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Les enseignements du procès Barbarin

Le procès en citation directe du cardinal Barbarin s’est tenu. Le jugement aura lieu le 7 mars, et le procureur n’a pas requis de peine. Certains médias y voient le moyen pour l’Église d’avancer dans la crise des agressions sexuelles.

Le magazine La Vie soutient qu’une des leçon du procès Barbarin est qu’il dépasse celui qui est mis en cause :

Logo de la Vie

«Dans ce procès, que les parties civiles voulaient être “le procès du silence”, celui d’un homme “incarnant cette faute”, est aussi ressortie une certaine image de l’Église catholique. […] Avec le jugement, attendu le 7 mars prochain, les motivations des juges seront à étudier car, au-delà de statuer sur la culpabilité des uns et des autres dans ce procès, elles préciseront aux citoyens – et à l’Église catholique – les contours de la non-dénonciation de crimes pédophiles. Mais, dans l’Église de France, nul doute que ce jugement ne sera qu’une étape dans la lutte contre “la culture de l’abus” voulue par le pape François.»

On ne retient bien que ce que l’on pense soi-même. On a voulu faire de ce procès celui de la non-dénonciation. Mais le réquisitoire du procureur montre qu’il n’y a pas de faits justifiant cette incrimination. Et l’on continue à le penser ! Cela s’appelle de la désinformation.

The Tablet souligne que ce procès a secoué l’Église de France, en citant notamment un échange entre Mgr Gobillard et François Devaux, le président de la Parole Libérée :

Logo de The Tablet

«“Merci d’avoir pris la parole”, a déclaré à la fin du procès l’évêque auxiliaire de Lyon, Emmanuel Gobillard à François Devaux, victime et principal militant anti-abus. “Merci d’avoir secoué l’Église, car elle dysfonctionne, elle a ses problèmes. Nous devons changer. » Devaux a répondu : “Nous ne pouvons qu’espérer que c’est le début de quelque chose qui rétablisse le rôle moral légitime de l’Église… et pas seulement dans le diocèse de Lyon.”»

Bouc émissaire…

La Croix voit dans ce procès une étape majeure dans la protection des mineurs par l’Église :

Logo du journal La Croix

«“[…] en ce qui concerne l’Église, ce procès marquera certainement une étape majeure dans le travail qu’elle poursuit depuis bientôt vingt ans, au sein de la Conférence des évêques de France, pour l’évolution de ses pratiques concernant la protection des mineurs”, écrit l’ancien évêque auxiliaire de Lyon, à qui une victime est venue confier dès 2011 les sévices subis.»

À quel prix ?

Le Brexit donne le ton de l’humeur européenne

La Chambre des communes du Royaume-Uni a refusé le plan de Theresa May pour sortir de l’Union européenne.

Le Times de Londres affirme qu’il s’agit d’une défaite historique :

Logo de The Times

«Au total, 202 députés ont voté en faveur de l’accord de Mme May et 432 contre. La précédente défaite historique à la Chambre des communes d’un premier ministre remonte à 1924. […] Mme May avait appelé les députés à s’acquitter de leur “devoir sacré”, suggérant pour la première fois qu’une sortie sans accord trahirait le résultat du référendum. Après le rejet accablant, elle a déclaré qu’il était clair que les Communes « ne soutenaient pas cet accord ».»

Le Guardian évoque un Brexit au point mort, en citant notamment la réaction du principal négociateur européen, Michel Barnier :

Logo de The Guardian

«Michel Barnier a déclaré que le Brexit était au point mort après le rejet catégorique de l’accord de Theresa May par les députés, mais a proposé de revenir à la table des négociations si le Parlement obligeait Theresa May à modifier ses « lignes rouges ». […] L’ancien ministre français a déclaré que, quels que soient les résultats des négociations à venir, l’accord de retrait devrait encore contenir le backstop irlandais controversé pour éviter une frontière trop dure1, ce qui, selon les partisans du Brexit, risque de piéger le Royaume-Uni dans une union douanière.»

Le backstop est le point essentiel du refus du plan de Theresa May par la Chambre des communesLe journal The Economist rajoute à ce propos :

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«Ils [les dirigeants européens, NDLR] sont également catégoriques sur le fait qu’ils ne peuvent pas apporter de modifications juridiques substantielles au « backstop » irlandais très mal-aimé, qui garantit l’absence de frontière dure en Irlande en maintenant, si nécessaire, l’ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE. […] Le risque est que la Grande-Bretagne quitte l’UE sans aucun accord, ce qui entraînerait un préjudice maximal pour l’économie. Mme May a déclaré qu’elle était fermement opposée à cette idée.»

Pourtant, les marchés financiers ne paniquent pas et pensent que la suite des évènements sera marquée par une annulation du Brexit, comme le rapporte Le Monde :

Logo du journal Le Monde

«Sentant le vent tourner, les marchés financiers sont en train d’opérer un retournement spectaculaire sur le Brexit. Après la défaite historique de Theresa May à la Chambre des communes, mardi 15 janvier, la livre sterling a légèrement augmenté, loin de toute panique, au plus haut depuis près de deux mois. De plus en plus d’investisseurs semblent parier sur l’annulation du Brexit, ou au moins sur une sortie de l’Union européenne très “douce”, évitant tout choc économique.»

La Croix, à la vue des événements dans de nombreux pays européens – notamment le Brexit – anticipe les futurs blocages européens :

«La fragmentation politique guette au Parlement européen. Les sondages promettent tous la chute de l’alliance traditionnelle de la droite (PPE) et de la gauche (S & D). Elle ne devrait pas emporter plus de 45 % des sièges, contre 55 % aujourd’hui, notamment en raison du départ des travaillistes britannique et du naufrage social-démocrate.»

Plus d’Individu, moins d’hommes

Plusieurs journaux s’inquiètent du lent et, semble-t-il, irrémédiable déclin du nombre d’enfants par femme en France.

Le 15 janvier, le journal La Croix décrit la baisse et en discerne deux causes :

«Les naissances, de leur côté, marquent le pas pour la quatrième année consécutive. Le rythme de cette baisse ralentit néanmoins (– 12 000 naissances en 2018, contre – 20 000 en 2015). L’indicateur de fécondité s’établit donc désormais à 1,87 enfant par femme, contre 2 en 2012. Il s’éloigne donc du seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme). […] D’une part, les femmes en âge de procréer sont de moins en moins nombreuses. D’autre part, la fécondité de celles-ci baisse.»

Une population féminine vieillissante, et les femmes qui peuvent enfanter n’enfantent plus…

Le même jour, Le Figaro analyse un phénomène marginal excessif, qui dit pourtant quelque chose de notre société occidentale :

Logo du Figaro

«En France, 6,3 % des hommes et 4,3 % des femmes déclarent ne pas avoir d’enfant et ne pas en vouloir, selon la dernière étude de l’Ined sur le sujet en 2014. Sans surprise, ce choix de vie “à contre-courant” est encore plus rare chez les personnes en couple. Minoritaires, ces “sans-enfants” sont-ils de plus en plus nombreux? “Les femmes qui n’ont pas d’enfant sont en tout cas plus nombreuses à l’assumer comme un choix, analyse Laurent Chalard. […] Aujourd’hui, on voit émerger un mouvement de revendication de la non-maternité.”»

Le magazine Vice n’est pas en reste, consacrant un article témoignage complet à ces altruistes écologiques qui se rendent stériles pour sauver la planète et être féministes :

«Pour certains mecs aussi, recourir à la stérilisation volontaire s’inscrit dans un militantisme féministe. David en fait partie : “Il y a un moment où les hommes doivent aussi prendre leurs responsabilités”, réagit-il. Lou approuve : “Ce n’est pas un sacrifice pour moi de me faire vasectomiser parce que je ne veux pas d’enfant. Et dans une motivation féministe, je tiens à m’impliquer dans la contraception.” Quant à Sylvain, il estime que la stérilisation volontaire “est beaucoup plus sûre” qu’un autre contraceptif.»

Exercer sa responsabilité par des actes mortifères, quel paradoxe !

Le Figaro, quelques jours avant la publication de ces statistiques, se posait la question de l’utilité du père, qui prend tout son sens dans ce contexte de baisse de la natalité :

«Cet impact paternel sur le psychisme de l’enfant – qu’il soit garçon ou fille – est considéré par les psychanalystes comme un pilier de la construction de l’être en devenir. Traditionnellement, on retient de la théorie freudienne que le père est celui qui colore la socialisation, le rapport à l’altérité, la capacité à se familiariser avec ce qu’on ne connaît pas encore, l’intégration de la loi. Tout en reconnaissant que sa part est plus difficile à définir que celle de la mère.»

Plus de papas déjà, et bientôt plus d’enfants. Quel avenir !

La Croix fait, le 12 janvier 2019, un portrait de François-Xavier Bellamy, notant tout particulièrement la notion de désir et de mouvement continuel :

«L’ouvrage [Demeure2] est une critique de “l’injonction perpétuelle au mouvement” de notre société. “Nous vivons dans un monde marqué par une forme d’accélération, un mouvement continuel, devenu à lui seul son propre but : la politique ne parle que de réforme et de transformation” […]. “Le contraire de ce mouvement, ce n’est pas l’immobilité, mais plutôt l’activité de la demeure : demeurer ensemble, permettre que l’homme demeure humain, que notre demeure commune qu’est la planète puisse être préservée, suppose une inventivité, une créativité, une générosité, un effort constant, bien loin de l’immobilisme”»

«Que l’homme demeure humain» : moins d’hommes, plus d’Individu.

Pierre Hardon


1 – Le backstop est une disposition particulière créant un statut douanier différent pour l’Irlande du Nord par rapport au reste du Royaume-Uni. L’objectif est de conserver une frontière irlandaise ouverte, afin d’éviter que le processus de paix engagé sur l’île lors des accords du Vendredi Saint de 1998 ne soit interrompu.

2 – François-Xavier Bellamy, Demeure. Pour échapper à l’ère du mouvement perpétuel, Grasset, 2018.

 

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