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Quand le moteur de l’Europe tousse

L’Allemagne et la France sont considérées comme le «moteur de l’Europe». Deux vieilles nations, dont la première jouit d’une crédibilité économique pour donner le ton à la marche européenne, et la seconde profite d’un rayonnement historique, diplomatique et intellectuel de plus en plus pâle pour accompagner la première. Le Traité d’Aix-La-Chapelle qu’ont signé le 22 janvier Angela Merkel et Emmanuel Macron – sur le modèle de Konrad Adenauer et Charles de Gaulle en 1963 – n’a provoqué que des réactions tièdes dans la presse.

Une lune de miel ratée pour Le Figaro

Le 21 janvier, Isabelle Lasserre écrit :

Logo du Figaro

«[…] Le grand discours de la Sorbonne en septembre 2017, avec les ambitions qu’il prêtait à la coopération franco-allemande, paraît aujourd’hui bien loin. La lune de miel entre Paris et Berlin s’est voilée dès le premier jour, tant le fossé politique, culturel et militaire demeure grand entre les deux puissances européennes. […] “Il ne faut pas sous-estimer les différences fondamentales et structurelles des deux pays, leurs positions incompatibles”, souligne Barbara Kunz, spécialiste de l’Allemagne à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Paris et Berlin ont des approches radicalement différentes de la zone euro, l’Allemagne refusant la perspective de payer pour les pays endettés du Sud. Les réformes françaises ont été jugées insuffisantes par Berlin.»

Emmanuel Macron et Angela Merkel sont contestés dans leur pays respectif, à l’approche des élections européennes…

Le déséquilibre du couple franco-allemand pour Marianne

Jean-Pierre Chevènement, écrivant pour la revue Marianne en novembre dernier, analysait justement que nos qualités diplomatiques et notre rôle historique pèsent de moins en moins lourd dans l’équilibre franco-allemand et ne justifient plus certains privilèges (comme le siège de la France au Conseil permanent de l’ONU) :

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«L’Europe a fourni un cocon protecteur à la réunification de l’Allemagne et à la reconquête par celle-ci d’une position centrale en Europe, mais la France n’a pas abdiqué le rôle qui lui revient historiquement et en vertu de la Charte des Nations unies. […] La dégradation continue de la situation économique de la France au sein de la zone euro depuis le début des années 2000 […] traduit la désindustrialisation consentie de notre pays. […] L’accumulation des déficits peut empêcher, à moyen terme, la France de maintenir et de développer son effort de défense. Or, la dissuasion nucléaire est inséparable du siège de membre permanent au Conseil de sécurité. Si la France ne se réindustrialise pas, la voie sera ouverte à l’abdication nationale. Je ne sais pas si nos responsables sauront répondre aux pressions qui ne manquent pas déjà et ne manqueront pas demain de s’exercer en ce sens.»

C’est dans ce cadre que la Chancelière allemande a demandé à la France que l’Union européenne se substitue à celle-ci en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Brexit, une menace supplémentaire d’affaiblissement de l’Europe

En Allemagne, la perspective du départ du Royaume-Uni provoque de nombreuses réactions sur la politique européenne, réactions soulignant l’affaiblissement du poids politique et économique de l’Europe. Le Times de Londres cite les propos du Dr Röttgen, président la commission des affaires étrangères du Bundestag :

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«[…] Le Brexit affaiblirait considérablement l’influence de la Grande-Bretagne sur la scène internationale à un moment où l’Union européenne s’efforce de devenir un acteur important dans la politique énergétique mondiale. “La force compte vraiment”, a déclaré le Dr Röttgen. “Aucun État-nation en Europe, y compris la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France, ne dispose de suffisamment de pouvoir pour peser dans la balance. […] La présence ou la sortie de la Grande-Bretagne fait une grande différence pour le poids de l’Europe dans le monde. Si elle part, elle s’isolera et affaiblira l’Europe”.»

C’est pour cela que, dans le même article, Anngret Kramp-Karrenbauer, héritière d’Angela Merkel à la tête du parti CDU, déclare, dans une lettre au Times à l’attention des Anglais :

«“Mais les Britanniques doivent également savoir que nous pensons qu’aucun choix n’est irréversible. Notre porte restera toujours ouverte” […]. Officiellement, cependant, le gouvernement berlinois est plus circonspect.»

Le vieux continent semble près de perdre un équilibre savamment construit depuis des années. Pour redynamiser l’Union européenne, ne faudrait-il pas revenir à son identité et à ses principes fondateurs ?

L’Église catholique se prépare à la réunion de février

Le pape a convoqué, du 21 au 24 février prochains, une réunion des présidents de toutes les conférences épiscopales du monde, afin d’apporter une réponse à la crise des agressions sexuelles. À son approche, les avis sur cette crise diffèrent dans la presse :

Un plaidoyer pour l’unité de l’Église

Gérard Leclerc, pour France Catholique, voit dans cette réunion un signe de l’identité et de l’unité de l’Église :

Logo de France Catholique

«Il ne faut pas sous-estimer le climat psychologique et moral que suscite la crise en développant certaines formes de haine et de division. Elle frappe parfois jusqu’à la personne du Saint-Père, violemment attaquée par une frange catholique qui n’a de cesse de nourrir son procès personnel. On lui a ainsi reproché de s’opposer à la volonté réformatrice de l’épiscopat américain, comme s’il se contredisait lui-même à propos de la lutte contre les abus sexuels. On oubliait simplement que l’ensemble des présidents de conférence épiscopale du monde doit se retrouver prochainement à Rome pour décider de règles qui vaudront pour l’Église universelle. François a voulu formuler l’enjeu d’une telle rencontre, en signifiant que l’Église n’était pas une agence de ressources humaines mais qu’elle place d’abord sa confiance “dans la force salvifique de la grâce, dans l’œuvre silencieuse et quotidienne de l’Esprit Saint”».

La protection des mineurs, centre d’attention des conférences épiscopales

Le journal Crux évoque le cas des évêques italiens, qui préparent un document pour protéger les victimes, tout en évoquant l’absence de ces dernières lors de l’élaboration du plan :

Logo de Crux

«Bien que les lignes directrices ne soient pas rendues publiques avant mai, les évêques ont approuvé la création d’un cadre national visant à conseiller le clergé et les évêques sur les meilleures solutions en matière d’agressions sexuelles. “C’est un processus synodal, a déclaré le père Russo [secrétaire général de la Conférence des évêques italiens, NDLR], un processus certainement long, mais élaboré avec soin, afin que cette structure puisse fonctionner de manière efficace”. […] Les victimes rencontreront le cardinal Bassetti [le président de la conférence des évêque italiens, NDLR] en février, en prévision de la réunion des chefs de conférences épiscopales du 21 au 24 février. Les victimes devront attendre jusqu’en mars pour rencontrer les membres de la CEI, a déclaré le père Russo. […] “François a tout dit quand il a évoqué le cléricalisme et l’élitisme comme les maladies à l’origine de la crise des abus sexuels dans l’Église.”»

La réunion de février changera-t-elle les mesures envisagées par les différentes conférences épiscopales ?

Le cléricalisme, une explication partielle…

Certains dans l’Église estiment que les agressions sexuelles (sur mineurs ou non) ne relèveraient pas de la paraphilie, mais de l’abus de pouvoir des clercs (= du cléricalisme).

Répondant aux questions du National Catholic Register, le cardinal Müller affirme que ce n’est ni un bon diagnostic, ni une analyse rigoureuse :

Logo du NCR

«Il n’y a pas encore eu d’analyse ni de diagnostics des véritables raisons de la crise et vous ne pouvez pas donner le bon traitement avec le mauvais diagnostic. Prenez, par exemple, mon poignet cassé il y a quelques semaines lorsque je suis tombé. Je suis allé chez un médecin et je lui ai dit que j’avais une très grande douleur au poignet, et c’est comme s’il avait répondu : “Cela n’a rien à voir avec un poignet cassé. C’est parce que vous êtes un professeur dans une tour d’ivoire qui s’est pris les pieds dans le tapis. Vous devez aller voir un psychologue et votre état d’esprit changera. Ainsi, vous n’aurez plus mal au poignet.” C’est absurde. Nous devons nous confronter à la réalité à la lumière de l’évangile, de la doctrine, de la discipline de l’Église et de la spiritualité des prêtres.»

Relire le John Jay Report et les différents autres rapports professionnels contribuera à établir une analyse et un diagnostic sérieux.

Les enseignements de Jean-Paul II éclairés par ceux du père Karol Wojtyla

L’Université de Lublin a rendu public un livre en deux volumes du pape Jean-Paul II, écrit durant ses années de ministère polonais et intitulé L’éthique sociale catholique. Cet ouvrage de sciences politiques et de philosophie apporte beaucoup à la compréhension de ses encycliques et de son enseignement, comme le rapporte le magazine The Tablet :

Logo de The Tablet

«Cependant, il [un commentaire accompagnant le livre, NDLR] a ajouté que L’éthique sociale catholique montrait également une cohérence dans les vues profondes du pape sur le capitalisme, la théologie de la libération et d’autres “questions sociales clés”, et fournirait “un texte source important” pour “régler les débats” sur de nombreux aspects de l’enseignement de Jean Paul II. Le texte offre également une “clé herméneutique”, selon le commentaire, permettant de comprendre les encycliques sociales du pape polonais, Laborem exercens (1981), Sollicitudo rei socialis (1987) et Centesimus Annus (1991).»

À lire en italien et en polonais en attendant la traduction en français

Pierre Hardon

 

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