Les gilets jaunes à Paris
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Aussi intense que la couleur du fameux gilet qu’ils arborent, la colère des «gilets jaunes», d’abord centrée sur la hausse des prix du carburant automobile, s’est étendue à d’autres revendications, jusqu’à la démission du président de la République française. Cette fièvre soudaine révèle-t-elle une pathologie grave au sein de la société française ? D’où vient-elle et comment y remédier ?

Samedi dernier, la photo officielle du G20 qui se tenait en Argentine, et sur laquelle les dirigeants des grandes nations étaient parfaitement alignés, contrastait avec les images des plus belles avenues de Paris aux mains de casseurs, infiltrés dans les attroupements des gilets jaunes.

Depuis quelques semaines le gouvernement cherche à comprendre comment il s’est fait déborder par ce mouvement, et il a dû changer de cap. Car, malgré ses déclarations, le gouvernement a bel et bien reculé sur l’augmentation des taxes sur les carburants, en particulier sur le diesel, qui devaient s’appliquer au premier janvier prochain.

Quelle fut la première goutte dans le vase ?

Quand le vase déborde, on ne sait déjà plus qui a versé la première goutte, et c’est bien là la question…

Le «ras-le-bol» fiscal n’est pourtant pas nouveau… De la même façon, nos dirigeants actuels et passés n’ont pas non plus épargné les Français de critiques, et l’on se souvient des qualificatifs tels «pauvre con», «sans dents», «ceux qui ne sont rien», etc. Le contraste entre la France d’en haut et celle d’en bas n’est pas non plus récent, tout comme l’opposition entre Parisiens et provinciaux…

Une des explications est à chercher dans l’incohérence entre les promesses de campagne et la réalité. Il y a, bien sûr, les promesses qui ne sont jamais tenues. Cependant, le président Macron a été élu sur un engagement de faire de la politique différemment, en tournant le dos à l’ancien monde. En faisant fi des corps intermédiaires, syndicats, partis politiques, qui n’étaient plus des interlocuteurs crédibles à ses yeux, il a laissé le champ libre aux revendications, certes légitimes, mais très individuelles, permettant des mouvements de protestation aussi déstructurés qu’imprévisibles. C’est en quelque sorte l’arroseur arrosé, car le «nouveau monde» s’est retourné contre lui.

L’étincelle a sans doute été l’affaire Benalla, du nom de ce conseiller de l’Élysée qui s’est cru tout permis et que l’on a laissé faire. La révélation des passe-droits et avantages obtenus par lui nous a fait réaliser que le «nouveau monde» ne l’était pas vraiment, en tout cas qu’il était loin d’être meilleur.

À cette occasion, on a découvert que la violence physique ou verbale n’était pas aussi réprimée qu’on le pensait… ce qui n’est pas sans rapport avec les comportements observés lors des récentes manifestations : les CRS et gendarmes mobiles lourdement équipés pour assurer la sécurité des manifestants ne font plus peur à personne et ont été violemment attaqués. Les réactions politiques ont été assez molles eu égard à la gravité de cette situation.

Un tournant dans le quinquennat

Les manifestations répétées, calmes et non violentes, ont montré leur inefficacité, comme celles qui ont eu lieu à l’occasion du projet de loi sur le mariage pour tous, puisqu’elles n’ont pas empêché que cette loi soit votée… alors que la persistance du mouvement des gilets jaunes et les violences récentes auront eu raison de la détermination du gouvernement. On est vraiment dans un nouveau monde !

Cet épisode marquera un tournant dans le quinquennat, et les réformes futures envisagées devront être abordées différemment par le gouvernement. Au demeurant, le mouvement des gilets jaunes a réussi ce tour de force d’installer une nouvelle «marque» dans le paysage, sans avoir eu recours à des spécialistes du marketing, ni à de coûteuses campagnes de publicité…

La colère n’est pas calmée pour autant, car la grogne monte dans les lycées, les routiers menacent de faire grève et les reculades récentes du gouvernement vont immanquablement faire germer de nouvelles revendications. Le mois de décembre sera incontestablement compliqué à vivre, et janvier va amener son lot de mauvaises surprises avec, outre la mise en place du prélèvement à la source – mesure qui porte en elle le renforcement des comportements individuels au détriment de la solidarité familiale –, mais aussi le lot des augmentations habituelles à cette période.

La loi n’a pas pour vocation à répondre aux revendications individuelles, fussent-elles sincères. Il est grand temps que les corps intermédiaires, syndicats, partis politiques, etc., existants ou à inventer, redeviennent une véritable force de proposition et soient un instrument de dialogue avec le gouvernement en place, pour promouvoir une société meilleure pour tous.

Alexandre Germain

Photo : Eric Dessons / JDD / SIPA

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