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Démission du cardinal Wuerl : l’homme du milieu

Le 21 septembre 2018, le cardinal Wuerl, archevêque de Washington, a demandé au pape d’accepter sa demande de renonciation à sa charge. Le pape lui a répondu favorablement le 12 octobre, soulignant la «noblesse» de son comportement. Cette renonciation fait suite au rapport de Pennsylvanie qui mettait en cause sa gestion des agressions sexuelles dans son diocèse de Pittsburgh dans les années 1980-1990 et aux soupçons concernant ses liens avec le cardinal McCarrick.

Les journaux anglo-saxons soulignent l’ambiguïté des positions d’un homme défenseur de la tolérance zéro pour les agressions sexuelles, mais inquiété dans ces affaires. John Allen, dans Crux, par exemple :

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«S’il [le cardinal Wuerl, NDLR] mourrait demain, son rôle dans les scandales d’abus sexuels ouvrirait sa nécrologie. […] Dans le cas de Wuerl, l’une des vérités est que, si la crise des abus est désormais un chapitre extrêmement important de son histoire, il ne s’agit pas pour autant de tout le récit. […] Dans la crise des abus, Wuerl est également perçu comme l’un des évêques américains les plus agressifs, soutenant et appliquant une politique de “tolérance zéro” […]. Il se dit en plaisantant de Wuerl que, qu’importe la pièce où il se situe, il en trouve instinctivement le centre et s’y tient. Ce profil de centriste forcené a souvent agacé ceux qui se tenaient en marge, mais a également permis de maintenir la cohésion de la conférence [des évêques des États-Unis, NDLR] solidaire dans les moments difficiles.»

Si le cardinal Wuerl avait une influence importante dans la conférence des évêques, le National Catholic Register, sous la plume du père Raymond J. de Souza, affirme que le cardinal a perdu la confiance de ses prêtres et qu’il s’agit de la raison principale de sa démission :

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«C’est le problème McCarrick qui l’a détruit. Précisément, ses insistances répétées à dire qu’il ne savait pas à propos de McCarrick, alors qu’au même moment l’archidiocèse de New York annonçait en juin que les allégations d’agressions sexuelles sur mineurs étaient “substantielles”. Ses prêtres ne lui font plus confiance. Ils pensent qu’il a menti aux fidèles et leur a menti. Quand l’archevêque Carlo Viganò a écrit que le cardinal Wuerl “mentait honteusement” dans son témoignage publié fin août, il confirme les conclusions que de nombreux prêtres de Washington avaient émises. […] Le facteur essentiel dans cette renonciation maintenant est qu’il n’a pu convaincre ses prêtres qu’il disait la vérité.»

Le journaliste Christopher Lamb, pour The Tablet, analyse cette renonciation à travers les mots du pape dans sa lettre au cardinal Wuerl :

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«La lettre implique que le pape François voit le cardinal comme une personne ayant commis des fautes dans sa gestion des abus, plus qu’une personne engagée dans une pratique de cover-up. Et le cardinal restera en place en tant qu’“administrateur apostolique” de Washington durant un court moment, le temps qu’un nouvel archevêque soit nommé. […] Le cardinal a été deux fois à Rome pour rencontrer le pape. En septembre, il a annoncé aux prêtres [de Washington, NDLR] qu’il discuterait de la question de la renonciation avec le pape François. [..] Dans sa lettre, le pape François écrit que la requête du cardinal “repose sur les deux piliers qui ont marqué et continuent de marquer [son] ministère : rechercher en toute chose la gloire de Dieu et offrir le bien au peuple qui [lui a] été confié”.»

Cette «faute de gestion» le New York Times la relève également, mais dans des termes plus virulents que Christopher Lamb :

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«[…] En indiquant qu’il considère les actes passés du cardinal Wuerl comme de simples “erreurs” et en lui permettant de rester membre de la puissante Congrégation des évêques, le pape renforce le sentiment qu’il ne comprend pas les dommages extraordinaires causés par des clercs […]. Le pape François est également lent à comprendre la gravité des abus sexuels au Chili en défendant au début les évêques et en n’agissant qu’après avoir écouté les victimes encore en vie. […] Le Vatican a besoin de faire de vigoureux et sincères efforts pour reconnaître les dommages provoqués par les prêtres-prédateurs et les fonctionnaires du Vatican […]. Le pape doit faire un bien meilleur travail en démontrant à chaque occasion qu’il n’existe aucune “noblesse” dans la manière dont la prédation sexuelle a été répandue dans l’Église [et] qu’il ne tolérera pas la moindre “erreur” dans le traitement de tels abus».

Dans sa lettre, le pape fait une distinction entre «couvrir des crimes» et «commettre des erreurs». Puisque l’on insiste tant pour que les probables agressions sexuelles d’un petit nombre de prêtres dans l’Église catholique soient immédiatement déférées à la société civile, est-ce que cela signifie que cette dite société ne commettra aucune erreur dans le traitement des agressions sexuelles ? Qu’en pense le mouvement #MeToo ?

Le Washington Post, sous la plume de Michelle Boorstein, souligne la même idée chez les catholiques de Washington :

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«Vendredi, certains catholiques disent que le pape François – avec cette décision inhabituelle de garder le cardinal Wuerl en place pour un intérim – est en train de protéger un allié, négligeant la gravité de l’affaire du cardinal et sapant ses propres tentatives pour faire face avec force aux conséquences des abus. […] Les catholiques de Washington qui ont protesté et appelé à la démission du cardinal Wuerl disent que l’Église doit faire encore plus. […] “Quand il s’agit d’abus sur mineurs, ce ne peut pas être simplement ‘oups, j’ai tout gâché !’ Nous parlons d’enfants enfin !, dit un enseignant catholique. À la manière dont le prend le pape François, c’est comme s’il s’agissait d’une petite erreur. Ce n’est pas une petite erreur.” […] “Il est ironique que l’un des évêques qui a été meilleur que la plupart devienne le symbole de ces échecs”, affirme John Carr, un ancien employé de la conférence des évêques.»

Les allégations concernant Mc Carrick portent-elles sur ses relations avec des séminaristes ? Faut-il considérer que tous les séminaristes sont des enfants ?

Un schisme orthodoxe : entre politique et religion

L’Église orthodoxe russe a annoncé qu’elle «rompait tout lien» avec le patriarcat de Constantinople, qui a reconnu l’autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Ukraine (qui devient autonome). L’Église ukrainienne orthodoxe était dépendante du patriarcat de Moscou, le plus nombreux (150 millions de fidèles), dans une difficile communion avec le patriarcat de Constantinople et ayant une position de «primus inter pares» historique depuis le schisme de 1054. L’Ukraine est depuis le XVIIe siècle assujettie au patriarcat russe, leur histoire étant étroitement mêlée : l’Église orthodoxe de Russie considère qu’elle est née à Kiev avec le baptême du prince Vladimir Ier en 988, dans la Rus de Kiev. Contexte historique que le journaliste Neil MacFarquhar rappelle dans le New York Times :

«Kiev est considérée comme le berceau de l’orthodoxie russe. […] Ces mesures [incluent] la révocation d’une décision de 1686 qui [met] effectivement l’Église ukrainienne sous l’autorité de Moscou. Le patriarche de Constantinople a affirmé qu’il avait accordé à Moscou le droit d’approuver le patriarche de Kiev et qu’elle l’avait initialement octroyé […]. Diverses Églises de la foi orthodoxe ont rompu la communion au cours de son histoire longue de près de 2 000 ans, notamment en ce qui concerne la création d’Églises autonomes. L’Église russe elle-même a rompu avec Constantinople en 1996 pendant plusieurs mois sur la question du contrôle de l’Église en Estonie avant qu’un compromis ne soit trouvé. […] Les quelque 12 000 paroisses ukrainiennes constituent environ un tiers de toutes les paroisses de l’Église orthodoxe russe. Une Église autocéphale réduirait donc radicalement la taille de l’Église russe et affaiblirait sa vieille prétention de diriger l’ensemble de l’orthodoxie. […] La confrontation entre Moscou et Constantinople met le reste du monde orthodoxe dans une position délicate, obligé de choisir entre la richesse et le pouvoir accordés à l’Église russe par le Kremlin et les siècles de tradition de l’Église représentée par l’Église mère de Constantinople, maintenant connue sous le nom d’Istanbul.»

Le patriarcat russe considère en effet qu’il s’agit d’un vol, d’un braquage, comme le rapporte Jonathan Luxmoore dans le National Catholic Reporter, évoquant les déclarations des différents protagonistes. Dans cet article, il cite notamment les propos du métropolite Hilarion de Volololamsk, chargé des relations extérieures du patriarcat de Moscou. En affirmant l’autocéphalie de l’Église d’Ukraine, alors sous autorité du patriarcat de Moscou, Constantinople a commis, selon l’Église russe, une véritable «invasion» :

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« »La politique vile et perfide de Constantinople nuit non seulement à l’orthodoxie russe, mais à tout le monde orthodoxe », a déclaré à la chaîne de télévision Rossiya-24 le métropolite Hilarion Alfeyev, directeur des relations extérieures de l’Église russe. « La voie proposée maintenant est en fait un acte de vol qualifié contre le territoire d’une autre Église locale. C’est pourquoi l’Église orthodoxe russe considère les actions de Constantinople comme une invasion de son territoire canonique, une tentative de capturer son troupeau. » […] « Constantinople n’interfère pas dans les affaires d’une autre Église, mais agit dans le cadre de sa sphère canonique », a déclaré Getcha à l’agence de presse Cerkvarium d’Ukraine. « L’Ukraine ne fait plus partie de l’Empire russe ou de l’Union soviétique, et si une division de près de trente ans a laissé des millions de personnes en dehors de toute Église canonique, le patriarcat œcuménique a le devoir de prendre les mesures appropriées. » […] « L’octroi de l’autocéphalie à l’Église ukrainienne ne concerne pas que l’Église de Constantinople, mais concerne tous les orthodoxes », a déclaré Kirill à Bartholomé. « Les personnes qui ont pris le pouvoir lors d’un coup d’État pendant la période du Maidan appellent à l’autocéphalie pour renforcer leur autorité parce qu’elles détiennent le pouvoir illégalement. C’est pourquoi elles recherchent le soutien et le prestige du Patriarcat œcuménique. »»

Derrière la proclamation de l’autocéphalie de l’Église ukrainienne orthodoxe se développe un arrière-plan politique important, une lutte de pouvoir entre le patriarcat de Moscou, plus imposant par le nombre de fidèles, et le patriarcat de Constantinople, plus imposant par le prestige de sa primauté suite au schisme de 1054 avec le patriarcat de l’Église de Rome. Une lutte interne, qui dure depuis des siècles, pour la primauté dans l’Église orthodoxe.

Pierre Hardon

 

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