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Établir des lignes directrices : un sommet sur les agressions sexuelles dans l’Église

Le pape réunira, du 21 au 24 février 2019, une grande majorité des présidents des conférences épiscopales, pour discuter du problème des agressions sexuelles sur mineurs.

Christopher Lamb, dans le magazine The Tablet, y voit l’ouverture d’un nouveau chapitre sur les agressions :

Logo de The Tablet

«[Il s’agit d’NDLR] une tentative pour mettre fin aux réponses ponctuelles et localisées de cette crise qui, pendant des années, a été évoquée par les responsables de l’Église comme un problème américain ou irlandais. Cela met aussi fin à la stratégie officieuse du Vatican visant à gérer les scandales liés aux agressions, qui consistait à laisser les évêques prendre le relais et nettoyer les dégâts. […] Le pape François comprend cela et insiste sur le fait que le scandale doit être traité comme par “une seule Église” et non par une conférence épiscopale. […] Pour le pape, il faut aller au-delà de l’élaboration de codes de conduite : il faut s’attaquer à la cause profonde qu’il qualifie de cléricalisme, qui est l’abus de pouvoir dans l’Église.»

Le magazine Crux s’est entretenu avec Teresa Kettelkamp. Elle a été chef du bureau de la protection de l’enfance à l’USCCB (la Conférence épiscopale des États-Unis d’Amérique) et membre de la Commission pontificale pour les mineurs. Elle considère que la réunion du pape est le seul moyen d’avoir une réponse efficace aux agressions :

Logo de Crux

«C’est un problème démoniaque, mais je pense que le pape veut nous dire : “Attendez une minute, c’est un problème global et je veux que nos violons soient accordés pour agir. Il n’y a pas d’Église américaine, d’Église chilienne, d’Église italienne, mais une Église universelle, et je veux que nous soyons tous sur la même longueur d’onde en utilisant les mêmes processus.” Ils [les présidents des différents épiscopats, NDLR] ont sans doute des cultures différentes, mais pour mettre ce problème au centre de la réflexion en février, le pape veut qu’ils soient éclairés avant de prendre une décision individuelle et définitive. […] Cela aidera les conférences qui n’ont pas de lignes directrices. […] Il serait donc recommandé de les suivre et de les adapter en fonction des conférences. […] Les principes sont les mêmes. […] Les victimes, l’éducation, l’enquête sur les allégations, la formation et la sélection [sont les mêmes, NDLR].»

La solution paraît séduisante. Des lignes directrices permettraient une harmonie dans la réponse aux agressions. Une adaptation locale permettrait d’affiner cette réponse, en fonction des spécificités nationales. À condition de bien définir la véritable cause profonde des agressions sexuelles…

La France rit jaune…

À Paris, 8 000 (?) gilets jaunes ont manifesté aux Champs-Élysées. La manifestation était originellement prévue au Champ de Mars. Les forces de l’ordre ont fait face à des casseurs durant toute la journée.

Il s’agit, selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, d’un retour des groupes d’extrême-droite. Cependant, aucune des personnes interpellées n’est d’extrême-droite !… L’essayiste Barbara Lefebvre dénonce dans Le Figaro une stratégie «grossière» :

Logo du Figaro

«On comprend bien la stratégie du ministre Castaner avec ses gros sabots pour évoquer le 6 février 1934 quand on l’interroge sur un tweet de la présidente du Rassemblement national. Il s’agit d’une part de remettre Marine Le Pen au centre de l’échiquier politique comme principale opposante au président Macron à l’orée des européennes, et d’autre part d’entretenir la figure démoniaque du “fascisme lepéniste” aux portes du pouvoir dans la perspective de 2022. Seul un nouveau face-à-face Macron-Le Pen pourrait permettre au président un second quinquennat au train où vont les choses. La manœuvre paraît grossière, mais tout est bon pour que le “nouveau monde” se maintienne au pouvoir, y compris fausser le jeu politique et construire des face-à-face sans avenir pour le peuple français.»

Le ministre de l’Intérieur oppose l’État à la menace «fasciste». Le président de la République oppose «les progressistes» aux «réactionnaires». Le procédé n’est-il pas usé jusqu’à la corde ? Les préparatifs des élections européennes vont bon train…

Le Times de Londres explique :

Logo de The Times

«[Il s’agit du, NDLR] défi le plus grave jamais rencontré par le président Emmanuel Macron. […] Macron, qui est arrivé au pouvoir en mai dernier, a été pris par la rapidité avec laquelle une manifestation spontanée et populaire contre une augmentation de la taxe sur le diesel s’est transformée en une vague de mécontentement. Les manifestants viennent principalement des petites villes et des campagnes – ce que l’on a surnommé la “France de la périphérie” – et la population semble avoir peu confiance en un dirigeant qu’ils qualifient de “président des riches”. […] De manière alarmante pour Macron, un sondage publié jeudi indiquait que 77 % des Français pensaient que le mouvement était justifié – une augmentation de trois points par rapport à il y a cinq jours. Le prix du diesel, le carburant le plus utilisé en France, a augmenté d’environ 23 % au cours des 12 derniers mois, pour atteindre une moyenne de 1,51 euro le litre, son plus haut niveau depuis le début des années 2000. Bien que les prix mondiaux du pétrole aient reculé, le gouvernement a augmenté sa taxe sur les hydrocarbures sur le diesel de 7,6 % cette année et prévoit une nouvelle hausse de 6,5 % en janvier, soit le double de celle de l’essence, jugée moins polluante.»

Le Washington Post met en avant les préoccupations écologiques d’Emmanuel Macron et ses échecs :

Logo du Washington Post

«Environ 48 000 personnes meurent chaque année en France de causes liées à la pollution, selon le groupe de surveillance de la santé publique en France. Depuis son élection, Macron a cherché à se positionner comme l’un des principaux acteurs de l’action sur le changement climatique – en contraste notable avec Trump. Lorsque Trump a retiré les États-Unis de l’accord historique de Paris sur le climat, signé en 2015, Macron a invité les climatologues américains à poursuivre leurs recherches en France. En anglais, il a même joué sur le slogan de la campagne de Trump : “Make Our Planet Great Again”. Malgré ces interventions publiques, le président français a été critiqué chez lui pour ne pas avoir fait beaucoup de progrès sur la question du climat.»

Le Wall Street Journal donne des arguments intéressants concernant les gilets jaunes et les syndicats traditionnels :

Logo du Wall Steet Journal

«Contrairement aux manifestants de rue français typiques, les gilets jaunes constituent un mouvement mal organisé, qui ne s’identifie pas officiellement avec les partis politiques ou les syndicats. Les manifestants ont un point commun : ils représentent un mouvement en majorité rural et ouvrier qui se sent marginalisé par M. Macron et par sa volonté de refondre l’économie française.»

Le mouvement est populaire sans être populiste ! De quoi mettre en cause les a priori de beaucoup de médias…

L’Ukraine voit rouge !

Entre l’Ukraine et la Russie, les relations sont tendues. La Russie a récupéré la Crimée : un rattachement que l’Union européenne et l’Ukraine ne considèrent pas comme légitime. Il y a quelques jours, la marine russe a intercepté trois navires militaires ukrainiens dans le détroit du Kertsch.

Ce détroit a fait l’objet d’un accord entre l’Ukraine et la Russie en 2003 pour le passage des navires de la mer Noire à la mer d’Azov. Depuis la conquête de la Crimée, quid de cet accord ? En Ukraine, le président Porochenko a déclaré la loi martiale, disant craindre une invasion russe. Les journalistes français donnent un autre point de vue, plus politique.

Le Figaro souligne que de nombreux observateurs prêtent des intentions politiques au président Porochenko, pour une réélection dans les mois à venir :

«“Le problème le plus important est celui de l’élection, confirmait avant le vote Oleksiy Melnyk, politologue et directeur du Centre de sciences sociales Razoumkov, car nous allons entrer dans la période officielle de 90 jours de campagne avant le scrutin. Une loi martiale de 60 jours équivaudrait à repousser l’élection.” Or, à Kiev, nombreux étaient les observateurs prêtant à Petro Porochenko cette intention. “Bien sûr, il y a des agendas cachés, mais Porochenko devrait comprendre l’importance de cette élection présidentielle pour la société, même si certains de ses conseillers veulent jouer cette carte pour étendre son séjour au pouvoir”, poursuit Oleksiy Melnyk. Selon lui, le projet de loi martiale comporte avant tout une “dimension psychologique importante”, afin “d’attirer de nouveau l’attention sur le conflit”, de la part notamment de la communauté internationale.»

Le journal Le Monde évoque également cet intérêt pour l’élection ukrainienne :

Logo du journal Le Monde

«Une partie de l’opposition soupçonnait M. Porochenko de vouloir instrumentaliser les événements de dimanche à des fins électorales, notamment en retardant la tenue du scrutin. Le président sortant, qui ne fait pas mystère de vouloir briguer sa réélection, est, en effet, à la peine dans les sondages, à plus de dix points de la favorite, l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko. S’il peut espérer profiter du climat de tension provoqué par la crise, et faire oublier les critiques sur son manque de résultats dans la lutte contre la corruption, M. Porochenko a, en tout cas, donné des gages quant au processus électoral. “La loi martiale correspond bien à l’image de commandant en chef que le président veut mettre en avant durant la campagne, celle d’un président fort dans la crise, estime la chercheuse Ioulia Shukan. Mais, dans le même temps, les négociations avec le Parlement et les concessions qu’il a dû faire l’affaiblissent.”»

Mais quel est l’enjeu des tensions entre Ukraine et Russie ? L’autonomie de l’Ukraine n’est-elle pas en train de se jouer sur des considérations de prestige politique ?

Pierre Hardon

 

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