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La “matriochka” Donald Trump ?

Donald Trump et Vladimir Poutine
Photo kremlin.ru / Wikimedia Commons

Le lundi 16 juillet 2018, dans le New York Times, l’auteur américain Michelle Goldberg commente le sommet Trump-Poutine, affirmant que le premier est le laquais, la marionnette et la poupée russe du second.

«Qu’importe vos attentes du sommet Trump-Poutine, lundi dernier, il était difficile de ne pas être renversé par la prestation flagorneuse et obséquieuse du président américain. […] Se tenant devant Poutine à Helsinki […] Trump s’est rangé du côté russe contre les services de renseignements américains tout en répandant mensonges et théories du complot. “Il a dit : ce n’est pas la Russie” raconte Donald Trump, évoquant les propos de Vladimir Poutine. “Je dirais ceci. Je ne vois pas une seule raison accusant la Russie.” […] La partie peut-être la plus sinistre de cette rencontre était quand Donald Trump semblait ouvert à une négociation dans laquelle les enquêteurs du FBI pourraient interroger des personnes en Russie en échange de laisser les Russes interroger les critiques de Poutine en Amérique. Poutine s’est spécifiquement intéressé aux associés de son ennemi juré, Bill Browder1, un homme d’affaires (et citoyen britannique) qui a réussi dans sept pays, dont les États-Unis, à faire passer des lois punissant les oligarques russes suspectés de corruption […] (the Magnitsky Act [aux USA, NDLR]). […] “Je sais depuis longtemps que Vladimir Poutine a tenté d’utiliser tous les tours dans son sac pour me faire arrêter dans un pays étranger et être extradé vers la Russie” m’a dit Browder, après la rencontre. John O. Brenna, un ancien directeur de la CIA, a tweeté que le désaveu de Donald Trump [pour les renseignements américains, NDLR] n’était “rien de moins qu’une trahison”. Le sénateur John McCain, Arizona, décrit la rencontre comme “l’une des plus mauvaises prestations d’un président américain de mémoire d’homme”. […] Le conflit d’intérêt entre Donald Trump et la Russie a toujours été une arlésienne, mais c’est à nous de reconnaître ce qui est juste sous nos yeux. Certains doutent que Donald Trump est une marionnette russe précisément parce que sa fidélité à Vladimir Poutine est trop flagrante […]. Ils devraient prendre en compte le cas de Mariia Butina2 […] Elle est accusée de conspiration pour avoir “exploité des rapports personnels avec des Américains ayant une influence sur la politique américaine dans le but d’obtenir un avantage pour la Fédération de Russie”.»

Une question demeure : qu’est-ce qui lui a pris ? De quoi donner du grain à moudre à tous ses ennemis !

Vladimir Poutine, vainqueur du sommet d’Helsinki ?

Le lundi 16 juillet 2018, dans le Washington Post, le journaliste Anton Troianovski note, après le sommet d’Helsinki, que Vladimir Poutine prend une ampleur internationale inégalée avec notamment, le soutien de la nation la plus puissante du monde, représentée par Donald Trump.

«La rencontre de lundi avec le président Trump a donné à Vladimir Poutine un nouveau niveau de prestige international, notamment pour les nombreux Russes exaltés par le succès de leur président dans la reconstruction de l’influence mondiale de leur pays. Cette rencontre a permis au président russe d’éviter l’opprobre du pays le plus puissant du monde à cause d’une ingérence électorale et d’autres problèmes qui ont déstabilisé l’Occident. Au delà des gains tactiques de Vladimir Poutine, le sommet d’Helsinki a mis en lumière l’ascendant mondial que prend l’approche politique et factuelle impitoyable du président russe – une approche selon laquelle toute vérité peut être une illusion, notamment lorsqu’elle est proférée par un journaliste ou un fonctionnaire susceptible d’une arrière-pensée. […] Malgré le triomphe de la coupe du monde de football en Russie, Vladimir Poutine fait face à des vents contraires dans son pays à cause du plan gouvernemental de relèvement de l’âge de la retraite. La popularité de Vladimir Poutine est passé de 70 % à 49 % de satisfaction ce mois-ci, montrant que la vague de patriotisme qui a soutenu Vladimir Poutine après l’annexion de la Crimée risque de ne pas suffire pour assurer sa popularité. Après le sommet d’Helsinki, les partisans de Vladimir Poutine ont rapidement fait l’éloge de Donald Trump. Valentina Matvienko, présidente de la Haute-chambre du parlement, a déclaré que “les deux dirigeants comprennent l’importance d’améliorer les relations bilatérales”. Le célèbre commentateur pro-Kremlin, Igor Korotchenko, a déclaré dans un entretien que le “désaveu de Trump de ses propres services de renseignements” représente une reconnaissance que les allégations d’ingérences [durant la campagne présidentielle américaine de 2016, NDLR] sont “destinées à déligitimer Donald Trump”.»

Donald Trump a-t-il voulu tirer vengeance de tous ces médias qui le détestent ? Un jeu très imprudent !

Derrière Donald Trump et Vladimir Poutine, deux arsenaux diplomatiques

Le 11 juillet 2018, Michael Kimmage dans Foreign Affairs décryptait les points importants du futur sommet d’Helsinki :

«La véritable importance d’un sommet n’a pas grand chose à voir avec un spectacle médiatique. Ce pourrait être la même chose la semaine prochaine lors du sommet Donald Trump-Vladimir Poutine. Qu’importe les unes sensationnelles des médias après le sommet, un tranquille processus diplomatique a le potentiel de produire des résultats réels et bienvenus. […] La réunion Donald Trump-Vladimir Poutine sera un début. Elle ne peut rien garantir en elle-même. Au cours des dernières années, les États-Unis et la Russie ont laissé leurs relations se dégrader. Il n’y a pas eu un tel sommet depuis huit ans. Il faudrait fouiller les archives de la guerre froide pour retrouver une telle période avec si peu de contacts diplomatiques. […] La rencontre de Donald Trump et de Vladimir Poutine devrait créer un cadre pour le processus diplomatique. Les groupes de travail américano-russes devraient être intégrés au Département d’État et au Pentagone, ainsi qu’aux groupes de travail du Congrès américain. D’autres groupes de travail aux côtés du gouvernement devraient être encouragés et bénéficier du soutien matériel du gouvernement américain. […] Cela pourrait ouvrir de nouvelles options en Ukraine et en Syrie, options que les États-Unis pourraient être heureux d’avoir.»

Un procédé diplomatique ? Difficile à croire !

Tensions autour de l’éducation religieuse en Angleterre

Le 18 juillet 2018, Carina Murphy, dans The Tablet, raconte que l’enseignement religieux est en péril en Angleterre par une forme de standardisation des programmes en la matière au niveau national et non plus local.

«Le Service d’éducation catholique (CES) et l’évêque responsable de l’éducation religieuse ont réagi à l’outrageant pamphlet appelant à une réforme urgente de l’enseignement religieux en Angleterre et au Pays de Galles, rédigé par Charles Clarke et le professeur Linda Woodhead et validé par la Chambre des communes le 17 juillet 2018. […] Le porte-parole du CES a déclaré qu’ils n’étaient “pas heureux” et décrivent le pamphlet comme “une attaque directe contre l’Église catholique” et la “liberté religieuse”. […] Les auteurs du rapport disent qu’il faudrait déterminer [l’enseignement religieux, NDLR] nationalement et non plus localement pour créer des “standards académiques d’éducation religieuse”. […] Le CES, qui agit au nom de la conférence des évêques, affirme que l’éducation religieuse se traduirait uniquement d’un “point de vue sociologique” et symboliserait “l’État anglican dictant sa vision du catholicisme.»

L’école anglaise prendrait-elle les mauvais côtés de l’éducation nationale française ?

Le prêcheur radicalisé catholique

Dans une messe diffusée à la radio France Culture, Mgr Cattenoz s’est exprimé sur différents sujets sociétaux (avortements, mariage gays, etc.) provoquant les foudres de Marianne qui s’inquiète de la montée du traditionalisme et d’un «prêche radicalisé» :

«Au cours de cette messe, le prêtre catholique donne d’abord son avis concernant la communauté LGBT : “Je n’ai jamais rencontré de L, de G, de B, de T et, paraît-il maintenant, de Q. Je ne connais et ne vois que des personnes humaines avec toute la richesse de leur féminité et de leur masculinité, inscrite dans leur chair et jusque dans leur être le plus profond”. L’archevêque d’Avignon, qui s’émerveille “devant la complémentarité de l’homme et de la femme”, concède que “le mariage pour tous peut bien exister” mais que “ce ne sera jamais qu’une amitié, aussi belle soit-elle”.
«Les auditeurs de France Culture ont ensuite eu droit aux vues du prédicateur concernant diverses autres évolutions sociétales… “Devant ces incohérences, notre société n’est pas à court d’idées : l’avortement, le suicide assisté, la PMA, la GPA, l’eugénisme… Tout devient possible, au nom d’un principe devenu premier depuis les années 68 : ‘Il est interdit d’interdire’… On a bien le droit… On a tous les droits… Mon plaisir est mon droit…”. Mais c’est concernant l’avortement que le religieux va réellement basculer dans l’outrance intégriste.
Mgr Jean-Pierre Cattenoz cite sur ce sujet deux figures emblématiques du catholicisme : l’ancien pape Jean-Paul II et Mère Teresa. Du premier, il relaie la phrase suivante : “L’avortement est le crime le plus abominable qui soit car la victime n’a même pas la possibilité de crier sa propre souffrance”. Et de la seconde : “L’avortement est une réalité abominable car une mère tue son propre enfant”. Difficile d’être plus clair… L’archevêque complète ensuite ces références d’une petite touche personnelle : “Je vous avoue que j’ai pleuré il y a quelques semaines en voyant conduire au panthéon de la République le corps de celle qui a permis la légalisation de l’avortement”, lâche-t-il, au sujet de l’entrée au Panthéon de Simone Veil après sa mort. Comble de l’outrance, il enchaîne alors en comparant l’IVG et… la Shoah, dont avait été victime Simone Veil : “Au siècle dernier, et je cite toujours le pape François, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour entretenir la pureté de la race. Aujourd’hui, nous faisons la même chose mais avec des gants blancs”.»

Difficile d’être plus clair, en effet ! Caricaturer un évêque qui défend la vie, c’est neutraliser l’argumentaire des opposants à l’infanticide !

Donald Trump tente d’éteindre l’incendie

Donald Trump, sur Fox News, s’est justifié de ses propos lors du sommet d’Helsinki, arguant une meilleure relation avec la Russie :

«Le président Trump a déclaré mercredi qu’il tenait personnellement le président russe Vladimir Poutine pour responsable des tentatives du Kremlin de s’immiscer dans l’élection présidentielle de 2016, alors que le président et la Maison Blanche tentaient d’éviter le contrecoup du sommet. […]Trump a riposté contre ses critiques dans une série d’interviews. “Je ne suis pas pro-russe, je ne suis pro-personne”, a déclaré Trump à Tucker Carlson de Fox News dans une interview diffusée mardi. “Je veux juste que ce pays soit en sécurité … Vous savez, la Russie et les États-Unis contrôlent 90 % des armes nucléaires dans le monde et s’entendre avec la Russie – et pas seulement pour cette raison – c’est une bonne chose, pas une mauvaise chose.” […] Lorsqu’on lui a demandé s’il accepterait l’analyse du directeur du renseignement national Dan Coats que la Russie est engagée dans «des efforts continus et omniprésents pour saper la démocratie [américaine]», Trump a déclaré à Jeff Glor de CBS News : “Eh bien, je l’accepterais. Je vais vous dire, cependant, mieux vaut que ce ne soit pas le cas.” […] Dans l’interview de CBS, le président a de nouveau défendu sa performance lors de sa conférence de presse très critiquée avec Poutine, en disant: “Je pense que j’ai bien fait lors de la conférence de presse, c’était une bonne conférence de presse. Aurais-je dû aller vers lui ? Aurais-je dû monter et commencer à crier sur son visage ? Nous vivons dans le monde réel, OK?”»

Donald Trump tente de circonscrire le feu qu’il a allumé aux États-Unis. Y arrivera-t-il ?

Pierre Hardon

 


1 – Opposant à Vladimir Poutine qui a dénoncé le système oligarchique russe et se révèle être un des principaux protagonistes de l’affaire Magnitsky. Celuis-ci est un avocat nommé par Brewder qui a mis en évidence la corruption de nombreux fonctionnaires et oligarques russes, morts dans des circonstances troublantes. Le Magnitsky Act porte son nom aux États-Unis.

2 – Femme d’origine russe, proche de la NRA (Nationale Rifle Association), qui a côtoyé les cercles d’influence autour de Donald Trump, et s’est vanté, au cours d’une soirée, d’avoir aidé la campagne de Donald trump en communiquant avec la Russie.

 

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