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Gilets jaunes : le nombre fonde-t-il la valeur d’une manif ?

Une grande majorité de Français se disent favorables au mouvement des Gilets jaunes, qui affiche un niveau de mobilisation relativement faible, bien qu’ultra médiatisé et très visible dans ses actions.

Alors pourquoi cette même majorité n’apporte-t-elle son soutien que dans les sondages ou en glissant parfois le gilet jaune sous son pare-brise, sans l’endosser le temps d’une manifestation ?

Deux récents articles, l’un d’Éric Zemmour et l’autre de Matthieu Baumier, donnent un éclairage qui dérange et qui explique cette sympathie attentiste : de fait, si nombre des revendications des Gilets jaunes sont pleines de bon sens économique et politique, elles sont aussi le signe de la fragilisation des fondements du modèle de la société libérale : la suprématie de l’individualisme tout-puissant et du bien-être matériel et affectif. Si le système vacille, c’est que ce bien-être est de moins en moins accessible à toute une partie silencieuse de la population qui travaille dur, ce qui rend plus visible la vacuité et la folie de l’idéal consumériste de bonheur qu’il propose. La majorité bienveillante à l’égard des revendications des Gilets jaunes est-elle prête à mener la réflexion qui s’impose et qui, elle le pressent, est susceptible de remettre en cause une forme de confort établi ?

De Jean-Claude Michéa à Matthieu Baumier, d’Alasdair MacIntyre à John Milbank, une même approche du libéralisme émerge pour dire qu’il n’y a pas un libéralisme économique de droite et un libéralisme libertaire de gauche, mais un seul libéralisme qui s’enracine dans une même philosophie de l’homme. Sans enlever la qualité de leur analyse à ces auteurs, il convient de donner au pape Léon XIII la primeur d’une vision prophétique qu’il délivra au monde dans l’encyclique Libertas præstantissimum… en 1888 !

Pour aller droit au but, la crise des Gilets Jaunes nous interroge sur l’éthique de notre société, qu’elle soit économique ou politique. Elle met au premier plan les limites d’une approche de la liberté où la raison humaine s’érige en principe de la vérité.

C’est dans la Splendeur de la Vérité qu’un autre pape, saint Jean-Paul II, nous invite à faire un travail de recherche et de discernement exprimant la véritable grandeur de la liberté de l’homme, qui se vit dans un agir responsable ordonné au bien commun. Il nous dit quelque chose qu’il faut méditer : «Aucun homme ne peut se dérober aux questions fondamentales : que dois-je faire ? Comment discerner le bien et le mal ? La réponse n’est possible que grâce à la splendeur de la Vérité qui éclaire les profondeurs de l’esprit humain1».

Jérôme Fouquet

 


1Veritatis splendor, 2.

 

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