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L’Union européenne sur la voie de sanctions contre la Hongrie !

Le 12 septembre 2018, le Parlement européen a voté en faveur de la mise en œuvre de l’article 7 du Traité de l’Union Européenne (TUE) contre la Hongrie. Grâce à cette décision, le Conseil de l’Europe va proposer à la Hongrie des recommandations pour réformer ses institutions constitutionnelles et électorales, favoriser l’indépendance des magistrats, de la presse et des ONG, mettre fin à la corruption et aux conflits d’intérêt (voir le rapport Sargentini) sous peine de sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension du droit de vote du représentant du gouvernement au Conseil de l’Europe.

Le Premier ministre Hongrois Viktòr Orban, lors de son allocution devant le Parlement européen, le 12 septembre 2018, y voit une véritable «chantage» :

«Je vous informe respectueusement, quelle que soit la décision que vous apporterez, que la Hongrie ne cèdera pas au chantage ; la Hongrie défendra ses frontières, arrêtera l’immigration illégale, et défendra ses droits, si besoin est, contre vous également.»

Le 11 septembre 2018, le journal Le Monde analysait le rapport du député européen écologiste, Judith Sargentini :

Logo du journal Le Monde

«Mme Sargentini a énuméré dans son rapport les menaces sur la liberté des médias, la remise en cause de l’indépendance de la justice, les attaques régulières contre les organisations non gouvernementales, le regain d’antisémitisme, ainsi que la remise en question de certains droits sociaux. Elle dénonçait aussi la politique migratoire d’Orban et son refus d’accepter le principe de solidarité européenne.»

Dans le même article, nous apprenons que le gouvernement hongrois a aussi rédigé un document pour se défendre de ces accusations :

«Le gouvernement hongrois a aussi transmis à Bruxelles un document de 109 pages, très argumenté, démontant pièce par pièce toutes les critiques faites depuis le retour de M. Orban à Budapest en 2010.»

Dans ce rapport Sargentini, tous les sujets sont évoqués, de la constitution hongroise aux migrants. La palme revenant à une critique de la campagne électorale :

«Dans ses constatations et conclusions préliminaires […], l’OSCE a déclaré que l’administration technique des élections était professionnelle et transparente, que les droits et libertés fondamentaux étaient dans l’ensemble respectés, mais qu’ils étaient exercés dans un climat défavorable. […] La campagne a été animée, mais la rhétorique de campagne hostile et intimidante a limité l’espace propre à la tenue d’un débat de fond et a porté atteinte à la faculté des électeurs de se prononcer en connaissance de cause.»

Qu’en pense le peuple hongrois ?

L’explosion du Parti Populaire Européen (PPE) ?

La mise en branle de l’article 7 du TUE contre la Hongrie provoque également des remous dans la politique européenne. Viktòr Orban et son parti, le Fidesz, appartiennent au parti populaire européen (PPE), tout autant que le parti d’Angela Merkel (le CDU) ou les Républicains français.

Le 11 septembre 2018, le journal La Croix analyse :

Logo du journal La Croix

«Ligne dure anti-immigration, style autoritaire, prise de position anti-UE, Viktòr Orban incarne la vague populiste qui déferle en Europe. Le PPE, formation de droite modérée, est régulièrement interpellé sur son attitude ambivalente envers le dirigeant ultra-conservateur. […] Emmanuel Macron a d’ailleurs demandé la semaine dernière au PPE de “clarifier ses positions”. “On ne peut pas tout à la fois être du côté de la chancelière Merkel et du premier ministre Orban, c’est une certitude”, a-t-il lancé.»

“En même temps”… Les certitudes toujours incertaines d’Emmanuel Macron…

Le 12 septembre 2018, le journal Le Monde rapporte :

«Manfred Weber, chef de file du PPE à Strasbourg et candidat à la succession de M. Juncker à la présidence de la Commission, précisait qu’il allait voter “en faveur de l’article 7”.» Et finalement, ce choix du chef du PPE fut payant : «Le rapport sans concessions de l’élue verte néerlandaise Judith Sargentini sur la politique du premier ministre Viktòr Orban a, finalement, été adopté, mercredi 12 septembre. Et à une large majorité : 448 voix pour, 197 contre et seulement 48 abstentions.»

Le 13 septembre 2018, le journal Le Figaro analyse :

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«Le PPE a donc contribué à déclencher l’article 7 et ne manquera pas de s’en prévaloir lors de la campagne pour les Européennes à venir. Manfred Weber, le président du groupe PPE, est désormais candidat à la présidence de la Commission. Mais la droite européenne est loin d’en avoir fini avec l’homme fort de Budapest. Car avec ce vote, la question qui se pose désormais est celle du maintien d’Orban au sein du PPE. […] (Il) se mettra peut-être en retrait du PPE.»

Y aura-t-il deux blocs opposés lors des prochaines élections européennes ? Les progressistes autour d’Emmanuel Macron et Angela Merkel (quoique plus discrète à cause de sa fragile coalition) et les conservateurs autour de Viktòr Orban et Matteo Salvini ?

Après la Pennsylvanie, l’Allemagne…

Après le rapport du grand jury de Pennsylvanie, dévoilant les abus de plus de 300 clercs sur plus de 1 000 victimes, une étude est apparue en Allemagne, commandée par la conférence épiscopale allemande, dévoilant, de 1946 à 2014, plus de 3 677 victimes agressées par 1 670 clercs, dans 27 diocèses.
Life Site News, influent média aux États-Unis, analyse :

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«Les informations divulguées de la prétendue “étude MHG” font beaucoup de bruit en Allemagne, car elles mettent enfin en lumière l’histoire trouble de la gestion des cas d’abus par les évêques allemands. Et, comme prévu, leur comportement est similaire à celui de nombreux évêques aux États-Unis : dissimulation et déménagement de prêtres dans une autre paroisse. […] Comme Die Zeit le spécifie dans son article : “62 % des victimes sont de sexe masculin, et 35 % de sexe féminin. Dans certaines enquêtes partielles, le pourcentage de victimes masculines est même passé à 80 %.” […] Plus de la moitié des victimes avaient au plus 13 ans, rapporte Walter Mayr pour Der Spiegel. Il cite également, en citant un résumé de ce rapport officiel qui doit être présenté par le cardinal Marx le 25 septembre, que dans de nombreux cas, les archives et les dossiers concernant les prêtres accusés ont été “détruits ou manipulés”. […] L’équipe de recherche – un groupe de scientifiques laïques – à la fin de son rapport sur les abus fait quelques recommandations générales. La “morale sexuelle” et le “célibat obligatoire” sont considérés comme des problèmes. Le cléricalisme est également mentionné. “Le rejet de l’ordination des hommes homosexuels devrait être reconsidéré de toute urgence”, indique le rapport. Le célibat obligatoire “pourrait être un facteur de risque”.»

Tiens tiens ! «Un groupe de scientifiques laïques» qui préconisent l’ordination des hommes homosexuels ! La tête du serpent sort du sac !

Un sommet pour la protection des enfants

Le pape François a décidé d’organiser en février 2019 un sommet avec les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour tenter de trouver des solutions aux scandales d’abus sexuels qui éclatent chaque mois.

John Allen, dans Crux, y voit un pari :

Logo de Crux

«Tout d’abord, le Vatican va devoir dévoiler ce qu’il a su, et quand il l’a su, en commençant par l’affaire McCarrick. […] Ensuite, le Vatican a également le devoir de se pencher sur ce que les observateurs de l’Église considèrent être sa tâche principale, créer et appliquer une responsabilité équivalente entre le criminel et celui qui le couvre. […] Si le sommet de février n’apportait aucune avancée claire sur ces deux fronts, il n’apparaîtrait que comme un exercice cynique de cosmétique, créant un sentiment de désillusion dont même la figure charismatique de François pourrait avoir du mal à se remettre. […] D’un autre côté, imaginez si le sommet donne vraiment des résultats. Tout à coup, un pape réformateur, de plus en plus perçu comme ayant échoué sur plusieurs fronts, comme les finances du Vatican, aurait accompli ce que ses deux prédécesseurs n’ont jamais pu faire, et aura fait face à la crise la plus grave du catholicisme depuis la réforme protestante. En d’autres mots, François a beaucoup à perdre si ce sommet tourne mal, et beaucoup à gagner dans le cas contraire.»

Ce sommet sera-t-il décisif ?

Circonscrire le feu

L’affaire Viganò oppose deux clans : ceux qui considèrent que ces révélations constituent une attaque directe contre le pape François et, à travers lui, contre l’Église. Et ceux qui considèrent que ces révélations relèvent de la correction filiale et des obligations de l’évêque.

Dans le magazine Commonweal du 6 septembre, Massimo Faggioli voit dans cette affaire une tentative des milieux traditionalistes pour attaquer le pape François et l’Église universelle, alors que le problème doit, selon lui, être circonscrit aux États-Unis :

Logo de Commonweal

«La tentative des traditionalistes de ce pays de délégitimer François rappelle la controverse anti-moderniste sous Pie X au début du XXe siècle, mais dans des rôles inversés : une minorité d’activistes traditionalistes tente maintenant de faire taire un pape modernisant l’Église. Mais elle rappelle encore plus l’ échappée «intégriste» de l’archevêque Marcel Lefebvre, dont l’excommunication latæ sententiæ (automatique) a suivi l’ordination illicite de quatre évêques pour la Fraternité Saint-Pie X. Ce qui s’est passé à la suite de cette scission au sein du catholicisme français entre Vatican II et 1988 pourrait se produire maintenant aux États-Unis à plus grande échelle.[…]
(Politiquement) la première phase du problème était l’identification croissante des évêques américains au Parti républicain, en grande partie à cause de problèmes sociaux. Comme le Parti républicain s’est radicalisé au cours de la dernière décennie, il y a plus que quelques évêques. Au cours de la même période, certains intellectuels conservateurs de premier plan ont adopté le catholicisme pour des raisons qui semblent purement politiques. Il a beaucoup en commun avec l’Action Française de Charles Maurras, mouvement nationaliste condamné par Pie XI en 1926. Maurras n’évangélise pas mais considère le catholicisme comme un outil utile pour la création d’un ordre social antidémocratique. […] Les médias catholiques qui ont fait partie intégrante de l’opération Viganò veulent reprendre Rome, mais ils ont peu de connaissances sur Rome ou sur l’Église mondiale.»

Faggioli se donne comme rôle d’instruire ces ignares Américains des turbulences françaises des années 1930. Il ne réalise pas que l’on a changé de siècle !

Pierre Hardon

 

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