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Procès Barbarin : où est la justice ?

Mais pourquoi le battage médiatique qui entoure le procès au civil du cardinal Barbarin entraîne-t-il une forme de malaise ? Ce je-ne-sais-quoi qui fait qu’en refusant de verser dans le jugement déjà prononcé des médias, on a le sentiment de commettre une injustice envers des victimes qui s’expriment ou se taisent.

Les actes reprochés à l’abbé Preynat, qui a reconnu les faits, appellent justice : de fait, l’instruction de l’enquête s’achève, ce qui permettra la tenue de son procès au pénal, qui sera suivi de son procès canonique, qui décidera d’une sanction appropriée. Pourtant, ce n’est pas tant de l’abbé Preynat, auteur présumé des crimes, que la justice médiatique ne cesse de s’emparer, que du cardinal Barbarin, qui a déjà bénéficié d’un non-lieu en 2016 pour non-dénonciation d’agressions sexuelles aggravées, et derrière lui de toute la hiérarchie de l’Église, jusqu’à sa représentation vaticane. N’y a-t-il pas là une forme de fureur haineuse qui se cache derrière l’apparence d’une juste vengeance ?


La vengeance est une très grande vertu qui doit être portée par la recherche du bien de l’offenseur.


La vengeance a mauvaise réputation, et pourtant c’est une vertu, et même une très grande vertu. Elle doit être portée par la recherche du bien de l’offenseur en lui infligeant une peine qui lui apporte un remède et répare de façon compensatoire le mal subi par la victime. La peine porte sur la privation d’un bien de l’offenseur, qui peut être un bien matériel, la liberté ou l’honneur. Rechercher cette vengeance mobilise la passion de la colère, qui vise toujours à combattre le mal, en évitant deux sortes de maux extrêmes aggravant tous deux l’injustice du mal commis : la fureur et la cruauté d’une part ou la mollesse de l’autre.

Un foyer de colère peut se développer à l’égard de toute personne contre laquelle on nourrit une certaine forme de haine parce qu’on lui impute un mal profond dont on ne semble pas pouvoir se libérer. Cette colère est injuste en se trompant d’objet, car elle détruit alors la personne bien plus qu’elle ne répare le mal qu’elle a commis. Elle est disproportionnée, car elle amplifie la responsabilité de la personne contre toute mesure de la raison, tout en développant une véritable justification rationnelle. Dans le cas présent, elle se double du phénomène de fixation de la responsabilité d’un problème sociétal sur la personne du bouc émissaire1 : celui qui porte le fardeau du blâme.

Pour que la peine recherchée dans la vengeance soit juste, il faut non seulement que la peine soit à la fois un remède et une réparation, mais qu’elle soit proportionnée à l’offense et aux circonstances. Quelle est l’offense du cardinal Barbarin, nommé archevêque de Lyon en 2002, alors que les derniers actes dont est accusé l’abbé Preynat remontent à 1991 ?

Seul l’amour permet une véritable justice pouvant créer les conditions de l’apaisement de la souffrance des victimes et ouvrir un chemin de réparation et de guérison : là réside le bien qui peut être obtenu par un juste combat.

Jérôme Fouquet


1 – Voir l’article d’Aline Lizotte «Le Bouc émissaire» (8 avril 2016).

 

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