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Lourdes : naissance d’une commission indépendante !

À l’issue de la réunion de la conférence des évêques de France à Lourdes a été décidée la création d’une commission indépendante chargée de se pencher sur la question des agressions sexuelles dans l’Église. Cette commission sera dirigée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État. L’ensemble de la presse semble unanime sur la pertinence d’une telle commission.

Guillaume Goubert, pour le journal La Croix, affirme qu’il s’agit d’une «lumière» qui naît à Lourdes :

Logo du journal La Croix

«Il était très important que les évêques prennent l’initiative de cette commission d’enquête. Afin de montrer qu’ils ont pris toute la mesure d’un “secret de famille” d’autant plus destructeur pour la confiance dans la communauté ecclésiale qu’il est mal cerné. Et, afin de ne pas laisser l’initiative d’une investigation à des acteurs politiques qui auraient pu l’instrumentaliser à d’autres fins que les seules légitimes : rendre justice aux victimes et prévenir mieux encore les abus. […] Regarder en face cette réalité est une lourde épreuve – les journalistes de La Croix qui travaillent sur ce sujet peuvent en témoigner. Personne ne peut y trouver de satisfaction. Mais ce passage est indispensable. Seule la vérité redonnera à l’Église, à toute l’Église, la pleine liberté d’annoncer la Bonne Nouvelle qui lui est confiée.»

Pour le journal La Vie, Jean-Pierre Denis évoque une commission «utile», quoique «tardive» :

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«L’épiscopat français a pris, collectivement, une bonne, douloureuse et courageuse décision, et trouvé pour la porter un homme au-dessus de tout soupçon. […] Une semaine après l’annonce, j’ai beau tourner ma plume en tout sens, quelque chose me retient d’applaudir sans réserve. Ce quelque chose, c’est la prudence. Il reste à voir jusqu’où iront les prérogatives de cette nouvelle instance. Accédera-t-elle à toutes les archives et à tous les acteurs concernés ? Sera-t-elle libre de tout dire ? Jusqu’où écoutera-t-on ses éventuelles préconisations ? Ce ne sont pas des questions oiseuses ou des hypothèses d’école. […] À la prudence s’ajoute une certaine colère, pour ne pas dire de la rage. […] La presse chrétienne est sans doute un peu pénible, mais je crois que l’on gagnerait, parfois, à l’écouter. Cela éviterait de devoir courir derrière les trains pour tenter de les rattraper.»

Toujours dans La Vie, le choix de Jean-Marc Sauvé est salué, quoique son profil «catholique» soit remis en cause par certaines victimes :

«“Au titre de son parcours, je pense que c’est un choix incontestable, commente pour sa part Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref). C’est un grand serviteur de l’État, qui a montré par mille missions périlleuses et difficiles qu’il était à la hauteur de la situation avec impartialité. C’était difficile de trouver mieux.” Son engagement à la Fondation Apprentis d’Auteuil, par ailleurs, “montre un intérêt pour des enfants ou des jeunes sérieusement abîmés par la vie. On peut penser que cet homme travaillera avec une totale intégrité et aussi avec un souci constant des personnes victimes”. […] Un profil de “catholique engagé” qui interpelle tout de même une victime : “Je trouve son profil très… catholique. Je ne dis pas qu’il ne faut pas qu’il le soit, mais j’ai peur qu’il soit trop proche de l’Église pour pouvoir regarder les choses avec distance. Il me semblera important qu’il s’entoure de personnes non catholiques. Nous avons besoin de ce regard extérieur.”»

Ne pas être catholique est-il devenu synonyme d’être honnête et impartial ?

Enfin, Jean-Marie Guénois, pour Le Figaro, affirme qu’il faut «conjurer le soupçon» général «qui pèse sur les prêtres» :

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«Ce phénomène est jugulé, même si des affaires demeurent ici et là. […] À cet égard, l’exemple emblématique de la Pennsylvanie, aux États-Unis, est très instructif. Quand la commission judiciaire indépendante de cet État a publié, le 20 août dernier, le chiffre de 301 prêtres ayant abusé environ 3 000 victimes sur une durée d’étude de 70 années, elle n’a jamais précisé la réalité actuelle du dossier. Or, en 2017, les mêmes six diocèses de Pennsylvanie ont enregistré… deux affaires de pédophilie pour 2 509 prêtres en activité. La publication de chiffres bruts du passé des cas de pédophilie dans l’Église contribue donc à nourrir un amalgame. Beaucoup dans l’opinion finissent par se convaincre qu’un prêtre catholique est probablement un pédophile. Ce qui est rigoureusement inexact, et encore plus aujourd’hui selon les données chiffrées objectives et vérifiables.»

Dire toute la vérité exige de scruter le passé, sans oublier le présent !

Baltimore : suspension du projet d’une commission indépendante !

Aux États-Unis, la conférence des évêques s’est réunie à Baltimore du 12 au 14 novembre pour prendre des mesures contre les pratiques de cover-up des évêques. Alors que le vote portant sur la création d’une commission pour traiter des abus sexuels allait se dérouler, le cardinal DiNardo, le président de la conférence, a annoncé qu’à la demande du Vatican, il n’y aurait pas de vote, les documents envoyés à Rome étant arrivés trop tard.

Dans le National Catholic Register, Ed Condon relève la déception du cardinal DiNardo :

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«Avant la réunion des évêques, deux documents ont été distribués : un projet de “Code de conduite” pour les évêques et une proposition visant à créer une nouvelle commission d’enquête spéciale chargée de traiter des accusations lancées contre des évêques. Ces propositions étaient considérées comme la meilleure chance, pour les évêques, de produire un résultat concret lors de la réunion et d’indiquer aux fidèles américains qu’ils agissaient avec détermination face à une série de scandales qui ont secoué l’Église aux États-Unis ces derniers mois. S’exprimant avant même que la session ne soit ouverte, le cardinal DiNardo a dit aux évêques qu’il était clairement “déçu” de la décision romaine. Il a déclaré que, malgré l’intervention inattendue de Rome, il espérait que la réunion serait fructueuse et que les délibérations contribueraient à améliorer les mesures prises par les évêques américains.»

Edward Pentin, toujours pour le National Catholic Register, souligne que les motivations du Vatican ne sont pas claires :

«Qu’importe les raisons cachées de la décision du Vatican, une autre clef de lecture est l’apparente contradiction entre cette décision et la passion du pape pour la collégialité. Une comparaison peut être faite avec une récente décision, quand la Conférence des évêques allemands a autorisé l’intercommunion pour les époux protestants dans certains cas, malgré les protestations de sept évêques allemands et d’autres épiscopats du monde, qui ont dit qu’il s’agissait d’un problème de foi universelle exigeant la participation de tous les évêques et du pape. Le pape a néanmoins autorisé la conférence à aller plus avant, n’intervenant que quelques mois plus tard, après que des évêques concernés eurent envoyé une lettre à trois dicastères du Vatican exposant leurs préoccupations.» […] La semaine dernière, la Conférence des évêques de France a décidé de créer une commission indépendante et externe chargée de lutter contre les abus sexuels au sein de l’Église du pays. Toutefois, le Vatican n’a pas reporté cette décision après février. Les évêques italiens se réuniront également cette semaine et devraient publier de nouvelles directives sur les abus sexuels.»

Christopher White, pour le magazine Crux, explique que la période importante aux États-Unis sera celle qui fera suite à la réunion au Vatican des différents présidents des conférences épiscopales au mois de février :

Logo de Crux

«Il existe actuellement deux propositions sur la façon de mettre en place de nouvelles structures de responsabilité des évêques, l’une qui serait une commission laïque nationale unique – ce qui était la proposition initiale – et une nouvelle proposition qui est apparue au cours des délibérations de cette semaine, qui s’appuie sur un réseau national de commissions d’examen établies et supervisées par leurs évêques métropolitains. McKnight a déclaré à Crux que, compte tenu des résultats de la réunion de cette semaine, la question de savoir si la réunion de février sera ou non à même de fournir ce dont nous avons besoin aux États-Unis suscite de plus en plus d’inquiétude. Il a déclaré qu’il soutenait la proposition du cardinal Blase Cupich de lundi, selon laquelle les évêques américains se réuniraient en mars après le retour de DiNardo de Rome.»

Il semble que le Vatican souhaite définir une stratégie générale de lutte contre la «pédophilie» et le «cléricalisme», qui oblige la conférence américaine à être patiente. La déception du cardinal DiNardo est étonnante : il a vu le pape François et lui a présenté une série de mesures il y a quelques mois.

L’Église en première ligne contre les trafics de jeunes femmes

Malgré les accusations de pédophilie qui défraient la chronique, l’action du Vatican et des organisations catholiques se fait sentir sur l’ensemble du globe. En matière de commerce sexuel, l’Église est en première ligne pour lutter contre les trafics de jeunes femmes entre l’Afrique et l’Europe.

Le journal The Economist, dans un article écrit par Erasmus, l’avoue, non sans que cela lui coûte :

Logo de The Economist

«Les plus grands défenseurs du Saint-Siège le reconnaîtront : ce n’est pas facile pour le Vatican de se mettre en avant sur la défense des jeunes vulnérables en ce moment. […] Les personnes qui travaillent sur le terrain (y compris celles éloignées de l’Église) reconnaissent que les œuvres inspirées par la religion catholique et les œuvres caritatives ont un rôle à jouer dans la lutte contre la traite d’êtres humains et le commerce sexuel, à un niveau plus élevé que leurs homologues laïques. Pour le meilleur et pour le pire, l’Église catholique et ses affiliés font partie des rares institutions activement présentes aux deux extrémités de la chaîne dans l’une des pires formes de trafic d’êtres humains au monde : le commerce sexuel entre l’Afrique de l’Ouest, et le Nigéria en particulier, et l’Europe, surtout l’Italie.»

Une information objective faite par une revue non catholique… Comme c’est étonnant !

Pierre Hardon

 

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