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L’Affaire Benalla : une affaire personnelle qui devient une affaire d’État

Depuis que le journal Le Monde a dévoilé “l’affaire Benalla”, l’ensemble des médias s’agite. Alexandre Benalla est un employé de l’Élysée, qui assure l’organisation et la sécurité des déplacements du Président de la République. Ce n’est pas un policier. Il a participé à une manifestation dans laquelle il jouait le rôle d’observateur, sous un casque de policier et un brassard de police. Agressé sans gravité par un jeune couple, il riposté de façon violente. Malheureusement, la scène a été filmée. Et le film a fait le tour des réseaux sociaux.

Aujourd’hui, l’Assemblée nationale a mandaté une commission parlementaire pour demander des éclaircissements au gouvernement. Le journal Libération, évoquant l’audition de Gérard Collomb, y voit un Élysée à découvert :

«Accroché à ses notes, évasif, et approximatif pendant près de deux heures, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a surtout pratiqué l’art de l’esquive face au flot de questions des députés réunis en commission d’enquête. […] A-t-il parlé de la situation avec le président de la République ce week-end ? «Le moins possible», a tenté Collomb, provoquant les rires des députés. Sur le signalement des faits au procureur de la République, le ministre de l’Intérieur a estimé que ce n’était pas de son ressort. Cette fois, c’est Michel Delpuech, le préfet de police de Paris, qui est visé. Mais ce dernier, également auditionné, a clairement refusé d’endosser le rôle de fusible. «Ces événements résultent de dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de copinage malsain», a lancé le haut fonctionnaire à propos de Benalla et des policiers également mis en examen, pour avoir fourni illégalement des images de vidéosurveillance.»

Le Figaro remarque que le président de la république est malgré tout touché par cette affaire au point de devoir réagir et modifier son emploi du temps :

«Bien décidé à rester «le maître des horloges» et à ne briser le silence qu’au moment où il l’aurait décidé, Emmanuel Macron refusait jusqu’à présent de céder à ce que son entourage appelle «l’émotion de l’instantané». C’est pour cette raison qu’il s’était muré dans le silence depuis la révélation de l’affaire, la semaine dernière. Il semble finalement avoir revu ses plans. Et décidé de passer à l’offensive. Face à l’accélération de l’enquête sur Alexandre Benalla – le bureau de l’ex-chargé de mission à l’Élysée a été perquisitionné mercredi -, à la pression de l’opposition qui paralyse le travail parlementaire, et à l’impatience populaire qui commence à se faire sentir dans les enquêtes d’opinion, il a changé de stratégie. «Ces derniers jours, beaucoup de gens perdent la raison, avec des réactions disproportionnées et avec une violence… qui en fait a cherché le procès politique, sur la base d’une affaire qui est triste mais qui est l’affaire d’un homme». […]
Malgré sa sérénité affichée, Emmanuel Macron a bousculé son agenda depuis la révélation de l’affaire Benalla. Censé aller sur la 17e étape du Tour de France mercredi après-midi, entre Bagnères-de-Luchon et Saint-Lary-Soulan, le président a finalement annulé sa venue. Officiellement, la présence d’Édouard Philippe sur le circuit la semaine dernière a suffi à représenter l’exécutif. Mais en privé, les raisons avancées sont tout autres. «Il n’allait pas assister à une étape du Tour de France alors que ses plus proches collaborateurs sont entendus par les commissions d’enquête parlementaire. Cela aurait été complètement décalé», explique un ministre du premier cercle.»

Emmanuel Macron

Elisabeth Levy, dans Causeur, conclut ainsi :

«On l’a beaucoup dit, l’une des grandes qualités d’Emmanuel Macron était d’avoir de la chance. Elle est peut-être en train de tourner. Certes, il est trop tôt pour évaluer les conséquences politiques de la tourmente. Mais alors que même «les parrains» – Attali, Minc, Pinaud – grondent contre la politique anti-sociale, on subodore que le président n’a pas tant de grognards prêts à se sacrifier pour lui. En attendant, la bonne nouvelle, c’est que la “macronie” va devoir arrêter de donner des leçons de modernité sur le mode «avant nous c’était les ténèbres». Parce que le nouveau monde ressemble furieusement à l’ancien.»

Le Times de Londres reste prudent, mais voit dans cette “affaire Benalla”, un début de scandale :

«L’inconduite de l’ancien chef de la sécurité du président Macron est née d’un “copinage malsain » entre la police et le personnel de  l’Élysée, a déclaré hier le chef de la police de Paris. Dans son témoignage devant le parlement, Michel Delpuech a également reproché à Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur, de mal traiter le cas d’Alexandre Benalla, l’assistant du président dont le comportement a embarrassé le dirigeant français. M. Benalla, ancien garde du corps du président, a été limogé vendredi après l’apparition de la vidéo dans laquelle il a été montré agressant des manifestants lors des manifestations du 1er mai à Paris, tout en portant une visière de police et un brassard. L’enquête parlementaire, qui a été ouverte hier, tente de déterminer la chaîne de commandement et le rôle de M. Benalla dans le personnel présidentiel.»

S’il n’y avait qu’un appel personnel à un début d’humilité de notre Président Jupiter, on sourirait ! Mais est-ce démesure ? Est-ce  vengeance ? On s’étonne de ce déferlement médiatique. Que cache l’affaire Benalla ?

Le Brexit : deal / no deal

Alors que Theresa May tente de concilier ses différentes forces pour entamer un processus de Brexit doux (une certaine participation à un marché commun sans les contraintes actuelles), les tenants d’un Brexit dur (une rupture complète) voient les difficultés augmenter. Une troisième voie commence à se faire entendre : rupture sans négociations (no deal). La revue politique Foreign Affairs, par la plume de Jonathan Hopkin, analyse ces positions (deal/no-deal) :

«Alors qu’est-ce que les “no-dealers” veulent vraiment ? Une petite frange semble véritablement poursuivre un réalignement radical de la place du Royaume-Uni dans l’économie mondiale, soit parce qu’ils croient de manière romantique que le pays peut restaurer son rôle impérial dans le monde, soit parce qu’ils s’engagent à extraire la ville de Londres des contraintes réglementaires imposées par l’Europe. Mais pour d’autres, « no deal » représente une retraite digne du fantasme que le Brexit a vendu à l’électorat britannique lors du référendum de 2016. Au cours de la campagne, les Leavers ont promis que le Royaume-Uni pourrait conserver tous les avantages de l’adhésion à l’UE tout en se libérant des fardeaux : Johnson a affirmé avoir «[son] propre gâteau et vouloir le manger [lui-même]». L’Union européenne n’a montré aucun signe d’hésitation sur sa position originelle : aucun accès au marché pour le Royaume-Uni s’il n’accepte pas toutes les règles compatibles de l’UE, la supervision de la Cour européenne de justice sur celles-ci et ne protège pas l’accord de paix irlandais. Pour les Leavers, le choix est maintenant soit d’admettre le compromis et les énormes coûts et risques du projet Brexit et d’atteindre un compromis insatisfaisant, soit de renflouer le gouvernement et de critiquer la pragmatique Theresa May pour avoir trahi le rêve d’un Brexit sans conséquences.»

Il s’agit de l’équilibre économique et politique d’un pays et avec lui de l’Europe. L’importance de l’enjeu est trop grande pour la confier aux passions des politiques. Theresa May pourra-t-elle tenir le coup ?

Nouvelles tensions au Proche-Orient ?

Le 8 mai dernier, Donald Trump a dénoncé l’accord négocié par Obama sur le nucléaire iranien de 2015. On prévoyait une levée progressive des sanctions, un dégel des capitaux iraniens bloqués par les banques mondiales. Le 6 juillet 2018, une réunion des signataires de l’accord a été boycotté par les États-Unis. Depuis mi-juillet, le ton est brutalement monté. Le New York Times y voit une tentative de politique similaire à celle de la Corée du Nord :

«Les tweets enragés du Président Trump contre l’Iran dimanche dernier montre sa volonté d’user de la même approche qu’il avait utilisée pour ouvrir une voie diplomatique avec la Corée du Nord. […] Les experts et anciens officiels qui ont négocié avec l’Iran ont trouvé trois raisons expliquant pourquoi il sera difficile de réitérer cette tactique. Premièrement, le gouvernement iranien est bien plus complexe et multicéphale que le “un homme, un état” nord-coréen, rendant plus difficile pour Téhéran de changer de position aussi simplement que Monsieur Kim [Jong-un, NDLR] quand il a tendu la main à Donald Trump. Deuxièmement, il existe de nombreux et puissants groupes, nationaux et internationaux – comme le gouvernement israélien et le comité des affaires publiques pour Israël américain, un groupe de pression basé à Washington – qui vont se mobiliser contre une nouvelle ouverture diplomatique avec l’Iran. Troisièmement, la décision de Donald Trump d’abandonner unilatéralement l’accord sur le nucléaire de 2015, ne devrait pas inciter les Iraniens à négocier.»

Le Times de Londres, quant à lui, s’inquiète d’un risque de guerre au Moyen-Orient, notamment sur le terrain syrien, après les sorties verbales des deux camps :

«La possibilité d’une confrontation armée entre l’Iran d’un côté et l’Amérique et Israël de l’autre se rapproche de plus en plus en Syrie, où les troupes gouvernementales soutenues par les milices iraniennes […] avancent à la frontière israélienne. Plus au nord, on s’attend à ce que les forces du président Assad se tournent en quelques jours vers Idlib, la dernière grande poche de territoire sous contrôle rebelle. Les forces kurdes, rebelles et du régime syrien détiennent toutes des territoires dans la région, soutenues respectivement par les forces terrestres américaines, turques et iraniennes, tandis que la Russie apporte un soutien aérien aux troupes du président Assad. Personne ne veut lâcher un “pouce de terrain” ; les Turcs insistent pour garder un rempart contre les milices kurdes à leur frontière et les États-Unis veulent empêcher une résurgence de l’État islamique tout en gardant les ambitions iraniennes en échec.»

On prédisait à Trump un échec retentissant vis-à-vis de la Corée du Nord ! Et l’Iran ? Beaucoup plus difficile et impossible, dit-on ! Le pétrole et la finance s’invitent dans la politique ! Et le peuple iranien ?

Nouvelles accusations contre Mgr McCarrick

Après de nouvelles accusations d’abus sexuels contre le cardinal Théodore McCarrick, le cardinal O’Malley, archevêque de Boston et président de la commission pontificale pour la protection des enfants, a pris la parole. Vatican Insider reproduit son discours :

«Ces accusations […] sont incontestablement la source de la colère et de la déception de beaucoup d’entre nous. Ce cas, impliquant un cardinal, doit être vue à la lumière des deux dernières décennies, avec l’expérience de l’Église concernant les abus sexuels des prêtres. Trois actions spécifiques doivent être prises à ce jour. Tout d’abord, un juste et rapide jugement de ces accusations ; ensuite, une analyse du lien entre les normes et les politiques dans l’Église à tous les niveaux, notamment dans des cas concernant les évêques ; enfin, communiquer plus clairement avec les fidèles et les victimes sur le signalement des allégations contre les évêques et les cardinaux. Le fait de ne pas prendre ces mesures menacerait l’autorité morale déjà affaiblie de l’Église et pourrait détruire la confiance nécessaire pour que l’Église puisse servir les catholiques et jouer un rôle significatif dans la société civile au sens large.»

L’intervention du Cardinal O’Malley laisse entrevoir un début de réactions saines dans l’Église : ne plus réagir uniquement avec des émotions de honte, mais mettre en place des enquêtes canoniques qui, avec patience et compétence, analyseront le vrai problème.

L’approbation des écolos pour les méthodes naturelles, identique à l’enseignement d’Humanæ Vitæ ?

Dans La Vie du 12 juillet 2018, Stéphanie Combe se pose la question de savoir si les catholiques et les écologistes, en matière de méthodes naturelles, n’ont finalement pas le même combat. Selon elle, ce sont les motivations qui divergent.

«Certains s’abstiendront. “Recourir à un préservatif ou à un spermicide revient à dénaturer le sens de la relation conjugale, en interposant une barrière qui empêche le don d’être total, explique Thérèse Sallé, monitrice en planification naturelle des naissances au Cler-Amour et Famille. Ce n’est pas tant une prescription religieuse qui imposerait une façon de faire, qu’une vision anthropologique de la relation conjugale.”[…] “Les couples dont l’approche initiale est écologique souhaitent éviter la prise d’hormones ou l’implantation de matériel, remarque la gynécologue. Ils regrettent qu’il n’existe pas de contraception à base de plantes ! En effet, leur intention est d’abord contraceptive.” Néanmoins, cette approche s’avère “une porte d’entrée possible, le début d’un chemin, si un couple souhaite s’investir dans leur relation. Chacun en a la capacité inscrite au fond de lui et avancera à son rythme.” […] Ce qui change surtout, c’est la qualité de l’amour dans le couple, comme elle le souligne : “Le fait que les relations sexuelles soient toujours possibles finit par émousser le désir. Lors des périodes d’abstinence, les conjoints retrouvent un autre langage des corps, les gestes des débuts, des caresses, des mots chuchotés à l’oreille. La vie intime est ainsi rythmée et dynamisée, qu’on soit catho ou écolo !”»

La chasteté ou la non-chasteté des actes conjugaux ne dépendent ni des méthodes, ni des plantes ! Mais de l’acte humain seul !

Pierre Hardon

 

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