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Un recours suspensif déposé par les avocats de Mgr Anatrella

La journaliste Céline Hoyeau de La Croix rapporte que les avocats de Mgr Anatrella ont déposé un recours suspendant les effets de la décision de réprimande prise à son égard par Mgr Aupetit :

«Âgé de 77 ans, Mgr Anatrella a été interdit de tout ministère, confession ou activité thérapeutique par Mgr Michel Aupetit en vertu d’une “réprimande” (terme du Droit canonique, le droit de l’Église) annoncée à la presse mercredi 4 juillet. Tony Anatrella “vient de déposer un recours pour obtenir l’annulation des effets d’une telle décision”, écrivent, dans un communiqué publié vendredi 6 juillet, le père Bernard du Puy-Montbrun, avocat ecclésiastique du prêtre, et Me Benoît Chabert, son conseil “laïque”. […] Selon les avocats de Tony Anatrella, “l’enquêteur délégué” auprès de l’officialité (tribunal ecclésiastique) de Toulouse, le père Michel Cambon, qui a hérité du dossier, “a conclu, le 19 mars 2018, qu’aucun délit n’était imputable” au prêtre thérapeute, “et cela indépendamment de toute prescription”. Leur client “est donc totalement innocent des faits qui lui sont injustement reprochés”, avancent-ils. Interrogé par l’AFP sur ce recours, le diocèse de Paris n’a pas souhaité le commenter.

[…] Cela étant, le communiqué des avocats de Mgr Anatrella donne aux conclusions de l’enquêteur délégué une autorité qu’il n’a manifestement pas. En effet, en matière de Droit canonique, ces conclusions sont un avis destiné à éclairer la décision du supérieur du prêtre, mais ce dernier n’est en aucun cas tenu de le suivre. La décision lui revient exclusivement. […] Le père Anatrella étant lui-même expert de l’officialité de Paris, et ne pouvant être jugé par la même instance, Rome avait ensuite confié à l’officialité de Toulouse l’enquête préliminaire qui avait commencé en octobre 2017. “Comment les avocats de Tony Anatrella ont-ils eu accès à l’avis du père Cambon ? On peut s’étonner aussi que l’enquête sur le prêtre thérapeute ait été dépaysée à l’officialité de Toulouse, alors que son conseiller ecclésiastique, le père du Puy-Montbrun, en a été membre comme avocat”, interroge un canoniste observateur du dossier, pointant “les incohérences de cette procédure atypique”.»

Avant de parler des «incohérences de cette procédure atypique», il vaudrait que la journaliste soit mieux informée. L’abbé du Puy-Montbrun n’est pas un «ancien membre de l’officialité de Toulouse» mais un «avocat agréé par l’officialité» ; Maître Chabert, n’est pas un «simple» conseiller, mais un pénaliste expert et renommé. La Croix devrait avoir le souci de donner des informations justes et objectives, cela serait tout à son honneur, même quand le journal traite à sa manière d’une «nouvelle intéressante».

Sus à la Chrétienté médiévale ! La remplacer ?

Église au Moyen Age

Massimo Fagiolli, historien de l’Église, dans les colonnes de Commonweal magazine, affirme que l’Église ne doit pas compter sur son passé médiéval pour devenir universelle. Il voit dans cette tentative de retour à l’époque médiévale le spectre de l’antilibéralisme et du populisme :

«Le nouvel anti-libéralisme provient d’une vieille tentation : la nostalgie. Les anti-libéraux rêvent d’une nouvelle chrétienté qui ramènerait l’Église à une position politique favorable à l’intérieur même des États. Les antilibéraux sont allergiques au pluralisme, en particulier culturel et religieux. Il y en a dans le programme Trump et dans les gouvernements de droite actuellement au pouvoir en Italie, en Autriche, en Hongrie et en Pologne, ainsi que dans l’État libre de Bavière dans la Fédération allemande. […] Le problème majeur est la légitimité qu’une nouvelle génération de catholiques antilibéraux semble vouloir donner à ce populisme, avec l’intention d’aller au-delà des défis politiques actuels en proposant un retour au passé – comme si les échecs du libéralisme rendaient automatiquement envisageable un retour en lumière de la chrétienté. Le fait brut est que la chrétienté a échoué. Ce que l’on appelle communément le «Catholicisme libéral» et la «Théologie libérale» le reconnaissent. […] L’attitude de Vatican II envers le passé de l’Église fut complexe et ambivalente. La façon dont le Concile conserva la pratique des Concordats et la nomination des évêques montre qu’il y a toujours un désir de maintenir certaines caractéristiques de l’ancienne relation entre l’Église et le pouvoir politique. Mais les enseignements de Vatican II sur la liberté religieuse, l’œcuménisme et les religions non chrétiennes indiquent une rupture avec les aspects clés de la théologie qui sous-tendaient cette chrétienté. […]

Le retour au Moyen Âge n’est pas seulement une impossibilité pratique, surtout dans les pays du Sud où le christianisme est en train de grandir. C’est aussi, et c’est tout aussi important, une impossibilité théologique. Le ressourcement de la théologie catholique au vingtième siècle n’est pas principalement un retour aux sources médiévales ou même aux Pères de l’Église ; c’est surtout un retour à l’exemple de Jésus lui-même. Prendre cet exemple au sérieux, comme le fait Dignitatis humanæ [sur la liberté religieuse, NDLR), c’est résister à tout envie d’imposer le christianisme de manière coercitive. Souvent, la chrétienté laissait à l’individu avec trop peu de place pour l’autodétermination – trop peu de choix, par exemple, pour savoir si et avec qui se marier. […] La chrétienté a également fourni une justification théologique aux guerres de religion, une idée maintenant manifestement inconciliable avec l’enseignement catholique. Enfin, la chrétienté s’est appuyée sur l’identification du catholicisme à la civilisation européenne. Mais il n’est pas nécessaire d’être européen pour être catholique, ce qui devient de plus en plus évident chaque année. La romanité n’est plus une caractéristique essentielle du christianisme catholique, si elle l’a jamais été. La théologie de Vatican II pointe vers le Royaume de Dieu plutôt que vers une Église protégée par un établissement politique, constitutionnel, social ou culturel. […] Il faut une nouvelle théologie du bien commun qui soit adéquate aux problèmes et aux possibilités de notre temps. Il est illusoire, cependant, de penser que nous trouverons ce que nous cherchons, ou ce dont nous avons besoin, dans une réanimation de la chrétienté pré-moderne.

Voilà ce qui s’appelle de la confusion parfaite ! Les guerres de religion sont un événement politique ; le mariage est un sacrement auquel l’Église, même moderne, ne renoncera pas ! La décret sur la liberté religieuse revendique cette liberté comme «droit civil» et n’est nullement l’affirmation que toutes les religions se valent ! La chrétienté n’est ni un événement culturel, ni un fait politique, c’est la présence de l’Église !

“Sous la soutane, la machette…” : la justice innocente le Père Wenceslas !

Le journaliste d’investigation Pierre Péan analyse, dans Le Point, la décision de la justice française d’innocenter le père Wenceslas Munyeshaka des accusations de génocide, torture, mauvais traitements et actes inhumains et dégradants, dans le cadre du génocide rwandais :

«Après vingt-trois ans d’attaques monstrueuses lancées par des associations censées défendre les victimes, attaques relayées, voire aggravées, par la plupart des grands médias, le père Wenceslas Munyeshaka vient d’être innocenté par la justice française (les parties civiles ont annoncé un pourvoi en cassation, NDLR). […] Il a dû supporter les accusations sur les chefs de génocide, de torture, de mauvais traitements et d’actes inhumains et dégradants. La présomption d’innocence a été constamment foulée aux pieds. Cette affaire restera comme un grand déshonneur de la presse française, et mérite d’être analysée car elle reflète la façon dont les journalistes qui écrivent sur le Rwanda font leur métier. Ils ne cherchent pas la vérité en enquêtant à charge et à décharge, mais sont imprégnés d’une idéologie victimaire et binaire qui évacue la complexité de l’histoire et reprend sans nuances la vision de Paul Kagamé du drame rwandais.

[…] Plus généralement, l’affaire Wenceslas devrait permettre de réfléchir sur les liens très forts qui se sont noués entre les médias et les associations de défense des droits de l’homme et de défense des victimes, considérés par essence comme des producteurs de vérité. […] Me Florence Bourg, constate que “la chambre de l’instruction a non seulement constaté l’absence de toutes charges contre le père Wenceslas, mais a relevé que ce dernier était venu au secours de plusieurs réfugiés, qu’ils soient hutus ou tutsis, dans des conditions d’une extrême difficulté”. Cette dernière relève par ailleurs que “les juges et les enquêteurs français n’ont pas été dupes et ont relevé la mécanique de désinformation et de faux témoignages mise en place par les autorités rwandaises et certaines associations proches du pouvoir aux seules fins de compromettre le père Wenceslas”. […] TF1 lui a consacré un droit de savoir, le 1er novembre 2006, sous le titre : “Rwanda : Munyeshyaka, un curieux homme d’Église”. Témoignage chrétien, le 4 janvier 2007 : “Un prêtre bien encombrant”. Le Monde, le 24 février 2010 : “Un étrange miraculé”. Paris Match, le 13 février 2013 : “Un abbé exilé en France mis en examen”. Le magazine reprend sans bémol l’accusation contre Wenceslas d’avoir laissé les miliciens massacrer les gens. Le 13 avril 2014, France 3, dans Pièces à conviction, diffuse “Rwanda, des prêtres accusés”, dans lequel, une fois de plus, l’abbé Wenceslas est présenté comme un génocidaire. Le tribunal puis la cour d’appel de Paris en 2016 condamnent France 3 pour atteinte à la présomption d’innocence. Mais L’Humanité, Jeune Afrique et Le Figaro continuent leur campagne à charge sur l’innocent vicaire de Gisors. La presse n’a pas joué son rôle.»

Il arrive que l’information médiatique soit une quatrième façon de mentir !

Brexit or not Brexit ?

Image du Brexit

Dans le Times de Londres, David Aaronovitch évoque l’hypothèse d’un second référendum pour le maintien dans l’union européenne ou un Brexit :

«Maintenant, c’est au tour des “restants” de prendre une décision. Par “restant”, je veux dire toute personne qui croit qu’il est dans l’intérêt de la Grande-Bretagne soit de renverser sa décision de quitter l’Union européenne, soit de s’y associer de très près. […] Alors, est-ce que les Restants devraient donner leur soutien à Theresa May ? Ou devraient-ils attendre quelque chose de mieux, comme un deuxième référendum dans lequel soit le plan de May soit un Brexit sans accord […] Mais qu’en est-il un deuxième vote ? J’ai d’abord préconisé cela deux semaines après le dernier, donc j’ai été un partisan. Néanmoins, il y a deux gros problèmes avec cela. Le premier est qu’il met explicitement de côté un vote démocratique antérieur pour en avoir un autre, et beaucoup de gens seront profondément affectés. En effet, l’un des arguments les plus clairs avancés par les partisans d’extrême gauche de la position de leur leader est qu’un deuxième vote conduira à la violence de droite.

[…] Bien que j’apprécie l’image “belle gueule” de Jacob Rees-Mogg, de Sebastian Flyte et de Boy Mulcaster […], le fait est qu’un deuxième vote démocratique serait juste – démocratique – et Britanniques iraient de pair. Les restants seraient ils gagnants pour autant, cependant ? Ça pourrait. Les choses ont changé depuis 2016. Restent quatre ou cinq points d’avance dans les sondages. Certains sortants ont changé d’avis et beaucoup plus de sortants que de restants seront, par des moyens naturels, sortis de la liste des électeurs […] Nous avons tous (ou presque) beaucoup appris depuis 2016. Les personnes qui restent seront mieux organisées et plus ferventes. […] Beaucoup d’électeurs se sentiront également extrêmement irrités de devoir recommencer une campagne référendaire et pourraient bien vouloir punir ceux qui l’ont provoquée. Enfin, permettez-moi de poser un scénario de cauchemar. Les forces parlementaires du maintien dans l’union se combinent avec les durs Brexiters pour vaincre quelque chose comme l’option de la Norvège. Avec le pays dans une impasse, la décision est prise d’opter pour un deuxième référendum entre un Brexit sans accord et de rester dans l’UE… et le premier gagne en quelque sorte. Et quelque chose de blond et d’affreux émerge de la terre du cimetière.»

Que faire du premier référendum dans cette hypothèse ?

La commission Marengo publie les conclusions de son enquête sur Humanæ Vitæ

La commission Marengo analyse la naissance d’Humanæ vitæ à la lumière des archives vaticanes, raconte Vatican Insider :

«Paul VI, en octobre 1967, lors du premier synode des évêques tenu au Vatican, a demandé au cardinal secrétaire d’État de demander un avis sur la contraception en vue de la publication de l’encyclique. Seuls 26 des 200 évêques présents ont répondu par écrit. Parmi ceux-ci, la plupart ont dit qu’ils étaient en faveur d’une certaine ouverture à la pilule, tandis que 7 étaient contre. Mais le pape Montini, qui avait déjà retiré le sujet de la discussion du Conseil et avait écouté les avis d’une commission d’experts (dont la majorité était favorable), ne pensait pas qu’il y avait une raison de changer de position. […] C’est l’un des nouveaux éléments qui ressort de la recherche de Mgr Gilfredo Marengo, auteur du livre «La nascita di un’enciclica’. Humanæ vitæ alla luce degli Archivi Vaticani» (Naissance d’une encyclique. Humanæ vitæ à la lumière des Archives du Vatican) publié par la Libraria Editrice du Vatican ; une recherche à la lumière de documents jamais consultés auparavant, qui a permis de reconstituer la genèse de l’encyclique, ses différents projets et les corrections apportées par Paul VI. Un travail minutieux, qui élimine le champ des reconstructions imaginatives ou des hypothèses basées sur des témoignages individuels qui ne sont pas toujours bien équilibrés. Un travail qui élimine aussi le champ des élucubrations de certaines publications anti-papales basées sur des invectives et des signatures anonymes, qui avaient récemment attribué à Marengo (en tant qu’exécuteur des directives papales) l’intention de «revisiter» puis de changer l’encyclique de Montini.

Lors du premier synode des évêques en automne 1967, et précisément le 4 octobre, Paul VI a demandé au Cardinal Jean Villot d’inviter tous les Pères synodaux à lui faire part de leurs réflexions et suggestions sur le thème de la régulation des naissances. «La volonté du Pape de consulter tous les membres de l’assemblée synodale est très importante – souligne Marengo – parce qu’une des accusations les plus répétées, après la publication d’Humanæ vitæ, était que le Pape avait décidé seul, de manière non collégiale». Cependant, un peu plus de 12 % des évêques (le nombre total de membres du Synode était près de 200) ont répondu, entre le 9 octobre 1967 et le 31 mai 1968. La plupart d’entre eux étaient favorables à l’utilisation des méthodes contraceptives. Seulement sept ont demandé au Pape de se prononcer sur son illégalité : le livre de Marengo comprend la liste des échanges de communication. Certains, cependant, ont écrit plusieurs fois, tandis que d’autres ont envoyé des documents individuels avec plus d’une signature. […]

Parmi les nombreuses interventions qui, de diverses manières, appelaient un changement dans les termes de l’enseignement de l’Église sur la régulation des naissances, l’auteur du livre note que les plus remarquables étaient celles des cardinaux Suenens et Döpfner. Le cardinal belge, soutien de Paul VI (il se tenait au côté du nouveau pape, à la fin de son premier Angélus, le dimanche 23 juin 1963) avait envoyé trois textes. […] Döpfner avait souligné l’opinion de la majorité des évêques allemands, était en faveur de l’ouverture. C’est pourquoi, alors qu’on s’approchait de la publication de l’encyclique, il avait invité le Pape à reporter la décision, exprimant son inquiétude et prévoyant des conséquences désastreuses. […] Le futur Jean-Paul II avait en effet envoyé, présenté comme Votum au nom des évêques de Pologne, le «Mémorial de Cracovie». «Le mécontentement envers les positions conservatrices – écrit Marengo – émerge dans la première partie du Mémoire, où il montre son insatisfaction quant à la façon dont ils ont discuté de la valeur du magistère ecclésial en ce qui concerne la loi naturelle, avec un accent particulier sur la continuité infaillible de son enseignement. […] Le journal a saisi les limites des positions de la minorité des évêques qui, prenant pour acquis le profil autoritaire des enseignements ecclésiaux déjà produits, a jugé inutile toute approche de la question qui allait au-delà de la simple répétition des données traditionnellement présentes dans le patrimoine doctrinal de l’Église. […] De la recherche publiée dans le livre, il ressort que Wojtyła a eu des contributions importantes (la plus célèbre étant le Mémorial de Cracovie de février 1968), mais celles-ci n’ont pas influencé l’écriture de l’encyclique. Les sources ne permettent pas d’affirmer – écrit Marengo – que ces textes ont été utilisés de manière significative dans la rédaction d’Humanæ vitæ».

Espérons que ces écrits pourront apaiser les luttes et permettront de lire avec sérénité les encycliques de celui qui sera bientôt saint Paul VI…

Pierre Hardon

 

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