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Mgr Aupetit entre dans l’arène des débats sur la bioéthique

Dans un riche entretien accordé au Parisien, Mgr Aupetit, archevêque de Paris, a évoqué plusieurs sujets concernant l’avis rendu par le Comité consultatif national d’Éthique.
Concernant le statut de l’embryon :

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«Aujourd’hui […], il n’y a pas de statut juridique de l’embryon humain. Ce vide autorise des expériences et fait de lui un cobaye. Puisqu’on utilise de moins en moins les animaux, on va utiliser les embryons humains. Alors, est-ce que la larve de scarabée dorée sera plus protégée que l’embryon humain ? […] J’appelle les catholiques à se mobiliser par une parole […]. Une parole, si elle est juste, traverse l’Histoire et finit par triompher.»

En passant par la liberté des médecins :

«La liberté de conscience est le droit le plus fondamental de toute société. […] L’objection de conscience fait partie du droit médical, et elle est intouchable. […] Je peux vous dire que les médecins vont réagir durement si on y touche. […] Cela signifie qu’on entre dans une forme de dictature qui dit : “Vous n’avez pas le droit de penser, votre conscience doit être éteinte”.»

Tout autant que la «pédophilie», après la remise en cause du célibat ecclésiastique par les évêques d’Allemagne :

«Personnellement, je pense que la pédophilie n’est pas du tout liée au célibat. C’est une structure mentale, et il est possible que certains profils pédophiles se réfugient dans l’Église et dans le célibat. Mais la grande majorité d’entre eux sont mariés et pères de famille. Croire qu’en mariant les prêtres, il n’y aura plus de problème, c’est une douce illusion.»

Dans le Figaro du 1er octobre, Jean-Marie Guénois salue une «interview choc» :

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«Cela faisait longtemps qu’un prélat français ne s’était pas exprimé avec une telle netteté. […] Un langage, clair et net, qui tranche avec l’onctuosité ecclésiastique habituelle. Un discours libre, qui rompt avec la pensée cléricale française plutôt à l’aise à gauche, mais souvent paralysée de peur d’être récupérée à droite. […] Cet ancien médecin généraliste – il a exercé une dizaine d’années avant d’entrer au séminaire – sait tout simplement de quoi il parle.»

Mgr Aupetit a évoqué tous les aspects de la bioéthique dans son interview, de la clause de conscience au statut de l’embryon, de la PMA à la famille monoparentale, en absence de père.

Une enquête parlementaire pour «crever l’abcès» dans l’Église de France ?

Une pétition, lancée par Témoignage chrétien le 29 septembre 2018, appelle à la création d’une enquête parlementaire sur les problèmes d’agressions sexuelles dans l’Église de France.

Le journal La Croix, le 2 octobre, interroge Yann Raison du Cleuziou qui, s’il admet que le principe d’une enquête demeure pertinent, aborde le sujet avec prudence :

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«Il faut se méfier de l’effet de mimétisme avec les enquêtes menées aux États-Unis, en Allemagne et en Australie. Il serait très réducteur de penser qu’une telle enquête est opportune du simple fait que cela a été fait ailleurs. […] Ceci étant dit, il me semble que faire une telle enquête est nécessaire pour dégager des logiques structurantes. En France, par exemple, les problèmes de pédophilie ont jusqu’ici été présentés comme une série d’accidents sans liens entre eux. […] Il faut penser en amont l’autorité à laquelle on la confie, de laquelle dépendront ses effets réels. Pour cette raison, l’idée d’une commission parlementaire me laisse sceptique. D’abord, parce que le parlementarisme anglo-saxon, que les auteurs de la pétition ont probablement en tête, n’a rien à voir avec la France en termes de culture de l’investigation. […] De plus, une commission parlementaire sera toujours contestée sur sa légitimité et ses équilibres politiques. On voit bien d’ailleurs que les controverses sur la pétition de Témoignage chrétien portent moins sur son contenu que sur l’identité de ses signataires. Et il faut bien reconnaître que la liste de ces derniers donne à cette pétition des airs de réponse à la Manif pour tous, dans un contexte de mobilisation des anti-PMA.»

Même son de cloche du côté du Figaro, sous la plume de Jean-Marie Guénois, le 30 septembre :

«Le principe d’une enquête parlementaire soulève toutefois deux écueils juridiques. Sur le plan civil, ce type de travail est réservé au contrôle de l’activité du gouvernement. Sur le plan canonique, l’Église, sauf requête judiciaire, n’est pas tenue d’ouvrir ses dossiers.»

Interrogé dimanche par Le Parisien, le nouvel archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, ne s’est toutefois pas opposé à cette perspective :

«“Pourquoi pas ? Bien sûr ! […] C’est vraiment une question de justice. Si la société juge que c’est important pour davantage de clarté, si la situation montre qu’on a besoin d’une intervention extérieure à l’Église pour aller au bout des choses, je ne vois pas d’entorse à la laïcité.”»

Les évêques de France réfléchissent à la mise en place d’une enquête, au-delà du monde judiciaire, pour remonter dans l’Histoire, avec des études psychologiques. Le journal La Croix, le 3 octobre, affirme :

«Quelle est alors la solution la plus adaptée ? Les évêques pour l’heure «consultent». Ils pourraient mettre en place une commission indépendante d’historiens, comme celle que l’Église de France confia en 1990 à René Rémond pour faire la lumière avec une équipe de chercheurs sur son attitude sous le pontificat de Pie XII.»

Tout en rappelant les risques d’une récupération politique :

«La commission d’enquête parlementaire présente en effet plusieurs limites. Sur la forme, d’abord, elle ne peut agir que sur une période de six mois. […] Sur le fond, ensuite, l’Église, d’une part a ses fonctionnements propres, qu’il faut savoir décrypter. “Compétences que n’ont pas la plupart des élus”, relève une experte du dossier. D’autre part, dans le contexte actuel des débats bioéthiques, il semble bien difficile de penser que le travail parlementaire pourra être mené sans arrière-pensée ni récupération politicienne.»

L’on oublie ou l’on ignore qu’une enquête sur le problème des agressions sexuelles sur mineurs a été faite aux USA et qu’elle a un poids objectif et scientifique majeur. Il s’agit de l’étude menée par le John Jay College, Context for the Study of Sexual Abuse of Minors by Catholic Priest, in the United States, 1950-2010. Oui, une enquête de ce genre faite par de hautes compétences est absolument nécessaire. Autrement tout autre enquête partielle ou partisane ne fera qu’augmenter les blessures.

Ouverture du Synode sur «les jeunes, la foi et le discernement des vocations»

Le 3 octobre dernier, le synode des jeunes a ouvert ses portes au Vatican, réunissant près de 267 pères synodaux, 23 experts et 36 jeunes (18-29 ans). Un début de synode lancé par un discours du pape François, centré sur «les jeunes, la foi et le discernement des vocations» conformément à l’Instrumentum Laboris.

Le vaticaniste Edward Pentin décrit le fonctionnement du Synode dans le National Catholic Register :

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«L’assemblée synodale consistera en une série de congrégations générales au cours desquelles chaque père synodal fera une intervention suivie de réponses. La discussion sur les sujets se poursuivra ensuite en petits groupes répartis par langue. Tous aborderont les mêmes thèmes, et les auditeurs et délégués fraternels participeront également aux forums mais ne pourront pas voter. Chaque groupe de travail préparera un rapport à la fin de la session et le votera à la majorité absolue, après quoi tous les rapports seront lus à l’assemblée. Une commission rédigera ensuite le document final en tenant compte des interventions de l’assemblée et des discussions des groupes de travail et le présentera aux pères synodaux pour qu’ils l’examinent et en débattent le 24 octobre. Ils auront juste l’après-midi pour apporter des modifications, à la fois oralement et par écrit. La commission réunira ensuite le document final et le présentera le 27 octobre. Bien que le document final ne soit voté et adopté qu’à la majorité des deux tiers, les organisateurs du synode n’ont pas confirmé si le document consistera en propositions avec l’approbation des deux tiers pour chaque paragraphe, comme dans les synodes précédents. Les critiques disent que l’absence d’un tel vote limite le débat et pourrait permettre l’adoption de propositions controversées, telles que l’acceptation d’une terminologie complexe utilisée par le lobby homosexuel.»

Dans son intervention, le pape François a rappelé plusieurs points, comme le rapporte Christopher Lamb, pour The Tablet :

Logo de The Tablet

«Le pape François a ouvert le synode en exhortant les participants à prendre exemple sur les jeunes générations et en évitant de “tomber dans des postures morales ou élitistes”. […] Le pontife latino-américain âgé de 81 ans, qui n’a pas mentionné les abus sexuels dans l’Église au cours de son homélie de la messe d’ouverture du synode, a déclaré que les évêques auront une crédibilité s’ils abordent l’événement avec une disposition à l’écoute […]. Il a exhorté la jeunesse à ne pas se faire “écraser par les prophètes de malheur, par nos propres défauts, erreurs et péchés”. Cette écoute des jeunes, a déclaré François […], doit être faite “sincèrement et par la prière, aussi libre que possible de tout préjugés et conditionnements” et sans attitude de “repli sur soi et d’égocentrisme qui donne de l’importance à ce qui est secondaire et rend secondaire ce qui est important”. […] François a souligné que le synode devait “élargir nos horizons”, en évitant une mentalité conformiste de “On a toujours fait comme ça !”, et en ravivant une “ardeur et une passion évangéliques menant à une ardeur et à une passion pour Jésus.”»

En parallèle du Synode, quelques minorités ont contesté et fait entendre leur mécontentement pour cette assemblée trop fermée et en dehors de la réalité, comme le révèle le magazine Crux :

Logo de Crux

«[…] des groupes qui se considèrent eux-mêmes comme exclus, notamment des femmes et des victimes d’abus sexuels, ont manifesté devant les portes du synode, appelant l’Église à « fermer boutique ou à devenir réalité”. […] Un sit-in a été organisé par Rete L’Abuso, un nouveau réseau italien de surveillance des abus, qui s’est déroulé au Château Saint-Ange, à deux pas de Saint-Pierre. […] Juste à l’extérieur de la salle du Synode, un groupe de manifestantes […] a appelé les évêques et le pape […] pour ouvrir la porte à la voix des femmes. “Frappez, frappez !”, ont elles scandé, “Qui est là ? Plus de la moitié de l’Église !” Retra L’Abuso a tenu une conférence mercredi matin au siège du Parti radical à Rome, où ils ont annoncé qu’ils accuseraient le gouvernement italien de complicité et qu’ils lui demanderaient de lancer une enquête complète sur les abus sexuels et leur dissimulation.»

Se développerait-il une nouvelle maladie, la «Pensylvanniamanie», une maladie à virus trans-aérien ?

Pierre Hardon

 

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