Interdiction d'être contre
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Affirmer une opinion contradictoire, dans l’arène politique, à l’occasion de certains sujets comme le mariage pour tous, l’avortement, l’euthanasie ou l’immigration, c’est prendre le risque d’être cloué au pilori… François-Xavier Bellamy et Agnès Thill l’apprennent à leurs dépens.

Qu’il est difficile de donner son avis aujourd’hui… ! Deux personnalités politiques font actuellement les frais de prises de paroles considérées comme trop conservatrices.

Tout d’abord, Agnès Thill, député LREM, a osé contester le projet de PMA du gouvernement et évoquer la présence d’un lobby LGBT à l’Assemblée nationale. Cela lui vaut quolibets et railleries sur les réseaux sociaux. Ses collègues soulignent des propos «inouïs, mais aussi racistes» ou encore un comportement qui «déshonore» le groupe. Trente d’entre eux ont même écrit une lettre au chef du groupe, Gilles Le Gendre, pour réclamer des sanctions contre la dissidente.

François-Xavier Bellamy, quant à lui, n’a jamais caché ses convictions profondes sur le drame de l’avortement. À l’approche des élections européennes, pour lesquelles il est pressenti comme chef de file des Républicains, ses positions fermes lui sont reprochées. La Revue des deux mondes titre même : «François-Xavier Bellamy a-t-il le droit d’être contre l’avortement ?»

Un problème de fond est posé : a-t-on le droit d’avoir des convictions personnelles opposées à l’idéologie dominante ? Si oui, peuvent-elles donner lieu à un débat équilibré ?

À l’occasion du Grand Débat, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, fixe les limites des sujets «autorisés» : «On ne tergiversera pas sur les valeurs […]. Ça veut dire que l’IVG, la peine de mort et le mariage pour tous ne seront pas sur la table.» Est-ce parce que ces sujets n’ont pas un lien direct avec les problématiques évoquées par les Gilets jaunes ? Non. Ces sujets sont des thèmes que les défenseurs des «valeurs» («républicaines», «citoyennes», «progressistes», «modernes», etc.) ne veulent pas voir débattus ou remis en cause, quoi qu’il en coûte.

La méthode est d’ailleurs toujours la même quand un orateur ose se prononcer sur un sujet qui touche aux «valeurs» : on lui demande pourquoi il ne les fait pas siennes plutôt que de débattre de ses arguments sur le fond.

Selon Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité femme-homme, il s’agit de «lignes rouges» : certains sujets doivent être exclus du champ du débat parce que les principes sur lesquels les lois actuelles sont fondées constituent désormais un corpus intangible, l’équivalent du droit naturel mais dévoyé. Et si vous êtes contre ces principes, vous êtes contre la marche de la société et contre le bien de l’homme.

«Pour moi, il y a une incompatibilité entre cette vision de la société et notre logiciel progressiste» déclare Aurélien Taché, député LREM au Figaro, à propos des paroles d’Agnès Thill. «Logiciel», dit-il ? Il n’y a donc plus qu’à appliquer le programme, en écartant tout ce qui n’y rentre pas !

En d’autres termes, nous pouvons avoir des opinions différentes, mais à condition de ne pas les exprimer !

Pierre Hardon

Photo : rnl / Shutterstock

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