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Abus sexuels dans l’Église : un problème mondial

En Pennsylvanie, un rapport dénonce les crimes de 301 prêtres «prédateurs» ayant agressé plus de mille victimes en soixante-dix ans. Depuis le 13 août 2018, l’Église catholique est sous le feu des critiques cumulant les problèmes d’agressions sexuelles dans différents pays (Chili, Australie…), mettant en cause la hiérarchie ecclésiale, le sacrement de confession, le célibat ecclésiastique, etc.

Le journal Le Monde résume la situation internationale de l’Église :

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«Depuis sa désastreuse visite au Chili, en janvier, pendant laquelle il a accusé de «calomnie» les victimes d’un prêtre prédateur, le pape François n’a cessé de se heurter à la question des violences sexuelles dans l’Église catholique. […] Les critiques visent en particulier le cardinal Francisco Javier Errazuriz, membre du C9, le conseil de neuf cardinaux dont s’est entouré François à son arrivée au Vatican, en 2013, et le cardinal Ricardo Ezzati, archevêque de Santiago. […]

Le Chili n’est pas le seul cas que le pape a eu à traiter cet été. Le 30 juillet, François a obtenu la démission d’un archevêque australien, Philip Edward Wilson, condamné le 3 juillet à un an de prison pour avoir couvert des actes de pédophilie. […] Un autre prélat australien, et non des moindres, est actuellement jugé pour des accusations d’agressions sexuelles. Il s’agit du cardinal George Pell, membre lui aussi du C9 du pape et responsable des affaires économiques du Vatican.

Deux jours auparavant, le 28 juillet, le pape François avait accepté la démission du collège des cardinaux de Theodore McCarrick, 88 ans, ancien archevêque de Washington, accusé d’agressions sexuelles sur mineurs et sur majeurs. […] Le 20 juillet, enfin, le pape a accepté la démission d’un évêque auxiliaire de Tegucigalpa (Honduras), Juan José Pineda, 57 ans. Le prélat était l’adjoint du cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, lui aussi membre du C9 de François. En 2017, le Vatican avait conduit une enquête sur Juan José Pineda à la suite, semble-t-il, d’accusations concernant sa vie sexuelle.»

Le journaliste de L’Espresso, Sandro Magister, rappelle, sur le site Diakonos :

«Les attaques menées par des gouvernements et des institutions publiques s’intensifient contre ce qui la [L’Église, NDLR] distingue et la caractérise sur son propre terrain, notamment le sacrement de confession. En Australie, dans le territoire de la capitale Canberra, le secret de la confession est considéré comme un délit depuis juin [applicable le 31 mars 2019, NDLR] dans le cas où le prêtre viendrait à connaître un abus sexuel sur mineur pendant qu’il administre le sacrement sans le dénoncer aux autorités publiques. […] C’est l’une des nombreuses manières dont l’Église se trouve aujourd’hui attaquée par les pouvoirs du monde, sur la base de critères qui lui sont étrangers ou hostiles.»

Les associations demandent réformes et transparence

Après la publication du rapport du grand jury de Pennsylvanie, des victimes et certains prêtres militent pour que les diocèses dévoilent leurs archives. Par exemple, la revue The Tablet rapporte que certaines victimes se tournent vers le gouvernement américain pour enquêter dans chaque État :

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«Des victimes de violences sexuelles commises par des membres du clergé en Amérique et leurs partisans appellent les entités fédérales et étatiques à enquêter sur les abus commis au sein de l’Église catholique […]. Elles ont contacté le Département de la Justice des États-Unis pour enquêter sur les abus sexuels commis sur des enfants par des religieux dans l’Église catholique et ont appelé les procureurs généraux de tous les États à ouvrir des enquêtes similaires à celle menée par le grand jury de Pennsylvanie. […] Elles ont entendu des “paroles” des papes précédents […], mais l’Église a besoin d’actions, en particulier que tous les diocèses des États-Unis dévoilent les noms des clercs accusés sur leurs sites web et que les lois prescrivant les faits d’abus sexuels soient supprimées.»

Un évêque américain a d’ailleurs déclaré qu’il recueillerait et publierait les noms des prêtres prédateurs de son diocèse, comme le rapporte toujours The Tablet :

«L’évêque Kevin Rhoades de Fort Wayne South Bend a déclaré en réponse au rapport du grand jury de Pennsylvanie […] qu’il recueillera et publiera une liste des noms des prêtres du diocèse qu’il dirige actuellement et qui ont commis des délits similaires. Mgr Rhoades a qualifié les détails du rapport d’“effroyables et déchirants”. Il a également exprimé sa sympathie et son soutien aux victimes et à leurs familles, ajoutant : “L’Église vous a trahis. Pour cela, je vous demande pardon. […] En conclusion, Mgr Rhoades a insisté sur les efforts du diocèse pour regagner la confiance de ceux qu’il est censé servir, et incité à une vigilance renouvelée pour protéger les jeunes personnes.»

Le pape François a écrit une lettre s’adressant à l’ensemble du “Peuple de Dieu”, exprimant sa honte et sa tristesse. En France, cette lettre a encouragé des initiatives personnelles, comme le révèle le journal La Croix concernant une pétition pour la démission du cardinal Barbarin.

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Le journal relève qu’«en France, parmi les laïcs – notamment les plus contestataires – certains se sentent clairement légitimés par l’appel du pape à porter des revendications au sein de l’Église. C’est le cas de la Conférence catholique des baptisé-e-s (sic) de France (CCBF), qui a publié mercredi une déclaration dans laquelle elle demande “l’ouverture d’assises sur la gouvernance de l’Église de France”. […] Pour sortir du cléricalisme que dénonce le pape François, elle considère que le temps n’est plus à une “solution progressive”, mais qu’il faut désormais organiser un moment de rupture et de “prise de conscience”. Cette volonté de changement radical suscite des inquiétudes. “Le risque, c’est que les prêtres fassent l’objet d’un soupçon généralisé”, prévient par exemple un prêtre francilien, attaché au rôle du prêtre et à sa “paternité spirituelle”, tout en reconnaissant que la confiance sera longue et difficile à reconstruire.»

Les critiques au sein de l’Église de la hiérarchie ecclésiale

Certains catholiques critiquent une véritable sous-culture homosexuelle dans la hiérarchie catholique, sous-culture qui imprègne l’Église et les pasteurs. Par exemple, le National Catholic Register rapporte les propos de Mgr Morlino de Madison :

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«L’évêque Robert Morlino de Madison, dans le Wisconsin, a déclaré que l’Église catholique devait renouveler sa lutte contre l’identification et le rejet du péché et admettre une “sous-culture homosexuelle” chez certains clercs, qui cause beaucoup de tort à l’Église. […] “Pendant trop longtemps, nous avons diminué la réalité du péché et nous avons excusé le péché au nom d’une interprétation erronée de la miséricorde. Dans nos efforts pour être ouverts au monde, nous sommes tous trop disposés à abandonner le chemin, la vérité et la vie.»

Sur le site Diakonos, le journaliste Sandro Magister analyse l’ascension de Mgr Farell, protégé par deux prédateurs, Mc Carrick et Maciel :

«Il semble invraisemblable que Farrell n’ait rien remarqué des aventures sexuelles débridées à répétition de son patron. […] La décision du Pape François d’appeler à Rome pour présider le dicastère pour la famille un personnage tel que Farrell, qui a eu l’un après l’autre comme mauvais maîtres les prédateurs en série Maciel et McCarrick, et qui, de plus, se présente aujourd’hui comme partisan d’une légitimation des amours homosexuelles, n’est-elle pas plus téméraire encore ? […] Mais à ceux-ci, il faudrait également ajouter les nombreux ecclésiastiques aux comportements ouvertement homosexuels qui peuplent la cour de Bergoglio et qu’il a appelés à ses côtés les uns après les autres : in primis ce Monsignor Battista Ricca qui dirige la Maison Sainte-Marthe et qui fait office d’intermédiaire entre la Pape et l’Institut pour les Œuvres de Religion.»

Dans un entretien accordé à Boulevard Voltaire, le père Christian Venard, aumônier militaire, affirme :

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«S’il y a, dès aujourd’hui, amalgame affreux et opprobre, ce ne sont pas les évêques qui en souffrent, mais les simples prêtres. C’est une triste réalité objective : dans l’opinion publique, désormais, tout prêtre est considéré comme un pédophile en puissance. C’est atroce. Ce sont les supérieurs qui sont responsables, par leur manque de clarté, de vigilance et de courage, de cette situation. Il est donc normal qu’ils en portent leur part de responsabilité. Une partie de la défiance actuelle dans l’Église vient que trop souvent ces supérieurs ne rendent pas de comptes, qu’ils semblent intouchables et irresponsables.»

Dans cette crise des abus sexuels sur enfants soulevée à l’échelle mondiale, certains membres de l’Église ont une responsabilité tant dans les exactions commises que dans le silence qui les a entourées. Cependant il y a, à l’heure actuelle, une concentration des attaques sur les clercs qui fait de l’Église catholique le bouc émissaire désigné d’un problème beaucoup plus large. De plus, cette crise des abus sexuels se transforme en crise de gouvernement de l’Église, par la mise en cause de la hiérarchie catholique dans différents pays (États-Unis, Chili) et au sein même du Vatican.

Pierre Hardon

 

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