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Nouveau rapport sur les agressions sexuelles aux Pays-Bas

Après le rapport du grand jury de Pennsylvanie et celui qui va être dévoilé en Allemagne le 25 septembre 2018 (mais qui a déjà fuité dans la presse), c’est au tour de l’Église hollandaise de faire face à des accusations de dissimulation d’agressions sexuelles, comme le révèle The Tablet le 17 septembre 2018 :

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«Plus de la moitié des évêques de Hollande ont été impliqués dans des pratiques de cover up [dissimulation, NDLR] ou d’agressions sexuelles entre 1945 et 2010 […]. 20 des 39 évêques des 65 années sont impliqués […], avec 4 évêques auxiliaires suspectés d’agressions sexuelles sur mineurs. […] L’évêque Jan Niënhaus d’Utrecht, l’évêque Jo Gijsen de Ruremonde, Philippe Bär de Rotterdam et Jan ter Schure de Bois-le-Duc. Tous sont morts, à l’exception de l’évêque Bär, qui a maintenant 90 ans. […] Un porte-parole de l’Église a déclaré à la presse – à l’agence France Presse – que l’Église néerlandaise pourrait “confirmer une partie” des révélations.»

Le journal Crux, le même jour, rappelle que la conférence des évêques néerlandaise a réagi à ces révélations :

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«Dans une réponse publiée sur son site internet, la conférence des évêques néerlandaise a relevé que la plupart des accusations découlaient d’un rapport datant de plusieurs années commandé par la conférence elle-même et que la majorité des cas dataient de plusieurs décennies.
Évoquant les cas de transferts de prêtres-prédateurs par des évêques, le communiqué affirme que “dans certains cas, les abus étaient connus et il convient de noter que les évêques qui ont donné à ces prêtres une nouvelle paroisse ont été insuffisamment prudents. Le communiqué ajoute que dans d’autres cas, “l’évêque qui a nommé le prêtre à un nouveau poste n’était pas au courant des abus, car il n’y avait pas d’échanges d’informations entre les évêques et d’autres supérieurs. Le communiqué dit également que, depuis 2011, la conférence des évêques néerlandaise a pris des mesures pour empêcher que de telles situations se reproduisent à l’avenir et qu’elle a continué d’améliorer ses politiques pour écarter les abuseurs et mieux protéger l’Église.»

Pour épaissir le dossier, on fait un procès aux morts !

Crise morale ou crise cléricale ?

Le cardinal Müller, dans son homélie du 17 septembre 2018, a rappelé quelles étaient les origines de la crise de l’Église : une crise morale, fondée sur des dogmes de plus en plus relativisés. Life Site News, le 18 septembre 2018, rapporte les propos du cardinal :

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«Ce n’est pas le cléricalisme, qu’importe ce que cela veut dire, mais notre détournement de la Vérité et de la morale qui est l’origine du Mal. La corruption de la doctrine a toujours apporté la corruption de la moralité […]. Le violent péché contre la sainteté de l’Église, sans aucun remords, est la conséquence de la relativisation des fondements dogmatiques de l’Église. Voilà la véritable raison du désarroi de nombreux croyants catholiques.»

Il en profite pour critiquer la “réforme” qui est devenue le point central de toute l’action vaticane :

«Le mot “réforme” cache une hérésie qui grandit dans l’Église. […] La vraie réforme n’est pas la sécularisation de l’Église, mais la sanctification des hommes pour Dieu.»

Ce qui fait dire à Maike Hickson, auteur de l’article :

«Pour le cardinal Müller, la nouvelle approche moderne – accordant à chaque dogme chrétien de ne plus être dorénavant le critère et le fondement de la moralité et des nécessités pastorales – révèle “une nouvelle hérésie christologique”, qui consiste à opposer le Jésus “professeur de la Vérité Divine” au Jésus “ bon berger”. Mais c’est le même Jésus qui a dit “Je suis le chemin, la vérité et la vie”, explique le cardinal.»

Le National Catholic Register rapporte les propos du pape à Palerme (Italie) le 17 septembre 2018 sur la situation de la vocation des prêtres, du cléricalisme et de la pastorale aujourd’hui :

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«“Une personne ne peut vivre une double vie : une pour le peuple de Dieu et une autre dans sa propre maison” a dit le pape à un groupe de prêtres, religieux et séminaristes, à Palerme. […] Le pape a aussi discuté du cléricalisme, affirmant qu’il est une manière de penser l’Église “au dessus du monde”, alors que l’Église est, en fait, “à l’intérieur du monde pour être son ferment”. […] “Pour cette raison, chers frères et sœurs, toutes les formes de cléricalisme doivent être bannies. C’est une des plus difficiles perversions à détruire aujourd’hui. […] Le pape a également mis en garde contre le carriérisme, qui dépend du pouvoir, et a exhorté les prêtres et les religieux à devenir des gens de service. […] François a aussi été critique des projets pastoraux, qu’il décrit comme “pharaoniques” ou “extravagants”.»

Le cléricalisme, non ! La vérité morale objective, oui ! Mais nous en sommes loin…

Une plus grande efficacité de la hiérarchie catholique

Le cardinal Scicluna, président de la commission chargée des affaires d’abus sexuels au sein de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (il a été mandaté par le pape François pour une enquête au Chili sur les pratiques de dissimulation de l’épiscopat, et la remise de son rapport a provoqué les démissions de tous les évêques de la conférence épiscopale chilienne), souhaite que l’action de l’Église s’accélère en matière d’agressions sexuelles sur mineurs. Le 18 septembre 2018, The Tablet affirme :

«Les belles paroles et les promesses ne sont pas suffisantes – des actions concrètes et concertées dans l’ensemble de l’Église sont nécessaires, dit l’archevêque Scicluna de Malte. […] “Je crois qu’il faut faire beaucoup plus dans l’Église. Je pense à la formation sacerdotale, à plus de prudence dans le choix des évêques, la formation des prêtres dans l’enseignement, le discernement des candidats, l’équilibre affectif” […]. “La mauvaise gouvernance des évêques” est également un problème, a déclaré le cardinal. […] (Il faut) introduire des critères et coordonner les différents dicastères du Saint-Siège pour être sûr que nous regardons tous dans la même direction.»

Concernant le Synode des évêques du 21 au 24 février, La Stampa relève les propos du Saint-Père sur les modifications apportées par la constitution apostolique Episcopalis communio :

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«Le synode des évêques, explique François, “est appelé, comme toutes les autres institutions ecclésiales, à devenir de plus en plus un moyen adéquat d’évangélisation du monde, plus qu’un outil de préservation et d’entre-soi.” […] “Tout le monde doit écouter” les évêques “quand ils enseignent” en communion avec le pape, et le croyant “doit faire confiance dans le jugement” de son évêque. Mais, “il est également vrai que pour chaque évêque la vie de l’Église et dans l’Église est la condition pour exercer sa mission d’enseignant. Par là, l’évêque est “à la fois enseignant et disciple”.»

Non seulement il faut qu’ils enseignent, mais ils doivent discerner, juger et agir dans l’Église et pour l’Église.

Les déclarations de l’épiscopat américain

La conférence des évêques américaine (USCCB) a rédigé une déclaration d’intention pour améliorer la lutte contre les agressions sexuelles et leur dissimulation :

«Le Comité administratif :
“A approuvé la mise en place d’un système de signalement par des tiers. Il recevrait confidentiellement, par téléphone et en ligne, des plaintes d’abus sexuels sur mineurs par un évêque et de harcèlement sexuel ou d’inconduite sexuelle avec des adultes par un évêque, une autorité ecclésiastique et, comme l’exige la loi, applicable aux autorités civiles.
«A chargé le Comité des affaires canoniques et de la gouvernance ecclésiastique de l’USCCB d’élaborer des propositions de politiques sur les restrictions imposées aux évêques démis de leurs fonctions en raison d’allégations d’abus sexuels sur mineurs ou de harcèlement sexuel sur des adultes, y compris des séminaristes et des prêtres.
«A lancé le processus d’élaboration d’un code de conduite à l’intention des évêques concernant les sévices sexuels subis par un mineur, le harcèlement sexuel ou l’inconduite sexuelle avec un adulte ou la négligence dans l’exercice de ses fonctions en rapport avec de tels cas.»

Pour John Allen de Crux, le 19 septembre 2018, cette déclaration du comité administratif de la conférence revêt une «importance particulière». Le National Catholic Register rapporte que cette déclaration n’est «“que le début” et que des consultations étaient déjà en cours avec les laïcs, le clergé et les religieux pour réparer le scandale et rétablir la justice.»

Après l’affaire McCarrick, ces mesures s’imposent. Mais comment s’appliqueront-elles ?

Pierre Hardon

 

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