Le couple et l'adoption
Facebook Twitter Linkedin

Pour soutenir sa position favorable à la PMA, technique médicale qui permet de séparer totalement le choix de l’enfant de la relation amoureuse, Luc Ferry a récemment argumenté au moyen d’une comparaison avec l’adoption. Argument séduisant au premier abord et qui, jouant sur le ressort de la générosité, peut aisément emporter l’adhésion. Mais comparaison n’est pas raison…

«Je n’aperçois ensuite aucune raison, je dis bien aucune, qui démontrerait si peu que ce soit qu’un enfant soit forcément mieux élevé par ceux qui lui ont donné la vie que par d’autres parents. De très nombreuses personnes adoptent des enfants et il me semble que, dans bien des cas, le choix volontaire d’en prendre soin est infiniment préférable aux “accidents de parcours”, hélas fréquents, qui donnent naissance à des êtres non voulus, voire occasionnent des avortements».

C’est par ces mots que Luc Ferry, dans Le Figaro1 du 21 novembre, entend réfuter l’argument de Mgr Bozo fondé sur le droit naturel montrant que, pour le bonheur de l’enfant, son éducation revient à ceux qui l’ont engendré et mis au monde. Pour Ferry, l’enfant sera mieux éduqué par des personnes qui l’aiment que par ses géniteurs naturels si ces derniers ne l’aiment pas, et ils ne l’aiment pas si eux-mêmes ne s’aiment pas puisque, par exemple, ils se disputent constamment.

À première vue, l’argument semble évident. C’est la «preuve» par le sondage de rue : le sondeur se promène dans les rues de Paris avec un micro à la main et pose à tout venant la question : «Madame, pensez-vous qu’un enfant confié à deux femmes qui s’aiment et qui aiment l’enfant conçu par la PMA soit dans de meilleures conditions humaines pour s’épanouir que l’enfant conçu naturellement par deux parents qui se disputent continuellement ?» Que va répondre le peuple, mises à part les personnes qualifiées d’«intégristes» ou de «fondamentalistes», enfermées dans une «pensée normative» ? Vaut-il mieux qu’un enfant soit éduqué par des personnes qui l’aiment que par ses parents naturels qui se disputent tout le temps ? Vox populi, vox Dei ! Pourquoi chercher plus loin que l’évidence ?

Une question piège et une argumentation tordue

Mais la question est mal posée, et elle l’est intentionnellement ; c’est une question piège. C’est comme si l’on demandait : «Madame, vous venez de gagner 10 millions à la loterie, qu’est-ce que vous préférez : faire un voyage aux Baléares ou divorcer d’avec votre mari, puisque vous n’en aurez plus besoin ?» Ce genre de question ne pose aucune vraie alternative et contient déjà la réponse recherchée. Dans le cas qui nous occupe, la question présuppose que les parents qui se disputent ne s’aiment pas, et que les géniteurs naturels de l’enfant ni ne s’aiment, ni n’aiment l’enfant. Alors que les couples homosexuels ne se disputeraient pas et s’aimeraient sans aucune ombre au tableau !

La procréation doit être un acte volontaire et libre, et non un acte commandé par la nature, qui enlève à l’homme toute liberté, telle que notre auteur comprend le mot nature. Il est donc impossible de maintenir que les deux significations d’un acte sexuel, sa signification procréative et sa signification unitive, ne doivent jamais être séparées, comme l’enseigne l’Église catholique depuis Humanæ Vitæ et Jean-Paul II.

L’amour humain est un acte libre et volontaire. Pour garder cette spontanéité, il ne doit pas se laisser emprisonner dans une prétendue loi morale ou loi naturelle : «L’amour est enfant de bohème…. Il n’a jamais, jamais connu de loi» ! Quand Pierrot et Pierrette s’aiment, ils ne pensent pas à procréer, sauf rarement ! Ils s’abandonnent totalement à leur ivresse. Foin de la morale ! Et si, d’aventure, il y a enfant, ce sera l’enfant de l’amour… Et l’aspect volontaire et libre de l’amour humain risque d’être détruit si on lui impose le joug de la procréation. Dépouillé de ses motivations amoureuses, l’acte sexuel ne devient plus qu’un acte biologiquement déterminé comme l’est l’acte de la bête. Cet acte «procréateur», destiné à accomplir la fonction génitrice de la vie biologique, n’est même plus apte à être un acte éducateur de l’enfant. L’acte amoureux humain et libre doit donc être séparé de l’acte d’engendrer. Lui imposer le joug de la procréation au nom de la loi morale, c’est en faire un acte biologique déterminé et détruire l’amour.

Vouloir vraiment un enfant pour l’aimer est ainsi une chose qui n’a rien à voir avec l’ivresse de l’amour. Ainsi agissent ceux qui adoptent un enfant. Ils font un choix volontaire et libre de l’enfant ; ils choisissent d’être parents. Le choix d’être parents appartient donc aux humains, non à leur nature biologique ou sexuée, mais à leur liberté, et donc uniquement à leur volonté. Choisir d’être parent suppose le droit de choisir le moyen d’engendrer. Ce peut être l’acte sexuel du couple qui, volontairement, ordonne sa copulation à ce but. Ce peut être aussi l’acte de deux femmes ou de deux hommes qui utiliseront les moyens techniques de l’assistance médicale. Le moyen est largement indifférent. Ce qui est important, c’est la volonté libre qui choisit la parentalité et qui l’accomplit humainement et librement, et non par contrainte biologique ou sociale. Ainsi, le bien de l’enfant sera beaucoup mieux assuré par cette liberté que s’il est issu d’une contrainte légale qui obligerait les personnes humaines qui s’aiment à choisir aussi l’enfant comme justificatif de la moralité de leur amour.

Aujourd’hui, les techniques permettent de séparer totalement le choix de l’enfant de la relation amoureuse. Elles sont la marque de l’évolution de l’humanité, qui devient capable d’utiliser les dispositions de la nature physique à ses propres fins individuelles. On peut maintenant s’unir physiquement sans avoir d’enfants. On peut aussi, à l’inverse, avoir des enfants sans s’unir physiquement ! L’humanité a tellement peiné pour arriver à poser ces choix librement et à les séparer l’un de l’autre qu’ils font maintenant partie du gain de ses libérations. Que l’Église cherche à maintenir son joug sur l’homme est compréhensible dans l’évolution de sa toute-puissance. Mais elle reste la seule à ne pas s’apercevoir qu’elle a perdu le combat ! Elle ne peut faire redevenir esclave un homme qui a conquis sa liberté contre la force asservissante de la nature !

Les séductions du vraisemblable


La raison se laisse emporter par les séductions du vraisemblable, mais le vraisemblable n’est pas toujours le vrai.


Il arrive que des raisonnements tordus aient une force de séduction tellement imposante que toute autre argumentation qui les contredit semble n’avoir qu’une capacité de persuasion affaiblie. C’est le cas du sophisme, dont la force persuasive dépend de la similitude qu’il entretient avec un raisonnement vrai, auquel il emprunte un certain nombre de ses éléments. La raison, en vertu de ces éléments, donne son assentiment et, contrainte, concède la conclusion fausse. La raison se laisse ainsi emporter par les séductions du vraisemblable, mais le vraisemblable n’est pas toujours le vrai.

Examinons le «raisonnement tordu» énoncé ci-dessus. L’acte sexuel complet comporte en lui-même la possibilité de la conception d’un nouvel être de même espèce que les partenaires qui le posent. Deux chiens qui copulent risquent d’engendrer un chien ; deux humains qui s’unissent physiquement prennent le même risque, celui d’engendrer un autre humain. Il y a cependant une petite différence entre l’homme et l’animal. L’homme masculin n’a pas des périodes de rut où, contraint par son programme hormonal, il serait pressé de s’unir à une femelle, laquelle serait aussi pressée par son propre programme de recevoir l’organe mâle. L’homme et la femme peuvent désirer s’unir pour avoir un enfant, et ce désir, si pressant soit-il, n’est jamais principalement une contrainte hormonale. Même si la nature, dans sa causalité universelle, tend vers la continuité des espèces, elle n’entraîne pas que Pierrot et Pierrette désirent forcément, dans leur individualité, poser un acte procréateur, ni qu’ils y soient contraints par cette même nature.

Dans tout l’ordre cosmique, la raison comme cause universelle est supérieure à la nature, et c’est pour cela que le gouvernement de la nature a été confié à l’homme (cf. Gn 2, 28)2. Cependant, gouverner la nature ne donne pas à l’homme le droit de la détruire. C’est ce que le développement de l’écologie nous enseigne en nous rendant plus sensibles à notre responsabilité de préserver la Maison commune, au lieu de la piller et de l’investir pour satisfaire nos besoins et nos goûts personnels. Parce que l’homme a reçu de la nature «la raison et la main3» et qu’il possède de ce fait un dominium sur la nature, cela ne lui donne pas le droit de servir de sa main pour égorger son ennemi, parce qu’il est plus facile de faire cela plutôt que de le déchirer à pleine dents. Parce qu’il a une connaissance plus approfondie de son propre corps, cela ne lui donne pas le droit d’utiliser ses connaissances pour inventer des tortures plus raffinées, ni même, par ignorance ou par sadisme, de faire souffrir inutilement un animal. Parce qu’il connaît mieux les subtilités du système neuronal, cela ne donne à l’homme aucun droit de manipuler les relations humaines, de fausser la communication, de tromper par de subtils harcèlements tyranniques et mensongers.


Les deux finalités de l’acte sexuel sont inséparables, même si la technique médicale arrive à les désunir.


L’homme, qui a la capacité d’agir en toute conscience et en tout amour, a l’obligation d’agir en vérité en vertu de sa raison et en toute liberté en vertu de sa volonté. Cette obligation ne disparaît pas dans l’acte sexuel, où il doit agir non par contrainte, mais librement. Cependant, c’est dans un seul et même acte qu’il aime et qu’il engendre. Il n’y a pas un acte pour aimer et un autre acte pour engendrer. Ces deux finalités – significations – sont donc intimement unies dans la relation sexuelle. Elles sont inséparables, même si la technique médicale arrive à les désunir. Cependant, elle ne les sépare pas, elle les désunit avec violence, c’est-à-dire contre nature, et cela généralement contre le corps de l’un ou de l’autre des partenaires, souvent celui de la femme. Ainsi, en s’unissant sexuellement, les époux doivent prendre avec raison et amour la responsabilité de toute la nature humaine qu’ils ont mission de gouverner, bien que cet acte d’amour dépasse largement les possibilités individuelles de chaque homme et de chaque femme, ce qui montre la supériorité de la nature humaine sur celle de l’animal.

Par l’acte sexuel intégral, l’homme «touche au divin»

Cette intuition est bien antérieure à l’Église catholique, qui ne l’a pas inventée. Déjà, Platon et Aristote ne craignaient pas de dire que, par cet acte sexuel intégral, l’homme touche au divin4. C’est la raison de cette énergie si forte et de cette joie si grande que l’on appelle «le plaisir sexuel». Loin d’être un mal, il permet un acte par lequel l’homme – masculin et féminin – tend à «toucher Dieu5». Cependant, cette puissance effroyable de toucher à la divinité s’inscrit dans l’atteinte des finalités ou significations de cet acte. Toucher la divinité, expliquent les philosophes grecs, c’est atteindre l’immortalité non pour son individualité, mais pour son humanité. Car, si le plaisir ne peut être une fin, explique encore Aristote6, il doit accompagner tout acte qui atteint sa fin, comme le signe de sa perfection et l’ornement de sa beauté. Quelle est la fin de l’union sexuelle ? Non pas le plaisir érotique individuel voulu comme une fin, mais ce plaisir voulu dans la recherche du dialogue des corps et réalisé dans l’enfant qui naît de l’intime relation de deux personnes qui deviennent une «seule chair».


Comme c’est le même acte qui aime et qui procrée, c’est aussi le même amour qui aime l’époux ou l’épouse et qui aime l’enfant.


Cela ne signifie pas que les époux doivent «se reproduire comme des lapins», dit le Pape François avec humour7 ! Cela signifie que les époux qui se donnent mutuellement l’un à l’autre doivent aimer en toute vérité, non seulement leur être personnel, mais aussi l’enfant qu’ils peuvent engendrer et en qui est déjà aimée toute l’humanité qu’ils ont mission de gouverner8. Comme c’est le même acte qui aime et qui procrée, c’est aussi le même amour qui aime l’époux ou l’épouse et qui aime l’enfant, et qui remplit la mission confiée de gouverner le cosmos. Il n’y a pas deux actes, il n’y a pas deux amours. Il n’y a pas deux fins.

L’adoption assume l’acte des parents naturels

Mais alors, ceux qui adoptent parce qu’ils sont inféconds ?

L’adoption, insinue Luc Ferry, est la manifestation du fait que le désir et l’amour de l’enfant sont différents de l’amour charnel qui unit l’homme et la femme dans la recherche d’un plaisir érotique signe de leur amour mutuel. Ceux qui adoptent choisissent librement d’avoir une paternité et une maternité, et ils ne le choisissent ni pressés par l’aiguillon de l’érotisme, ni par la contrainte hormonale. C’est un acte volontaire et libre ! Est-ce si évident ? Et, si c’est évident, qu’est-ce que cela change ?

L’adoption est dans l’humanité une vieille histoire. Elle existait dans l’Empire romain, où elle était pratiquée surtout dans les grandes familles, même dans la famille impériale. L’empereur choisissait un héritier et l’adoptait en lui donnant le droit à sa succession. Ainsi, Octave Auguste était le fils adopté de Jules César, Néron le fils adopté de l’empereur Claude. Cette adoption légale était une façon propre au pater familias de déterminer l’héritier de son choix. Cette forme d’adoption fut celle du Moyen Âge. Elle dura en France jusqu’en 1800 et reçut, sous l’influence de la chrétienté, une nouvelle législation dans laquelle elle était plutôt considérée comme un acte de bienveillance et de charité. Elle évolua en deux formes légales : l’adoption simple, par laquelle l’adopté garde ses droits juridiques, entre autres les liens avec sa famille d’origine si elle a pour lui de l’importance, et l’adoption plénière, où tous les liens avec l’origine disparaissent, l’adopté étant totalement inséré dans sa nouvelle famille et jouissant des mêmes droits que les autres enfants réels ou potentiels.

Par ses aspects juridiques, la pratique de l’adoption revêtit une forme légale qui la fit ressembler de plus en plus aux liens que créent la conception et l’enfantement naturels. La similitude, cependant, dépasse la simple imitation que lui confèrent des statuts juridiques. Pourquoi, en grande partie, deux époux se décident-ils à adopter un enfant ? Uniquement pour des motifs de bienveillance et de charité ? Dans la plupart des cas, l’adoption relève des mêmes motifs que la décision de procréer : le désir de l’enfant comme un sens à donner à leur vie conjugale et comme une façon de répondre psychologiquement et socialement aux besoins de «normalité» de l’union conjugale, quelle que soit la forme légale qui a présidé à cette union. Ne pouvant pas considérer l’enfant adoptable comme le fruit de leur propre chair, les époux adoptants veulent créer une relation qui ne soit pas uniquement juridique, mais qui soit le fruit de leur amour.

La similitude est étroite. Sociologiquement, elle est suffisamment apparente pour donner le change. Psychologiquement, elle peut être la source de bien des déceptions et des souffrances. Car tout enfant adopté a une histoire, si mince soit-elle, qui n’est pas et ne sera jamais celle de la continuité charnelle avec ses parents adoptifs. Il a non seulement biologiquement, mais véritablement, un père et une mère qui l’ont conçu et engendré. Il est le fruit d’un acte conjugal réel, et il en porte dans son corps les signes visibles et cachés. Il porte aussi la blessure de la séparation. Et cela est ineffaçable ! Ces liens et ces marques charnels, les parents adoptifs ne peuvent les tenir pour nuls. Ils le peuvent d’autant moins que les différences entre eux et l’enfant sont visibles, comme le montre l’adoption internationale.


L’enfant adopté l’est parce que les parents l’ont librement choisi ; l’enfant conçu existe et naît naturellement parce que ses parents l’ont librement voulu.


Légiférant sur l’adoption, le législateur a eu le souci de préserver la similitude de la famille en procurant à l’enfant un milieu de vie psychologique et social qui respecte le lieu normal de l’éclosion d’une vie humaine. Ces préoccupations du législateur ne suppriment pas les difficultés propres à la vie conjugale et familiale : tensions, disputes, colères, infidélités. Elles ne suppriment, non plus, les inconnus : que sera cet enfant ? Quelles seront ses difficultés physiques, psychologiques, sociales ? À peu de choses près, les difficultés sont les mêmes. L’enfant adopté l’est parce que les parents l’ont librement choisi ; l’enfant conçu existe et naît naturellement parce que ses parents l’ont librement voulu et choisi. Bien que cette liberté puisse souvent se réduire à un consentement de fait, même si ce consentement est entaché d’involontaire, l’enfant n’est pas une erreur biologique. Il est le fruit d’un acte naturel que ses parents ont accepté de poser en voulant ou en prenant le «risque» d’une nouvelle conception. On pourrait objecter que ce n’est plus le cas si l’acte procréateur est un viol. L’objection est à peine recevable, car le fait de garder l’enfant est un acte voulu et consenti librement, quel qu’en soit le motif et quelles qu’en soient les difficultés.

Quoi qu’il arrive, l’enfant adopté n’est pas le fruit de deux actes différents : l’un qui serait un acte d’engendrement, l’autre qui serait un acte d’amour. L’acte d’amour des parents adoptifs ne se substitue pas à l’acte des parents naturels : il l’assume et le prend en charge dans sa nature et dans ses faiblesses. Il n’y a pas substitution, il y a rédemption ! L’amour conjugal des parents adoptifs est créateur et assomptif de l’amour des parents naturels ; il donne un sens plénier à leur désir de fécondité. Ainsi, l’enfant adopté n’a pas deux pères et deux mères ; il est le terme d’un seul amour maternel et paternel assumé par deux couples différents, dont le premier l’ont conduit à «être» et le second à grandir dans l’«être donné». C’est même le cas lorsqu’une personne seule – homme ou femme – adopte un enfant ; cet enfant ne jouira que d’un amour maternel ou paternel, comme l’enfant orphelin qui n’aurait plus qu’un seul parent, lequel doit se tourner vers l’entourage familial pour compléter ce qui manque à son amour maternel ou paternel.

PMA et GPA : sans acte conjugal, pas de relation parentale

Il n’en est pas de même lorsque la fécondation est le fruit d’une PMA ou d’une GPA. La fécondation d’un ovocyte par une PMA ne peut, en aucun cas, être une similitude d’une fécondation par un acte sexuel complet. En clair, ce n’est pas une fécondation par un acte paternel et maternel. Bien qu’il y ait ovocyte et spermatozoïde, il n’y a pas l’acte fondateur d’une relation de l’homme au corps de la femme et sa réception chez la femme ; l’instrument médical remplace l’organe de l’homme. Or, c’est précisément cet acte qui fonde la relation parents (homme et femme unis dans une seule chair)-enfant.


Avec la PMA, on substitue à la relation conjugale un acte biochimique, qui n’est pas un acte d’amour conjugal.


Autrement dit, le corps féminin reçoit dans son utérus un œuf fécondé d’une manière extrinsèque, et on le féconde comme on fait quand on féconde une vache. Alors, que fait-on ? On substitue à la relation conjugale un acte biochimique, qui n’est pas un acte d’amour conjugal. Or, c’est la relation conjugale qui est la source de la relation parentale, non l’instrument que sont le spermatozoïde et l’ovocyte. Cette fécondation artificielle est, pour le coup, une véritable substitution. Elle n’est plus une assomption. D’une part parce qu’elle n’assume rien, puisqu’il n’y a aucun acte conjugal ; d’autre part parce qu’elle se substitue à un véritable acte humain libre et volontaire. Aucun instrument ne peut être la source d’une relation humaine. Le chirurgien peut opérer son malade avec un robot, mais ce n’est pas le robot qui a la responsabilité de l’opération. C’est le chirurgien qui opère, non le robot. Ainsi ce n’est pas l’union d’un ovocyte et d’un spermatozoïde qui crée une relation de paternité et de maternité, c’est l’agir conjugal qui en porte la responsabilité. À un acte dont la dignité exhausse l’homme à toucher la divinité, on substitue un acte qui relève de l’art ou de la technique. On n’engendre plus ! On fabrique des «humains» avec du matériel humain.

Ainsi, comme le voudrait Luc Ferry, ce ne sont pas uniquement les caractères de la liberté et du volontaire qui commandent la relation de paternité, c’est la qualité humaine fondée sur l’amour conjugal, source de l’amour paternel. Un enfant fabriqué n’est pas un enfant engendré ! Face à deux enfants, l’un «fabriqué» et l’autre «engendré», qu’est-ce qui change, alors qu’ils semblent identiques ? Toute la relation de l’homme à l’univers cosmique ! L’homme perd son droit et sa mission d’exercer un dominium sur la nature. Le robot prend sa place ! Le robot est roi ! L’enfant devient un objet, un artefact. Il n’a plus le droit d’être aimé pour lui-même. Il est un jouet, une poupée que l’on fabrique pour se consoler d’avoir perdu le combat de l’humanité. Voilà la raison pour laquelle une PMA ou une GPA ne peuvent et ne pourront jamais remplacer une conception par un acte conjugal et une éducation par un père et une mère.

Dans un prochain article, je me propose de traiter du problème du déclin de la masculinité et de l’abolition de la paternité. Le robot-roi n’a pas besoin d’un père, même si l’on maintient la fiction de la maternité.

Aline Lizotte

 


1Le Figaro du 21 novembre 2018.

2 – Voir Gerhard von Rad, Genesis, The Westminster Price, édition révisée, 1973, p. 60. Exégète très connu et spécialiste des écrits de la Genèse, Gerhard von Rad fait remarquer que la création de l’homme a une signification rétroactive sur toutes les créatures non humaines. Elle leur donne une nouvelle relation à Dieu. Les choses créées, en plus d’être créées par Dieu, reçoivent une responsabilité à l’égard de Dieu. Elles la reçoivent en raison du dominium de l’homme, elles reçoivent la dignité appartenant au domaine spécial de la souveraineté divine. «Thus man’s creation has a retroactive significance for all nonhuman creatures; it gives them a new relation to God. The creature, in addition to having been created by God, receives through man a responsibility to God; in any case, because of man’s dominion it receives once again the dignity belonging to a special domain God’s sovereignty.» Ce domaine spécial de la souveraineté divine est bien indiqué en Gn 9, 1-7. Dieu, après s’être engagé à ne plus détruire la terre des vivants, étend le pouvoir de l’homme sur tous les vivants ; il lui est permis de tuer les animaux pour se nourrir. Cependant, «il ne peut manger la chair avec l’âme», c’est-à-dire qu’il ne peut prendre la vie de l’homme qui appartient d’une manière spéciale à Dieu, parce que l’homme est fait à son image. Ainsi, par l’homme, le cosmos et toute la création des non-humains sont ordonnés à l’homme et bénéficient de ce fait d’une nouvelle dignité, celle de lui permettre de vivre et de rendre hommage à la souveraineté divine (Cf. ibid., p. 132).

3 – Voir l’article : «Oui, Monsieur Ferry, la nature humaine existe» du 30 novembre 2018.

4Aristote, De la génération et de la corruption, II, 10 836 b 25 sq ; De la génération des animaux, II, I 731 b23-732 a 1 ; De l’âme, II, 4 415 b 1-7 ; Platon, Le Banquet, 206e– 208d.

5 – Voir aussi Molière, Le Don Juan, Acte 1, scène, 2 : à Sganarelle qui décrit à merveille la personnalité séductrice de son maître, alors que ce dernier se glorifie de son choix de vie devant son valet qui lui rappelle les devoirs de sa conscience, Don Juan réplique : «Va, va, c’est une affaire entre le Ciel et moi, et nous la démêlerons bien ensemble, sans que tu t’en mettes en peine.»

6 – Cf. Aristote, Éthique à Nicomaque, L. X, 1174 b12-1176 a29.

7 – «Certains pensent, excusez-moi du terme, que pour être de bons catholiques, il faut se comporter comme des lapins, mais ce n’est pas le cas.» (Pape François, 20 janvier 2017, conférence de presse à bord de l’avion papal de retour des Philippines).

8 – Les époux qui, pour des raisons proportionnées, choisissent de s’unir selon la méthode des rythmes, ne changent rien à l’ordre de l’acte conjugal. Ils ne font qu’utiliser les périodes agénésiques propres au cycle féminin et qui protègent le bien de l’enfant.

 

Télécharger le texte de cet article

>> Revenir à l’accueil