Facebook Twitter Linkedin

L’accord Chine-Vatican vu par la presse

Le Saint-Siège a annoncé, le 24 septembre 2018, la conclusion d’un accord provisoire avec le gouvernement chinois concernant la pratique du catholicisme et la nomination des évêques. En Chine, le catholicisme est marginalisé (avec 12 millions de pratiquants) et se décompose en deux branches : une Église «officielle», contrôlée par le gouvernement ; une Église «souterraine» et clandestine, qui n’est pas si silencieuse qu’on voudrait le dire et qui n’est clandestine que dans la mesure où jusqu’à maintenant, elle refusait de se soumettre à l’Association patriotique des fidèles, contrôlée par le gouvernement communiste.

Un accord pastoral, non politique…

Selon le Saint-Siège, l’accord est pastoral et non politique. Le journal Life Site News, sous la plume de Diana Montagna, affirme le 22 septembre 2018 :

Logo de Life Site News

«L’objectif du Saint-Siège est avant tout pastoral : le Saint-Siège entend simplement créer les conditions, ou aider à créer les conditions, d’une plus grande liberté, autonomie et organisation, afin que l’Église catholique puisse remplir sa mission d’annoncer l’Évangile et ainsi contribuer au bien-être, à la prospérité et à l’harmonie matérielle et spirituelle du pays.»

Le cardinal Zen, une des figures de l’Église résistante en Chine, a déclaré que le cardinal Pietro Parolin avait commis une «incroyable trahison» en négociant avec le gouvernement chinois et l’appelle à démissionner. Comme le rapporte Edward Pentin dans le National Catholic Register, le 22 septembre 2018 :

Logo du NCR

«La perspective d’un accord avait déjà divisé les communautés de catholiques à travers la Chine, certains craignant que cela n’aboutisse à une nouvelle répression de la part de Pékin, mais d’autres favorisant le rapprochement et le rétablissement des relations diplomatiques entre la Chine et le Saint-Siège. […] Le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong Kong, a déclaré à Reuters cette semaine qu’il pensait que les conséquences de cet accord seraient “tragiques et durables, non seulement pour l’Église en Chine mais pour toute l’Église parce qu’elles nuiront à sa crédibilité”. Le Vatican, dit-il, met “le troupeau dans la gueule du loup”. C’est une trahison incroyable.»

On comprend l’attitude de ce vénérable résistant ; mais elle menait à une impasse. Conclure un accord avec un gouvernement politique n’est pas renier sa foi, mais lui donner une chance de vivre à l’air libre, même si cet air est raréfié.

Christopher Lamb, dans The Tablet, y voit néanmoins «le premier pas vers le rétablissement des relations diplomatiques entre la Chine et le Saint-Siège. […] L’accord est un coup diplomatique majeur pour le pape François.»

Dans un article du 26 septembre 2018, il analyse la lettre du pape au peuple chinois :

Logo de The Tablet

«Dans une lettre aux “catholiques chinois et à l’Église universelle”, le pape sud-américain écrit que “l’accord provisoire” signé entre le Saint-Siège et la Chine va ouvrir un nouveau chapitre pour les catholiques chinois, même s’il a admis que le l’accord pourrait être “sujet à améliorations”. […] Le pape a déclaré que l’objectif de l’accord était d’atteindre des “objectifs spirituels et pastoraux spécifiques” qui aident à “faire avancer le message de l’Évangile et à rétablir et préserver l’unité pleine et entière de la communauté catholique en Chine.” […] Bien que le nouvel arrangement soit axé sur la nomination des évêques, c’est le premier pas vers l’objectif de longue date du Saint-Siège de rétablir les relations diplomatiques complètes avec la Chine, interrompues en 1951.»

Jean-Marie Guénois, du Figaro, ne dit pas autre chose le 22 septembre :

Logo du Figaro

«Cet accord historique entend clore plus d’un demi-siècle de rupture totale des relations avec l’expulsion du nonce apostolique en 1951 et la création par les communistes d’une “Église Patriotique” d’apparence catholique, mais à leurs mains. […] Quant à sa méthode d’approche, la stratégie est conforme à la voie des petits pas concrets, typique de ce pape pragmatique. Elle peut permettre de contourner des blocages historiques.»

Nicolas Senèze, pour le journal La Croix, a rétorqué pour sa part :

Logo du journal La Croix

«Reste que le Vatican et Pékin ont déjà tous deux donné des signes évidents de bonne volonté en vue de cet accord. Ainsi, la Chine admet pour la première fois la participation du pape dans les nominations épiscopales […]. À l’époque, dans la foulée de la lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois de 2007, le cardinal Pietro Parolin, alors sous-secrétaire pour les relations avec les États, avait déjà obtenu la réconciliation avec la quasi-totalité des évêques chinois. Soumises aux menées de ceux qui, tant à Pékin que dans l’Église catholique, s’opposent à tout accord, les négociations avaient ensuite marqué le pas.»

Si l’accord demeure «pastoral», en vue du bien commun, le message politique est néanmoins important… et peut-être plus important que ne le croit Pékin.

La reconnaissance des évêques nommés par le gouvernement Chinois

Indépendamment de l’accord, le Vatican a levé l’excommunication contre les huit évêques désignés par le gouvernement chinois. Ils sont maintenant agréés comme évêques réguliers. Le pape justifie cette décision par la nécessaire unité de toute l’Église chinoise.

Gérard O’Connell, pour le magazine America, évoque le 22 septembre 2018 l’attitude chinoise :

Logo du magazine America

«Il y a 12 millions de catholiques en Chine aujourd’hui, et on estime qu’ils sont plus ou moins divisés en deux entre la communauté officielle et la communauté souterraine. Pékin ne peut pas reconnaître l’Église clandestine – évêques, prêtres, religieuses et laïcs – car elle refuse de faire partie de l’Association Patriotique mise en place par les autorités chinoises en 1957 pour contrôler l’Église en Chine.»

Un constat que fait également Elise Harris, le 22 septembre 2018, dans le magazine Crux :

Logo de Crux

«Un des problèmes qui n’a pas été résolu, cependant, est le destin des 37 évêques souterrains qui n’ont pas été reconnus par le gouvernement chinois, ce qui veut dire que, pour le moment, ils sont dans les limbes. […] Il n’y aurait pas de nomination immédiate des évêques, mais […] peu à peu le Vatican essaiera de faire pression pour que les évêques « non officiels » soient reconnus.»

Le directeur d’Asia News, Bernardo Cervellera, dans une analyse très riche, affirme le 25 septembre 2018 que la réconciliation des évêques chinois est un «élément positif» :

Logo du site AsiaNews

«L’autre élément positif, c’est l’annulation des excommunications de sept évêques ordonnés sans mandat papal entre 2000 et 2012. Il s’agit d’une bonne nouvelle parce qu’elle contribuera au moins en principe à renforcer l’unité des catholiques chinois. […] La levée de l’excommunication ne fait pas partie du “package” de l’accord, mais il s’agit d’une décision interne de l’Église, même si – par un jeu politique un peu naïf – l’annonce de la réconciliation a été faite le même jour que celui de l’accord.»

Tout en sachant, précise-t-il, que «ni la nouvelle de l’accord, ni les explications n’ont fait la moindre allusion aux persécutions que les catholiques et tous les chrétiens endurent [en Chine, NDLR] pour le moment. […] Pendant toutes ces années, le Saint-Siège a gardé silence sur toutes sortes de persécutions : les meurtres de prêtres, les églises détruites, les arrestations des évêques… Ce qui a donné à beaucoup l’impression que le dialogue était davantage «politique» que «pastoral». Hier encore, à Vilnius, en rappelant les victimes des génocides nazi et communiste, le Pape François a formulé une prière pour demander au Seigneur que nous ne devenions pas “sourds au cri de tous ceux qui continuent aujourd’hui à crier vers le ciel”. Et c’est justement ce que demandent les catholiques chinois.»

La souffrance et la prière des catholiques de l’Église clandestine ne sont pas de vaines choses. Car rien n’est vain à la face de Dieu. L’accord est un minimum vital : dès qu’il y a la vie, il y a possibilité de croissance.

Pierre Hardon

 

>> Revenir à l’accueil