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La lettre de Mgr Viganò a provoqué beaucoup de réactions dans la presse, dans l’épiscopat américain et au Vatican. Dans ce témoignage, l’ancien nonce apostolique (diplomate), appelle le pape à «donner l’exemple» en démissionnant. Il affirme que le pape François et une partie de la Curie étaient au courant des sanctions prises en 2009 ou 2010 par le pape Benoît XVI contre le cardinal McCarrick (soupçonné d’agressions sexuelles) et non appliquées.

Un témoignage soutenu et pris au sérieux

Le National Catholic Register a rendu public le témoignage de Mgr Viganò le 24 août :

«Le Register a confirmé de manière indépendante que les allégations contre McCarrick étaient bien connues de Benoît XVI et que le pape émérite se souvient d’avoir demandé au cardinal Bertone d’imposer des mesures, sans pour autant se rappeler leur nature exacte.»

Des propos que vient confirmer James Downie dans le Washington Post le 27 août :

Logo du Washington Post

«Il existe des preuves indépendantes à l’appui de l’allégation selon laquelle Benoît XVI aurait sanctionné Mc Carrick en 2009 ou 2010 […] ,mais que le pape François a levé ces sanctions. […] Maintenant, il doit faire face à des preuves crédibles selon lesquelles il a élevé un homme qui aurait dû être complètement écarté du pouvoir, des années voire des décennies auparavant.»

Le magazine America rapporte les propos du vaticaniste Marco Tosatti, qui a assisté Mgr Viganò dans la rédaction de son témoignage :

«Tosatti a déclaré avoir dit à Mgr Viganò : “Je pense que si vous voulez dire quelque chose, le moment est venu, car tout va à l’envers aux États-Unis. […] Tosatti a déclaré avoir convaincu Mgr Viganò de couper les revendications qui ne pouvaient ni être étayées, ni documentés “car il devait être absolument étanche”.»

Le magazine anglais The Tablet rapporte les propos de Mgr Cordileone, archevêque de San Francisco :

Logo de The Tablet

«Il [Mgr Cordileone, NDLR] affirme aussi que, d’après les informations dont il dispose à propos de quelques-unes des déclarations faites par l’archevêque Viganò, il “peut confirmer” qu’elles sont vraies. “Par conséquent, ses déclarations doivent être prises au sérieux. Les prendre à la légère amplifierait la culture du déni et de la dissimulation.»

Le magazine Crux Now affirme par la plume de John Allen, le 29 août :

Logo de Crux

«Soyons clairs : il s’agit d’une accusation selon laquelle un pape aurait été personnellement impliqué dans une dissimulation d’abus sexuel d’un ancien responsable du Vatican […]. Si quelqu’un pense que les médias du monde entier ne vont pas poursuivre cette histoire avec un maximum de diligence – sachant que faire tomber un pape serait infiniment plus grand que ce que le Boston Globes a fait en 2003 en faisant tomber le cardinal Bernard Law inspirant par ailleurs un film holywoodien –, c’est qu’il est en plein délire.»

Certains journalistes ne sont-ils pas d’ailleurs en plein délire, notamment dans La Croix, où la théologienne Anne-Marie Pelletier conclut ainsi :

«Osera-t-on rappeler à ceux qui manœuvrent en eaux troubles, en réclamant la démission du pape, qu’il faudrait alors “dé-canoniser” Jean-Paul II pour sa relation à Maciel et aux légionnaires du Christ ? On voit le vertige !»

Oui, le vertige ! Il a été établi lors de son procès de canonisation, que Jean-Paul II n’a eu aucune implication personnelle dans l’affaire de l’abbé Maciel.

Un prélat soutenu et pris au sérieux

Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro, affirme :

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«Si Mgr Vigano était un affabulateur, sa lettre porterait peu. Mais c’est un homme d’autorité, de grande carrière ecclésiastique, habituellement très sérieux, qui rompt le secret et le silence, par “devoir” et par “conscience”. Ce nonce, formé à l’école du Vatican, avait déjà eu le courage, alors qu’il était en charge de la gestion de la cité du Vatican, de dénoncer en 2010 des dysfonctionnements de corruption financière.»

Malgré un article au vitriol, le journal Le Point reconnaît que «la carrière de Mgr Viganò est d’abord celle d’un brillant diplomate. Lombard né en 1941 dans une famille de huit enfants, il entre au service diplomatique du Saint-Siège en 1973, cinq ans après avoir été ordonné prêtre. Il fait ses classes en Irak, en Grande-Bretagne puis au Nigéria. En 1998 […], Jean-Paul II le nomme délégué pour les représentations pontificales. Un poste stratégique dans la puissante diplomatie pontificale. Comme chef de tous les ambassadeurs du Saint-Siège, Viganò sillonne la planète, prend le pouls des Églises locales et rencontre les plus hautes autorités politiques.»

Le New York Times affirme que Viganò s’est fait de puissants ennemis au Vatican :

«En 2009, il a été installé par le pape Benoît XVI secrétaire du gouvernorat de l’État de la cité du Vatican […]. Benoît XVI lui a demandé de mettre en place une réforme du gouvernement, mais les efforts de l’archevêque Viganò pour atteindre cet objectif lui ont valu de puissants ennemis. Au début de l’année 2011, des articles anonymes hostiles attaquant l’archevêque Viganò ont commencé à paraître dans les médias italiens.»

La réputation et la carrière de Mgr Viganò, si elle ne préjuge pas de la teneur de ses propos, témoigne de son intégrité.

Les mauvaises intentions de Mgr Vigano : un prétexte à la défense d’une cause LGBT ?

Le journal Le Monde voit dans la lettre de Mgr Viganò de mauvaises intentions :

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«Quant à son intention, elle n’est évidemment pas d’aider le pape François, un pape dont il est notoirement éloigné et dont, avec d’autres, il fustige les signaux d’ouverture adressés, de loin en loin, à des publics longtemps bannis par le catholicisme, au premier rang desquels les homosexuels.»

Le Monde va même plus loin en opposant les conservateurs aux libéraux, notamment dans le cas du cardinal Wuerl :

«Les cercles les plus conservateurs, critiques du pontificat de François, jugent l’archevêque de Washington trop modéré sur certains sujets de société, tels que l’homosexualité».

La Vie voit dans le témoignage de Mgr Viganò un «brûlot» :

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«Dans ce véritable brûlot, l’ancien diplomate du Saint-Siège assure qu’il aurait informé le pape François de l’inconduite sexuelle du cardinal McCarrick dès juin 2013. […] Or, l’ancien nonce semble lier directement l’homosexualité aux problèmes des abus sexuels dans l’Église. Mais Mgr Viganò va plus loin, puisqu’il sous-entend que ce lobby gay, les abus sexuels et leur couverture ne seraient, finalement, que des problèmes liés aux idées progressistes de certains prélats de la Curie romaine, selon lui proches du pape jésuite.»

Valeurs Actuelles nous affirme en substance la même chose :

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«Véritable pavé dans la mare, le texte de Mgr Viganò a été décrit par le cardinal Burke comme «très courageux», le cardinal ayant demandé au pape de «clarifier sa position». Dans une interview parue au mois d’août, le cardinal Burke avait reconnu l’existence «d’un très grave problème de culture homosexuelle dans l’Église, en particulier au sein du clergé et de la hiérarchie.» Plus largement, beaucoup au sein de la curie reprochent au pape François de ne pas mettre toujours ses actions en accord avec ses paroles : notamment, ses discours virulents sur les maladies spirituelles qui affectent la Curie ne l’empêcherait nullement de promouvoir des prélats précisément atteints de ces maladies.»

Difficile de critiquer l’homophilie sans avoir les médias sur le dos…

La politique de l’autruche ?

De retour d’Irlande, dans sa traditionnelle conférence stratosphérique, le pape François a balayé le témoignage d’un revers de main, comme le rapporte Nicolas Senèze dans La Croix du 28 août :

Logo du journal La Croix

«”Je ne dirai pas un mot là-dessus. Je pense que le communiqué par le de lui-même. Et vous avez la capacité journalistique suffisante pour tirer des conclusions” : en quelques mots, le pape a balayé, dimanche soir, les accusations de l’ancien nonce aux États-Unis, Mgr Viganò, pour qui François aurait couvert l’ex-cardinal McCarrick. Tout ce qui est excessif est insignifiant, a-t-il, en quelque sorte expliqué aux journalistes».

Même politique chez un des proches du pape François, le cardinal Blaise Cupich, archevêque de Chicago, comme le rapporte le National Catholic Reporter :

«Cupich a reconnu que les catholiques devaient être “écœurés” de ces controverses. “Mais ce n’est pas ce dont parle l’Église”, a-t-il déclaré. “Nous devons parler au nom du migrant. Nous devons nous assurer que l’Évangile est prêché aux personnes qui sont exclues de la société. Nous devons éduquer les enfants” a-t-il dit. “Veillons à ne pas oublier le plus grand agenda de l’Église”.»

Circulez, il n’y a rien à voir !

Une contre-attaque mal avisée ?

Depuis la publication de son témoignage, Mgr Viganò est accusé par de nombreux médias d’avoir demandé à des évêques auxiliaires – lorsqu’il était nonce apostolique – de détruire des « preuves » et arrêté une enquête sur l’archevêque Nienstedt, alors archevêque de Saint-Paul et Minneapolis. Il le dément dans le National Catholic Register :

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«”Je n’ai jamais dit à personne que Greene Espel [un cabinet d’avocats, NDLR] devrait arrêter l’enquête et je n’ai jamais ordonné la destruction d’un document. Toute déclaration contraire est fausse.[…] J’ai suggéré aux évêques qui sont venus à la nonciature le 12 avril 2014 qu’ils disent aux avocats de Greene Espel qu’il m’a paru opportun que Mgr Nienstedt soit entendu avant de prendre cette mesure”. Selon la deuxième déclaration écrite de Viganò, le pape François a ordonné en juillet 2016 que son traitement de l’affaire soit examiné en réponse à l’article du New York Times sur le sujet. Il affirme que cela a abouti à un rapport écrit l’exonérant, qui, écrit-il, est “trouvé au Secrétariat d’État du Vatican et à la Nonciature à Washington, DC”.»

Les nombreuses critiques qui assaillent Mgr Viganò, et ce malgré sa réputation d’homme intègre, responsable et sa brillante carrière, montre que son témoignage est un véritable pavé dans la mare et que quelque chose ne tourne pas rond au Vatican !

Pierre Hardon

 

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