Allez, passez, passez !»

Un voyage, un pas en avant ébauché par le cardinal Tauran en 2017 en Égypte : pacifier la région…

Une nouvelle tache sur l’Église : les agressions sexuelles sur des religieuses

Dans l’avion pontifical le ramenant à Rome après la visite aux Émirats arabes unis, le pape François a évoqué un phénomène grave : les agressions sexuelles commises sur des religieuses par des prêtres, et même par des évêques. Ce phénomène est connu dans l’Église depuis les années 1990, et a fait l’objet d’un article du National Catholic Reporter. Mais aujourd’hui, il prend une ampleur inédite avec un article de La Croix.

Dans la presse catholique, les réactions sont unanimes. Le National Catholic Register met en avant un problème qui touche principalement l’Afrique et l’Asie :

Logo du NCR

«Des rapports récents ont suggéré que les agressions de religieuses par des religieux sont plus répandues en Afrique et en Asie. Le cas le plus frappant est l’agression présumée d’une religieuse des Missionnaires de Jésus par un clerc, dans l’État indien du Kerala. Elle a accusé Mgr Franco Mulakkal, évêque de Jullunder, de l’avoir agressée sexuellement 13 fois entre 2014 et 2016. […] Le pape a déclaré qu’il pensait que le problème était plus courant dans certaines cultures que dans d’autres, mais a reconnu qu’“il y a eu des prêtres et aussi des évêques qui l’ont fait. Et je crois que cela peut toujours être commis. »»

Inès San Martin, pour le journal Crux, met plutôt en valeur l’inégalité homme-femme, notamment en employant le néologisme de «féminicide» :

Logo de Crux

«La question a été soulevée dans Women Church World, un supplément mensuel [de L’Osservatore Romano, ndlr]. De tels rapports ont circulé au moins depuis la fin des années 90, lorsque le National Catholic Reporter a publié plusieurs documents internes émanant d’ordres de femmes, détaillant le problème, qui tend à être particulièrement prononcé dans les pays en développement. […] “La maltraitance envers les femmes est un problème”, a répondu François. “Je dirais que l’humanité n’a toujours pas mûri. Les femmes sont traitées en deuxième classe. C’est un problème culturel… Dans certains pays, la maltraitance envers les femmes va jusqu’au féminicide.”»

Le journal The Tablet, quant à lui, donne une version différente de ce passage, une version moins idéologique :

Logo de The Tablet

«“C’est vrai, c’est un problème”, a déclaré François aux journalistes interrogés à ce sujet. “J’ose dire que l’humanité n’a pas encore mûri. Les femmes sont [considérées comme des êtres humains] de deuxième classe, et cela commence à partir de là. C’est un problème culturel qui finit par entraîner même le meurtre de femmes. Les sévices sexuels perpétrés contre des sœurs par des prêtres et d’autres autorités, notamment en Afrique et en Asie, fermentent sous la surface de l’Église depuis des décennies, mais ils deviennent de plus en plus visibles.»

Pour le vaticaniste Sandro Magister, sur le site internet Diakonos, il s’agit bien, dans ce cas précis, de cléricalisme au sens où l’entend le pape François :

«Pour le Pape François, la cause numéro un des abus sexuels, c’est le “cléricalisme”. En Europe et en Amérique, c’est une thèse discutable. Mais en ce qui concerne les abus sexuels perpétrés par des clercs sur des sœurs, en Afrique et en Asie, cette thèse semble en bonne partie fondée.»

Européennes 2019 : la crainte de la Russie

Les élections européennes approchent et, avec elles, les questions concernant la liberté d’exercice du vote. L’État, l’Europe et les grands groupes s’inquiètent du développement des fake news, des infox et autres fausses informations. Selon trois articles du Figaro, derrière ces tentatives de manipulations, se profile l’ombre de la Russie.

Un premier article développe les mesures du gouvernement, qui fourbit ses armes «anti-fake news» :

Logo du Figaro

«Le directeur de campagne [LaReM, ndlr], Stéphane Séjourné, redoute un niveau d’ingérence très important pendant cette campagne, si bien que l’ancien conseiller réfléchit à anticiper le mieux possible la propagation d’intox avec des éléments de déconstruction. Au besoin, une contre-offensive pourra prendre la forme de conférences de presse improvisées ou l’instauration d’une cellule de “fact-cheking” interne. […] Comment lutter contre le phénomène? En misant sur “l’éducation”, en reconstruisant “le rapport à la vérité”. L’exécutif compte aussi beaucoup sur la profession de journaliste pour qu’elle instaure une forme d’“autorégulation”. Dans le viseur de l’Élysée : encore et toujours, la chaîne de télévision Russia Today, financée par l’État russe. Ce média, jugé propagandiste par la présidence, est mis au ban de l’Élysée.»

Même son de cloche du côté de Bruxelles, selon un autre article qui évoque très clairement les ingérences russes :

«[…] La manipulation et la désinformation auraient contribué en 2016 à biaiser les résultats des élections dans au moins dix-huit États. En tête de ce “palmarès”, les élections américaines, bien sûr, qui ont abouti à l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Un succès qui, selon un rapport du Sénat américain, doit beaucoup aux ingérences auxquelles s’est livrée la Russie, en orchestrant des campagnes de désinformation contre la candidate démocrate, Hillary Clinton. Avec à chaque fois, l’objectif de la déstabiliser sur une thématique précise et auprès de catégories d’électeurs qui lui étaient favorables. […] Et, très souvent, derrière ces campagnes, une même structure russe : l’IRA ou Agence de recherche Internet. La “main” russe a plané sur le Brexit. Tout comme elle plane sur l’Ukraine ou les pays baltes. Avec, semble-t-il, un vrai savoir-faire. […] À Bruxelles, cela fait près de quatre ans que les institutions européennes se penchent sur la désinformation venue de Russie. Créée en 2015, la task force East Stratcom a pour mission de suivre et d’analyser ces campagnes. […] Les Vingt-Sept, ainsi que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, semblent convaincus que le risque d’influence est d’autant plus élevé que l’Union est “travaillée” par les populismes.»

Dans un troisième article, le journal évoque la préparation des grandes plateformes internet pour la future campagne, avec des résultats mitigés  dans d’autres pays :

«Le réseau social a annoncé lundi une série de mesures pour “garantir l’intégrité” des élections européennes, qui se tiendront au mois de mai. […] Facebook va également restreindre ses règles d’achat de publicités politiques : tous les candidats et partis devront se déclarer auprès du réseau social avant d’y proposer des réclames. […] Le réseau social a répété à plusieurs reprises qu’il ne souhaitait pas être un “arbitre de la vérité”. Dans la plupart des cas, il choisit donc de ne pas supprimer les contenus de désinformation, même manifestes, préférant réduire leur distribution sur le fil d’actualité ou les accompagner d’informations supplémentaires provenant de médias partenaires. […] Aux États-Unis, il a été accusé, avec d’autres géants du Web, de ne pas avoir mesuré l’ampleur des opérations de manipulation en ligne menées par la Russie lors de l’élection présidentielle de 2016. […] Ils ont aussi été testés au Brésil, avec un succès très mitigé, l’élection présidentielle ayant été gangrenée par des contenus de désinformation, beaucoup passant par WhatsApp, l’une des applications de messagerie de Facebook. En Europe, Facebook et d’autres géants du Web ont signé un code de conduite non contraignant, s’engageant à mieux lutter contre les tentatives de manipulation des internautes. Un an après, la Commission européenne a estimé que les premiers résultats étaient “insatisfaisants”.»

Derrière les fake news, la Russie ? Une hypothèse possible et probable. Quel est l’intérêt russe dans les mouvements «populistes» européens ?

Pierre Hardon

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